Moran

Moran

Il y a quelques années encore, il n’avait jamais empoigné une guitare. En 2006, le Québécois Moran livrait avec Tabac un premier album au succès d’estime resté inaperçu. La plume s’est aguerrie, le musicien aussi. Aujourd’hui, alors que sort en France Mammifères, on découvre qu’on ne pourra plus se passer de lui.

Sa poésie fait parfois penser à celle de Jean-Louis Murat (Charbon, Proverbes), son timbre est rocailleux à la Arthur H, sa sensibilité sinueuse comme les voies ferrées des chansons d’Alain Bashung, et certaines de ses ballades tanguent à la manière de CharlElie Couture (Balcon).

Avec ses textes ciselés, dont le sens se révèle à chaque homonymie, à la virgule près et aux mots/maux à la ligne, Moran arpente les paysages accidentés et arides d’une vie proche d’un purgatoire où se démènent démons intérieurs et percussions entêtantes (Toujours encore).
 
Les guitares 8 cordes font la ronde autour de l’existence Mammifère de l’homme, les ponts s’écroulent sans s’évaporer, tels des ombres dessinées au fusain, tandis que les amours détrempées pansent ou cicatrisent les plaies à l’Aspirine, au quotidien ou au champ de bataille, sans jamais prendre la fuite (Los Angeles).
 
Entre incertitudes et contradictions (Troublant), Moran confesse ses mensonges (Labrador) autant que ses promesses, décortique les chimères ou les évidences (Babylone).
 
Des chansons folks, animales et singulières, en français ou en anglais, dans lesquelles les chœurs de ses musiciens flottent comme des spectres, quand elles ne sont pas interprétées en duo avec la chanteuse Catherine Major, sa compagne à la ville.
 
Mais surtout des pleins et des déliés rock, pop ou blues, enveloppant une musicalité qui rappelle celle de Leonard Cohen (Lies). Un minerai élégant et racé. Ou quand le talent des songwriters québécois touche à l’incandescence.
 
Moran Mammifères (AdLitteram/Quart de Lune) 2011
En concert au Zèbre de Belleville à Paris le 28 mars 2012