Julien Clerc, toujours recommencer

Julien Clerc, toujours recommencer
© emi

Avec Fou, peut-être son dernier album paru, Julien Clerc, éternel jeune homme pop de la chanson française ose nouvelles rencontres et innovations, en attendant sa tournée avec orchestre symphonique, début 2012.

Un nouvel album de Julien Clerc est toujours familier. Un nouvel album de Julien Clerc est toujours une surprise. Depuis des lustres, il donne à entendre de grandes chansons romantiques et profondes qui prennent souvent un statut de standards, tout en s’aventurant dans la recherche d’auteurs, de textes et de thématiques toujours différents.

Alors Fou, peut-être peut être abordé de deux manières radicalement différentes. On peut célébrer l’immarcescible pureté de sa voix, ses fidélités à Maxime Le Forestier, Jean-Loup Dabadie, Gérard Manset ou Gérard Duguet-Grasser, son art toujours précis de la mélodie vaste et lumineuse. Ou on peut saluer sa capacité à se renouveler en confiant la réalisation de son album à Philippe Uminski, en demandant des textes à de jeunes confrères comme Julien Doré, Alex Beaupain et Mike Ibrahim, ou même en collaborant pour la première fois avec le grand aîné, Charles Aznavour.

Comme pour Double enfance, le titre de l’album vient d’une chanson commandée à Maxime Le Forestier, une fois de plus sur un thème autobiographique – sa paternité tardive. L’ami fidèle a donc écrit un texte à plusieurs lectures, jouant sur les mots ("Fou, peut-être/Et fier de l’être/Ils sont si doux ces bras de mer/Que je m’y love, que je m’y perds") voire sur la private joke ("Et je me dis que ça me plait/À l’heure qu’il est et à mon âge/Que la mer ait des dents de lait").

Entre l'intime et l'universel

Sentiment personnel de Julien Clerc ici, et grand choc émotionnel en fin d’album, avec Sur la plage une enfant, qui est peut-être la chanson la plus bouleversante écrite sur le handicap. "Manset a tardé à me la donner, raconte Julien Clerc. Il hésitait. Le sujet est grave, alors j’ai voulu une mélodie sous-tendue par un groove un peu ensoleillé, pour ne pas ajouter au pathos."

Entre ces deux pôles de l’intime et de l’universel, l’album explore divers états amoureux et diverses figures du sentiment, parfois décrits par des auteurs qui ont grandi en écoutant les chansons d’amour de Julien Clerc. Il aime ce passage de relai, tout autant qu’il s’amuse d’avoir composé pour Les Souvenirs de Charles Aznavour, une mélodie à la Aznavour – un jeu sur les héritages entre générations.

Il n’est pas innocent, d’ailleurs, qu’il ait travaillé sur cet album alors qu’il mettait en chantier sa tournée symphonique, qui commencera en janvier 2012. Il a ainsi rencontré Philippe Uminski en cherchant un arrangeur capable d’écrire pour l’orchestre classique tout en conservant l’élan pop de ses grands tubes. "Ce qui m’a convaincu, ce sont ses travaux pour Calogero et Johnny Hallyday et non, au départ, ses arrangements pour orchestre."

Jeune génération

De proche en proche, Uminski s’est trouvé à arranger et réaliser toutes les nouvelles chansons : "C’est amusant de se trouver face à cette génération, qui connaît très bien mon travail depuis mes débuts et qui, en même temps, a eu accès à toutes les formes de musique et peut tout aussi bien s’amuser avec des machines." L’album y a gagné en diversité mais aussi en densité, du simple piano-voix à peine habillé aux grands vaisseaux orchestraux d’une tradition qu’il a contribué à fixer il y a presque quarante ans quand, avec Jean-Claude Petit, il a fait la synthèse de Georges Delerue et de George Martin.

Alors, il y a dans ce disque de grands mouvements d’orchestre et des chansons acoustiques, des rythmiques solides et des douceurs soyeuses, variété qui fait écho, selon Julien Clerc, à "mes influences qui partent dans tous les sens. De ce point de vue, c’est formidable pour moi de travailler sur deux albums consécutifs avec des réalisateurs qui, chacun à sa façon, sont musiciens jusqu’au bout des ongles." Car, avant Philippe Uminski pour Fou, peut-être, il y avait eu Benjamin Biolay pour Où s’en vont les avions ? Après que ce dernier l’eut fait s’accompagner lui-même au piano, Uminski a proposé au chanteur d’enregistrer avec l’orchestre tout entier, "à l’ancienne", en prise live. Il a aussi amené beaucoup d’arrangements paradoxaux, avec des claviers vintage ou du Melotron mélangé aux instruments classiques.

Il aime ces rencontres, comme il aime travailler avec ses cadets Julien Doré, Alex Beaupain ou Mike Ibrahim. S’il ne connaissait pas les deux premiers, il avait eu le troisième en première partie de ses derniers concerts au Palais des Sports – "Il possède quelque chose que l’on ne peut pas inventer : la faculté de se faire écouter, même par les gens qui ne le connaissent pas." Et travailler avec Charles Aznavour lui apporte aussi beaucoup : "Sa fraîcheur par rapport à notre métier et à la création est la même fraîcheur que je revendique moi-même. L’album contient douze chansons, mais nous en avons enregistré quinze. Je suis encore étonné de sortir quinze chansons, et que ça m’amuse toujours autant."

Julien Clerc Fou, peut-être (EMI) 2011