Anaïs

Anaïs

On connaissait son goût pour la déjante, on ne pensait pas qu’elle irait jusque là. Anaïs passe A l’eau de javel de son troisième opus des succès du music-hall d’antan, secouant par les pieds la chanson française réaliste.

L’album démarre sur une boutade : Anaïs imite les auditions de télé-crochet avec la complicité d’André Manoukian, et ouvre la porte à tous les possibles : une dizaine de titres phares des années 30 à 60, revisités sans concession.

Oubliées les cordes et la romance, Si j’étais une cigarette mute entre gros son de basse/batterie, pouet pouet et pimpons. Au placard, la langueur de l’interprétation d’origine d’Eliane Embrun : Anaïs a la voix yéyé !
L’espièglerie de Carmen Sévilla et Georges Guétary laisse la place au swing et verse au sketch pop western de saloon dans un Je n’embrasse pas les garçons teinté de rockabilly. L’air d’opérette andalouse Sombreros et mantilles, popularisé par Rina Ketty à la fin des années 30, est revu et corrigé à coup de scratches et d’électro.
Disparue la gouaille des chansons sur les addictions, Anaïs théâtralise Mon anisette d’Andrée Turcy comme Le Tango stupéfiant de Marie Dubas en électro-dub, et pousse la comédie En douce, entre accent allemand, chant des poules, intonations dramatiques ou bossa sur fond de jazz couleur ska.
La chanteuse ne baisse la garde qu’à de rares occasions, pour reprendre l’intemporel Mon Dieu de Michel Vaucaire et Charles Dumont pour Edith Piaf, ou le temps d’un duo avec Nathaniel Fregoso (Et le reste). Puis referme le tout par une version franco-anglaise du tube Private dancer, composé dans les années 80 par Mark Knopffler en vue de figurer sur le mythique album Love over gold de Dire Straits, et finalement offert à Tina Turner. On est loin des guitares de Jeff Beck, place au son du kazoo !
Un disque comme un véritable cabaret des curiosités où la fantaisie est poussée à son paroxysme. Plus que de l’eau de javel. Du Kärcher.

Anaïs A l’eau de javel (Polydor) 2012
En tournée. En concert le 9 mai 2012 au Trianon à Paris.