Maya Barsony et l'âme de l'amour

Maya Barsony et l'âme de l'amour
© sony

Ce n’est pas qu’un double jeu de mots : c’est une philosophie de l’amour que Maya Barsony présente avec Monter Âmoureuse. La chanteuse revient à la lumière avec ce 3e album à la fois mutin et grave, sentimental et ironique, girlie et affranchi. En 12 titres (dont un duo avec Camille Bazbaz), elle raconte la souffrance de la rupture et tout le cheminement qui libère de la douleur morale pour rendre possible un nouvel amour. Rencontre avec une artiste singulière, dont les chansons dévoilent autant le charme piquant qu’une exigence esthétique très affirmée.

RFI musique : Sur la pochette de votre album, vous semblez avoir le buste plâtré…
Maya Barsony : Sur mon premier album, j’étais accroupie avec des peintures sur le visage, en train de manger un fruit fluo. Sur le deuxième, je m’élançais à poil dans les airs en pensant que j’étais la reine du monde. Il ne devait pas y avoir de filet en-dessous : sur celui-ci, j’ai mon petit plâtre. C’est la reconstruction.

Qu’est-ce qui vous a inspiré cet album sur le deuil amoureux et la renaissance de l’amour ?
Mon influence première n’est pas un livre ou une chanson, c’est l’émotion. À force de me vautrer totalement en amour, j’ai décidé d’y réfléchir. Après un chagrin, j’ai décidé que je ne recommencerai pas une histoire sans savoir pourquoi je me plante toujours. J’ai essayé de rationnaliser quelque chose qui ne l’est pas. Mais je suis artiste. Je fais des disques, pas des livres !

Est-ce facile de transformer une réflexion rationnelle en chansons ?
Non ! (rires). J’avais une idée simple : au lieu de tomber amoureuse, je veux monter amoureuse. Pour ça, il faut une ritournelle. Il ne faut pas en faire trop autour pour ne pas étouffer l’idée. Alors dans les couplets, je mets ces expressions effroyables qui désignent l’amour : aimer à la folie, perdre la tête, la maladie d’amour…

Justement, sur la page de remerciements, dans le livret de l’album, pour évoquez la "période complexe", que l’on devine être celle de votre chagrin d’amour. Avez-vous écrit l’album pendant la "période complexe" ?
J’ai commencé pendant la période complexe. L’album commence par une chute, jusqu’à la remontée. Mais, dans ce que je propose aux auditeurs, je n’ai pas voulu commencer par un truc qui plombe. Je me suis rendu compte que les chansons peuvent venir dans n’importe quel ordre, elles racontent toujours une histoire.

D’ailleurs, les chansons qui ont la thématique la plus sombre sont parfois les plus gaies musicalement.
Si des chansons sont tristes, je fais en sorte qu’elles ne le paraissent pas. Quand je construis ma musique, j’essaye d’avoir une forme légère sur des thèmes graves. Mais, pour arriver à la simplicité, je mets beaucoup de temps – c’est le plus dur. Il faut énormément de travail pour arriver à la fluidité musicale. J’ai choisi des guitares acoustiques pour garder aux chansons un côté humain et chaleureux, j’ai choisi de mixer des vraies batteries et non des programmations. Rien que pour ça, j’ai pris six mois !

Le livret de l’album énumère tous les instruments de percussions dont vous jouez. Ces tambourins, guiro, cloches, shakers, etc, ont d’ailleurs souvent une fonction presque narrative dans les chansons.

Je suis extrêmement rythmique et je me suis régalée à jouer tout ça. J’ai mis des tambourins par exemple pour faire les croches sur des tempos un peu ralentis. Et c’est vrai, ils racontent quelque chose.

Vous êtes la demi-sœur d’Arthur H mais vous êtes aussi la fille du plasticien Piotr Barsony. Était-ce fatal pour vous de devenir musicienne ?

C’est arrivé de manière assez naturelle. Je n’ai pas souvenir de m’être dit que je voulais devenir chanteuse. Depuis que j’avais trois ou quatre ans, je chantais tout le temps. J’ai fait mon premier blues à six ans avec des petits accords au piano. Il n’y a pas eu un instant dans mon adolescence où j’ai pensé à autre chose. C’était ancré. Certes, j’étais dans un milieu propice mais, petite fille, je me suis demandé si je n’allais pas être peintre parce que mon père était peintre. Quand j’ai commencé à faire mes premiers petits tableaux dans son atelier, j’ai compris qu’il valait mieux que je ne me lance pas là-dedans. Il m’aurait mis la pression toute ma vie.

Musicalement, quelles sont les influences que vous revendiquez ?
Je dis toujours que mon univers va d’Édith Piaf à Nina Hagen. J’adore Bob Marley, un de mes disques préférés de ces dernières années est Le Fil de Camille. Mais, en fait, j’écoute de moins en moins de musique, pour être aussi peu influencée que possible. Je veux chanter en français, je veux raconter des choses qui me touchent, je veux que ce soit fluide à l’écoute.

Maya Barsony Monter Âmoureuse (Columbia/Sony) 2011
Concert le 27 septembre à Paris (Zèbre de Belleville)