Arthur H, ivre de couleurs

Arthur H, ivre de couleurs

Pour son 14e album studio, Arhur H livre avec Baba Love, une ode à l’amour, haute en couleurs, en rythmes suaves, en sons soyeux et en déhanchés groovy. La voix puissante, chaude, sans entrave, il chante sa poésie surréaliste, empreinte de liberté, et célèbre en grande pompe de nouveaux horizons, comme la fondation de sa propre maison de production. Rencontre.

RFI Musique : Pour ce disque, vous avez monté votre propre maison d’édition et de production, Mystic Rumba... Une soif d’indépendance  ?
Arthur H : Il y avait de ma part un désir de produire des œuvres, des trucs, de façon régulière, non conciliable avec les impératifs d’une maison de disque. En même temps, j’ai conscience de me lancer dans un projet casse-gueule et utopique, à l’heure d’une réduction drastique des moyens financiers alloués à la musique. J’essaie toujours de faire des disques de qualité, même si mon budget se trouve diminué de moitié. C’est donc la quadrature du cercle, et ça me déchire le cœur de payer au lance-pierre les gens avec qui je travaille, par rapport au talent et à l’âme qu’ils investissent. Conséquence logique de l’entrée de la musique dans le monde digital ? Il faudra désormais se contenter de projets "économes", comme mon futur disque avec Nicolas Repac, sur la poésie antillaise car il fait tout dans son home studio. Mystic Rumba, c’est donc le bordel à organiser, mais c’est aussi super excitant de gérer tout soi-même : j’ai l’impression qu’on est une bande de casse-cous, de pied nickelés...

Vous prévoyez de produire d’autres artistes ?
Pourquoi pas, en théorie... Mais pour produire d’autres artistes, il faut de l’argent. Les gens planent complètement, quand ils pensent que les artistes sont "libres" aujourd’hui. Oui, tu es peut-être plus "libre", mais tu es complètement fauché, ce qui limite ta marge d’action !

Vous avez un nom pourtant, Arthur H. On a l’impression que ça marche pour vous !
Faut pas rêver ! La France est très conformiste, c’est un pays réactionnaire... Des artistes comme Dominique A et moi, on ne remue pas les foules ! Alors bien sûr, on a une image, parce qu’on fait des créations de qualité. Mais il y a un décalage signifiant, entre notre réputation et la réalité économique et médiatique de la société...

Pour Baba Love, vous avez complètement changé votre équipe de musiciens. Une façon de faire table rase ?
On n’a pas toujours l’occasion de se séparer des gens qu’on aime. J’avais pris beaucoup d’habitudes avec mes anciens musiciens, que j’adorais, mais je désirais explorer d’autres chemins, me perdre en route, frôler l’inattendu, sentir le péril, côtoyer de nouvelles énergies... Mes nouveaux "copains" m’ont apporté leur cœur, leur univers : de vraies rencontres artistiques ! Savoir se renouveler relève de la politesse. Un artiste tourne toujours autour de ses obsessions favorites : il est donc nécessaire de changer l’angle d’attaque, et pour cela, il faut savoir être radical.

Où, quand et comment avez-vous enregistré et composé ce nouvel album ?
Je l’ai composé à Bastille, à Paris, dans l’appartement d’un pote, rempli d’objets sud-américains. Puis je suis allé deux semaines à Contis, dans les Landes, où j’ai fait l’ermite. Je me prenais pour un vieil écrivain, en train de me faire des œufs au plat, avec pour seuls compagnons, le vent qui soufflait, la grande plage, le soleil radieux... J’ai énormément écrit. J’étais bien. Quant au studio Black Box, il se situait en rase campagne. C’était chouette d’aller pisser dans les arbres la nuit, tandis que Derya (l’ingénieur du son, ndlr) poussait le volume à fond, de sorte que vaches, poules et crapauds puissent en profiter autant que moi. C’était l’odeur des pommiers en fleur, les canards qui défèquent dans la cuisine... Autant d’éléments qui construisent le disque.

Pour cet album, vous avouez avoir composé l’intégralité des musiques, avant les paroles...

D’habitude, je fabrique tout en même temps : là, je voulais procéder différemment. Je souhaitais m’extraire de la mélodie particulière du français, de ma prosodie, libérer mon souffle, mon rythme, qu’il glisse sans contrainte sur les notes. La plage musicale appelait certains mots, sons... Le texte apparaissait, se révélait. J’avais juste l’impression de le noter. Transcendé.

Pour l’instrumentation, vous avez choisi toute une batterie de vieux claviers. Pourquoi ?

On cherchait un son chaud, qui accueille fantômes, personnages et histoires... On a donc pris de vieux instruments, comme un antique Steinway, ou toute la panoplie des claviers mythiques : Hammond, Vox Electra (l’orgue des Doors, ndlr), Mellotron... Je trouvais marrant de pratiquer le vaudou, la magie blanche, d’invoquer les esprits : ça emplit la musique, ça lui donne de la vie...

Vous privilégiez une musique dansante, groovy, à teneur quasi sexuelle...

J’adore les sons black-américains ! Pour moi, l’âme de la musique réside dans cette pulsation hypnotique, qui rebondit, organique, au plus proche des battements du cœur, de la respiration et de la pulsion...

Vous avez intitulé votre disque Baba Love. Etait-ce votre état d’esprit ?
Non, mais je le suis parfois. "Baba Love", c’est un sentiment très doux, un peu sucré, un mélange de quiétude et d’excitation, qui fait que l’existence soudain pétille, qu’on est un peu ivre : ce sont des moments trop rares d’innocence, et de confiance aveugle dans la vie.

Sur cet album, vous semblez également avoir libéré votre voix. La travaillez-vous ?
J’ai travaillé avec Martina Catella, spécialisée dans la musique indienne : une façon d’appréhender le chant sans trop faire d’efforts. Et puis, pour la première fois avant les prises, j’ai chauffé ma voix : j’avais trop tendance auparavant à la bloquer dans ma gorge.

Vous vous entourez également d’invités de marques : Izia votre sœur, Claire Farah, Jean-Louis Trintignant, Saul Wiliams... Qu’ont-ils apporté ?
Pour moi, ce sont, tous quatre, de grands artistes de la voix : ils maîtrisent leur son, leur diction, leur respiration... Dans leur chant, ils mettent tout leur être. Je les vois comme de merveilleuses couleurs, une formidable palette.

Baba Love est un album plein d’optimisme. Comme une volonté d’être heureux ?
Quand je suis revenu de  Montréal, où je me produisais avec Nicolas Repac, j’étais redynamisé. Là-bas, il y a une belle énergie qui te galvanise. Ici, malgré le climat délétère, je crois qu’il faut se forcer d’être heureux. Ca marche avec l’entraînement, c’est un muscle, et peut-être qu’au final, le résultat a plus de valeur...

Arthur H Baba Love (Polydor) 2011
En concert au 104 à Paris le 27 octobre et en tournée française.