Katerine, Francis et ses peintres

Katerine, Francis et ses peintres

En compagnie du jazzman François Ripoche et de son groupe (Francis et ses peintres), le chanteur Philippe Katerine présente 52 reprises dans l’espace, triple CD dans lequel il revisite Johnny, Jacno, Chagrin d’amour ou Caroline Loeb…

Un album ? 52 reprises dans l’espace par Katerine, Francis et ses peintres est en fait un petit coffret de trois CDs. Et ces cinquante-deux chansons sont réunies aujourd’hui sous forme physique deux ans après avoir connu leur première incarnation en étant mises en ligne sur internet à raison d’une par semaine pendant un an.

Au commencement, la rencontre avec Francis et ses peintres, groupe de jazz créé par le saxophoniste François Ripoche. Avec eux, Katerine travaille des tubes de variété française comme s’ils étaient des standards de jazz abordés par des musiciens familiers de l’héritage de John Coltrane. Il avait déjà participé à une aventure jazz singulière en 2007 : le Gros Cube, orchestre du saxophoniste Alban Darche, avait enregistré avec lui Le Pax, album de reprises de chansons de Katerine.

Cette fois-ci, le projet est à la fois plus radical, plus large et plus léger. Plus léger parce que le tracklisting contient un certain nombre de choix qui ont dû susciter un bon gros rire des musiciens (Besoin de rien, envie de toi de Peter et Sloane, Vive le Douanier Rousseau de la Compagnie Créole, Papayou de Carlos, La Queuleuleu de Bézu, Un lapin de Chantal Goya). Plus large parce que toutes esthétiques sont traversées, des années 50 au hip hop français. Et ce projet-ci est d’une radicalité renversante parce qu’il consiste à unifier Ballade irlandaise de Bourvil, Toi mon toit d’Elli Medeiros et DJ de Diam’s : il n’y a que les révolutionnaires qui peuvent oser se confronter au patrimoine tout entier de la musique populaire.

Le jeu n’est pas comique, loin de là. Rien de sarcastique, rien de destructeur : les chansons, seulement les chansons, avec leurs mélodies et leurs textes reposés à plat et abordés avec la même méthode, les mêmes couleurs et surtout l’interprétation de Katerine, à la fois flegmatique et facilement proche de l’hystérie.

On trouve ainsi des pépites comme une lecture très modale de l’accompagnement au saxophone dans Confidence pour confidence de Jean Schultheis ou une lecture bouleversante d’Elle est d’ailleurs de Pierre Bachelet. Mais parfois, aussi, Katerine, Francis et ses Peintres semblent désarmés, comme dans Qui c’est celui-là de Pierre Vassiliu, finalement très proche de la version originale, ou dans Il est vraiment phénoménal dont ils ne parviennent pas à réévaluer la forme et le fond. C’est d’ailleurs rassurant.

Katerine, Francis et ses Peintres 52 reprises dans l’espace (Barclay/Universal) 2011
Concert le 25 octobre à Paris (Gaîté Lyrique)