Coup de show sur les comédies musicales françaises

Coup de show sur les comédies musicales françaises
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2012 sera l’année du retour de la comédie musicale en France ou ne sera pas. Outre la déferlante de productions qui nous viennent d’outre-Atlantique (Sister Act, Shrek, Avenue Q etc.), on assiste à un retour en force du spectacle chanté grand public "à la française", Adam & Eve en tête. Zoom sur une machine qui, après s’être enraillée au fil des années, tente aujourd’hui de repartir de plus belle.

Annoncée avec strass et paillettes depuis le printemps dernier, Adam & Eve, la seconde chance, nouveau cheval de bataille de Pascal Obispo, douze ans après Les Dix Commandements, ouvre tout juste le bal des comédies musicales de cette rentrée.

Pendant des semaines, un chrono surplombait la page d’accueil du site dédié, décomptant le temps, des jours jusqu’aux secondes, avant la première, qui vient de passer l’épreuve du feu au Palais des Sports de Paris le 31 janvier dernier. Une auto-émulation comme pour conjurer le sort, car ce n’était pas gagné. Deux jours avant son lancement, on pouvait encore acheter des places par dizaines pour la représentation, et le matraquage médiatique redoublait d’efforts, avec appel à promo via les réseaux sociaux et multiplication des sujets télé.

Et pour cause : depuis dix ans, le succès des comédies musicales est en chute libre. Véritable poule aux œufs d’or à la fin des années 90, la fréquentation des salles de spectacles n’a cessé de baisser : 3,5 millions de spectateurs en 1998 pour Notre-Dame-de-Paris - en plus du carton du disque et du DVD -, 2 millions en France et plus du double à l’étranger pour Roméo et Juliette (2001), 1,8 millions deux ans après pour Les Dix Commandements, 1,6 en 2005 pour Le Roi Soleil, la moitié pour Mozart l’Opéra rock achevé il y a peu.

La French touch.

Comme toujours, les choses sont faites en grand, à la hauteur des espérances que l’investissement financier, de conséquent à colossal, implique. Grosse maison de disque, gros producteur, gros éditeur (quand une chaîne télé participe, il faut dire que ça aide), grandes ambitions.

Le disque sort en amont, fidèle à la spécificité française, contrairement à ce qui se passe chez nos voisins adeptes du genre, de Londres à Broadway, où les "musicals" se jouent pour se faire connaître. Le public se familiarise assez longtemps avec les morceaux, pour que les "tubes" existent, et ce bien avant la finalisation de spectacle, les ventes du disque étant censées gonfler le budget de production et créer la demande dans le même temps, comme pour un album de variété "classique".

Ainsi, le clip du premier single d’Adam & Eve, Rien ne se finit, était tourné au printemps dernier, et l’album sortait cet automne, alors que commençaient à peine les premières répétitions. Un an et demi de travail, quatre mois de préparatifs pour la scène. Mais comme les ventes de disques déclinent, l’enjeu s’est déplacé : le coup de poker, c’est le show.

Marchand de rêves.

On est loin de l’époque de Starmania, où Luc Plamondon et Michel Berger créaient de toutes pièces un conte futuriste sans référent au passé, et où la qualité des chansons portait le spectacle avec le triomphe que l’on sait, au nez et à la barbe des années. Ce spectacle fut d'ailleurs adapté, notamment dans une version anglaise interprétée au début des années 90 par les "pointures" de l’époque (le Tycoon de Tim Dice réunit ainsi Cyndi Lauper, Nina Hagen, Willy Deville, Ronnie Spector, et Céline Dion, entre autres). Un succès qui reste jusqu’à présent inégalé, et qu’on imagine aisément pouvoir être à nouveau monté.

Depuis, toutes les grandes comédies musicales françaises se créent autour d’un thème accrocheur, présent dans la mémoire collective : puisé dans la littérature (Notre-Dame-de-Paris, Roméo et Juliette), l’histoire ou les personnages célèbres (Le Roi Soleil, Cléopâtre, Mozart), la Bible (Les Dix Commandements), etc. Force est de constater que, si les sujets sont ensuite très librement adaptés, le cru 2012 n’échappera pas à la règle, puisque Adam & Eve emboîte le pas cette année à Dracula et 1789, les amants de la Bastille.

Autant d’occasions de vendre du rêve en inventant des univers de carton-pâte et de lumières qui en mettent plein la vue, avec au premier plan, le ballet. Car, si musicalement, il y en a pour tous les goûts (en ce qui concerne Adam & Eve, chaque personnage a sa propre identité musicale, et l’on passe du pop-rock au reggae ou à la valse-musette, de la variété à la musique classique), c’est, plus que la musique même, la danse, le faste des décors et les costumes qui créent le feu d’artifices.

Dans Adam & Eve, on trouvera ainsi aux côtés du couple phare Thierry Amiel et Cylia, (issus du monde de la téléréalité) cinq autres chanteurs, certes, mais surtout trois fois plus de danseurs au moins, et même des artistes de cirque. Le chorégraphe du spectacle, Tokyo Kevin Inouye, a d’ailleurs travaillé avec Le Cirque du Soleil, et les décors ont été réalisés par l’architecte Mark Fisher, collaborateur entre autres du même Cirque du Soleil et concepteur de quelques-unes des plus grandes scénographies artistiques de l’histoire du rock (Pink Floyd, Les Rolling Stones, U2, etc.)

Même pari pour le spectacle Dracula, l’amour plus fort que la mort, et son mythe revisité par Kamel Ouali, qui sera en tournée dès la fin du mois, et dont l’intérêt réside surtout dans le ballet, les jeux de lumière et les effets spéciaux. On imagine déjà que 1789, les amants de la Bastille, la prochaine comédie musicale produite par Dove Attia, ne devrait pas déroger à la règle. Et si l’aspect musical est de plus en plus relégué au second plan, "the show must go on" !

Adam & Eve, la seconde chance, jusqu’au 6 mars 2012 au Palais des Sports de Paris, puis en tournée en France.
Dracula, l’amour plus fort que la mort, en tournée à partir du 20 février 2012.
1789, les amants de la Bastille, concert avec les principales chansons du spectacle le 19 mars 2012 à l’Olympia à Paris, sortie d’album prévue le 12 avril 2012.