Gérard Lenorman, le bonheur en duos

Gérard Lenorman, le bonheur en duos
© renaud corlouer

Bien qu’il n’ait jamais quitté la scène, Gérard Lenorman n’avait pas enregistré d’album studio depuis onze ans. Un live (2003) et un livre (Je suis né à vingt ans, 2007) plus tard, il interprète aujourd’hui, dans Duos de mes chansons, 13 de ses titres phares, accompagné d’artistes de la jeune génération (Zaz, Joyce Jonathan, Grégoire…) et de vedettes de la chanson francophone (Florent Pagny, Maurane, Roch Voisine, etc.). Autant de versions qui donnent l’occasion de redécouvrir les textes, comme l’homme, et sa musique, sous un autre angle.

RFI Musique : Vous avez choisi d’interpréter dans ce disque treize de vos anciennes chansons en duo, notamment avec de jeunes artistes, l’aviez-vous déjà fait  ?
Gérard Lenorman : Jamais, ou alors des duos éphémères pour la télé, comme cela se faisait avant … 

Pourquoi alors avoir attendu aujourd’hui ?
Parce que c’était la chose que je ne voulais absolument pas faire ! Ces chansons m’ont permis de me construire, mais je ne savais pas leur impact sur les générations d’aujourd’hui. Moi j’étais mal aimé, je fais partie des années 1970 ringardes. Le monde m’a appris à être prudent, je ne sais pas ce que les gens pensent de moi. J’ai découvert que certains artistes m’appréciaient, comme Patrick Fiori, avec qui j’interprète Les Matins d’hiver. Puis j’ai fait la connaissance de Grégoire, qui est venu me dire des choses très gentilles et inattendues, et avec qui je chante Michèle sur l’album. Je l’avais d’ailleurs déjà chantée avec Joyce Jonathan pour un disque au profit de l’association Paroles de femmes. C’était une jolie rencontre, et Joyce a bien voulu venir pour Quelque chose et moi. Je n’aime pas les trucs arrangés, faire un disque avec des gens pour la photo, je détesterais ça.

Les chansons ont évoluées, avez-vous été surpris par les artistes qui ont chanté avec vous ?
Bien sûr ! Mes invités étaient à l’honneur dans ce partage-là, et je ne le regrette pas. Je suis un accompagnateur, pas un guide. On a eu la chance inouïe que le premier duo soit Si tu n’me laisses pas tomber avec Florent Pagny. Je ne m’attendais pas à ça. J’en rêvais mais personne ne pouvait le faire. Ça a été extraordinaire, du "lourd" comme on dit. Ça m’a beaucoup aidé parce que je suis un garçon très complexé et timide. Et là, aucun artiste ou moi-même n’avons souffert de l’ego. Il n’y a pas eu un doute, pas une erreur. Il n’y a que des accidents de fragilité et d’émotion, où d’un seul coup on se trouve cueuilli par la présence de quelqu’un, comme avec Anggun (Il) ou Maurane (De toi). Cet échange est du pur, du vrai, de ce qu’on n’ose pas. Je suis très heureux de cet album.

Comment aborde-t-on le fait de réenregistrer des chansons qui ont parfois quarante ans ?
Ce ne sont plus les mêmes. Ce sont les mêmes textes, les mêmes musiques, bien sûr, mais j’ai toujours fait évoluer mes titres sur scène. Depuis quelques années par exemple, Il était un reggae. J’ai toujours modifié mes arrangements parce que j’ai besoin de croire en ce que je chante. Si je chantais Voici les clés (ici avec Tina Arena, ndlr) comme avant, je m’ennuierais à mourir et j’aurais honte. Quand je n’ai pas trouvé de façon de ré-accréditer des chansons, je les enlève. Evidemment, je ne peux pas enlever La Ballade des gens heureux. J’ai essayé, mais là c’est mortel, les gens ne quittent pas la salle tant que ne l'ai pas chantée. La Ballade, c’est autre chose, ce n’est même plus ma chanson. C’est la leur.

Le public se l’est appropriée, mais en duo avec Zaz, elle devient universelle en version ska !
Cette chanson a passé pas mal de frontières, ça a dépassé l’entendement, l’espoir qu’on pouvait imaginer. Mais je l’ai créée pour ça. Je voulais que le texte s’adresse de chacun à tout le monde et de tout le monde à chacun. Je l’ai attendue très longtemps, je voulais une chanson chaîne. Avant aujourd’hui, elle n’avait jamais été sérieusement enregistrée. A l’époque, après des dizaines de séances studio, on a arrêté parce qu’on y arrivait pas. Je l’avais donc enregistrée live lors d’un concert à St Raphaël, et elle s’était retrouvée dans l’album. Au fil du temps, on a pris la moins pire de toutes les versions, mais là, celle avec Zaz est formidable, elle est vraiment vivante !

Vous retrouvera-t-on sur scène bientôt ?
Je l’espère ! La scène, c’est vraiment ma vie, en fait. Donc je ne triche pas, je ne rigole pas avec elle. C’est mon lieu sacré d’existence. Alors je n’invente rien. Je crée simplement le confort, le plaisir, le partage. Je ne me sens pas malin de faire ce que je fais. Mais je me sens honnête de le faire comme je le fais. Sur scène, c’est là où je suis le mieux, pour ceux qui viennent chercher ce qu’ils attendent de moi, c'est-à-dire le meilleur de mes chansons, et de moi-même. C’est ma démarche. Je ne suis pas un trafiquant.

Gérard Lenorman Duos de mes chansons (Play On/Jo &Co) 2011