Francofolies de Montréal 2016

Francofolies de Montréal 2016
Oxmo Puccino, Francofolies de Montréal 2016 © M.H. Mello

Depuis leur spectacle d’ouverture le 9 juin dernier, très couru malgré un froid record et de la pluie, les 28e Francofolies de Montréal ont rendu hommage à Serge Gainsbourg trois fois plutôt qu’une (Arthur H, Jane Birkin et Stefie Shock), en plus de refléter la vitalité du hip hop francophone. Reportage.

Durant ce premier week-end des Francofolies, l’offre culturelle à Montréal était immense : trois festivals avec des concerts gratuits se déroulaient dans la ville. C’était sans compter le Grand Prix de Montréal, le plus gros événement touristique de l’année. Bref, malgré une météo qui évoquait parfois davantage novembre que juin, les rues du centre-ville, rendues piétonnières pour l’occasion, étaient bondées. Et la zone extérieure des Francos n’y faisait pas exception.

Il suffisait de faire le tour de toutes les scènes installées autour de la Place des arts pour le constater : le hip hop québécois, en particulier, était bien représenté et extrêmement populaire. À commencer par la grande fête du 9 juin, où, pour la première fois de leur histoire, les Francos s’ouvraient avec un plateau dédié à ce genre. Les trois plus célèbres formations hip hop des dernières années sont montées sur scène – soit Alaclair Ensemble, Dead Obies et Loud Lary Ajust –, ainsi qu'un tout nouveau trio figurant parmi les grandes révélations de l’année : Brown.
 
Outre cette première soirée réussie, le reste de la programmation faisait aussi la belle part au hip hop. Il y avait bien sûr le grand concert d’Oxmo Puccino au Métropolis, mais également Manu Militari, Sans Pression, Gatineau, Les Anticipateurs ou encore Jacobus et Maleco, un retour spécial du projet musical à l’origine de Radio Radio.
 
Fidèles à leur habitude, les Francos de Montréal offraient bien entendu des propositions touchant à tous les autres styles musicaux. Saluons la fascinante performance de Jean Leloup, qui a présenté deux nouvelles supplémentaires du show Le fantôme de Paradis City à la Place des arts : seul sur scène et interprétant son propre fantôme, il a revisité presque toutes les périodes de son répertoire.
 
Chapeau aussi au groupe Les Trois Accords, qui ont énergisé un Métropolis archiplein, ainsi qu’à Pierre Lapointe, qui a animé une soirée remarquée en plein air. Et une simple promenade sur le site, entre autres occupé par Saratoga, Tomas Jensen, Corridor, Ariane Zita et Colectivo en ces premières journées de Francos,permettait d’intéressantes découvertes chanson, rock, pop ou world.
 
Serge Gainsbourg à l’honneur
Vendredi 10 juin, les Francofolies présentaient en grande première le concert Gainsbourgsymphonique, lors duquel deux artistes majeurs, appuyés par l’Orchestre symphonique de Montréal, sont venus rendre hommage au chanteur disparu il y a 25 ans.
 
En première partie, Arthur H a proposé une fabuleuse relecture complète de L’histoire de Melody Nelson. Puis, c’était au tour de Jane Birkin d’être chaleureusement accueillie à la Maison symphonique. Affectée par des problèmes de santé, elle a livré une performance beaucoup moins convaincante qu’Arthur H, mais tout de même riche en émotion. La chanson Baby alone in Babylone à elle seule suffisait à donner des frissons.
 
Le lundi 13 juin, sur la plus vaste scène extérieure du festival, l’auteur-compositeur-interprète québécois Stefie Shock a lui aussi salué Gainsbourg, interprétant les morceaux de son album-hommage 12 belles dans la peau paru en mars. Et fidèle au concept de son récent disque, Shock s’est produit avec 12 interprètes féminines, chantant en duo ses compositions préférées du grand artiste, appuyé par une bande de musiciens chevronnés.
 
Lors de ce généreux concert monté spécialement pour les 28e Francos, pas moins de 21 titres issus de différentes époques de la carrière de Gainsbourg ont été revisités par Shock. Même si nous avons préféré la version d’Arthur H jouée quelques jours plus tôt, La Ballade de Melody Nelson était une introduction judicieuse. Le chanteur s’est par la suite entretenu à maintes reprises avec son public pour rappeler le contexte de création des chansons choisies ou raconter la vie (et les nombreuses muses !) de Gainsbourg, dont il s’est déclaré "fils illégitime", au grand plaisir de la foule.
 
Parmi les moments forts du spectacle, notons L'anamour et Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve, deux chansons présentées avec Fanny Bloom, une jeune artiste avec qui Shock partageait manifestement une jolie complicité. Sa voix se mariait particulièrement bien avec celles de Gaële (avec qui il a même dansé pendant La javanaise) et de Laurence Nerbonne, avec qui il a livré avec beaucoup d’émotion Comment te dire adieu et Initials BB. Plusieurs autres chanteuses ou comédiennes sont tour à tour montées sur les planches le temps d’une chanson, avec ou sans mise en scène, pour enfin être réunies sur Couleur café, qui a conclu le rappel en beauté.
 
Trois questions à Stefie Shock
Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement chez Serge Gainsbourg ?
Musicalement, j'aime son éclectisme, son sens mélodique et son chant sous-estimé. Quant à son écriture, il a eu des traits de génie en jouant avec les sonorités autant dans l'exercice de style que dans l'émotion. Aussi, il a su composer de grandes chansons pour ses interprètes, surtout féminines, particulièrement Jane Birkin. Et il ne faut pas oublier son intelligence et son esprit qui l'ont bien servi dans les médias qu'il a su exploiter à son avantage.
 
 
Comment avez-vous choisi les chansons à reprendre ?
J'ai pris celles que je préfère, dans un premier temps. Ensuite, celles qui m'inspiraient pour des duos qui n'avaient jamais été faits à ma connaissance, comme Sous le soleil exactement, Comment te dire adieu et L'anamour. Les chanteuses de l'album ont aussi contribué à fixer l'affaire, il y a eu beaucoup de complicité.
 
Quels sont vos moments préférés du spectacle?
Les morceaux où il y a de la mise en scène, un peu de théâtre. Bonnie and Clyde et Dépression au-dessus du jardin, particulièrement. Je suis un comédien qui s'ignore. Les grands succès dansants tels que Harley-Davidson et Poupée de cire, poupée de son sont des moments privilégiés aussi. J'aime que ce spectacle ait plusieurs dimensions. Comme Gainsbourg.
 
 
Le site officiel des Francofolies
Stefie Shock 12 belles dans la peau (Coyote Records) 2015
Page Facebook de Stefie Shock