Mustang, aux origines du rock

Mustang, aux origines du rock
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Ils ont une vingtaine d’années à peine, viennent de Clermont-Ferrand et vouent un culte au rock des fifties. Rétros mais jamais passéistes, les trois musiciens de Mustang affichent même une étonnante modernité sur Tabou, mariage rare et réussi entre le rockabilly, la soul, les synthétiseurs et la langue de Gainsbourg. Explications.

Impeccables coupes Elvis et look hérité des années James Dean, le trio mené par le très glamour chanteur et guitariste Jean Felzine cultive une fascination évidente pour le rock'n'roll des origines, Elvis Presley en tête.

Comme tant d’autres, direz-vous. Sauf que Mustang ne joue ni l’imitation servile, ni la nostalgie radoteuse. Leur musique est sincère, moderne et inventive, et l’écriture (exclusivement en français) de Jean Felzine bluffe par son aisance et son ironique acuité. Il suffit pour cela de (ré)écouter A71, premier album parfait paru en 2009, croisement entre le King, l’innocence (faussement) assumée des yéyés et l’électro primitive de Suicide.

L’histoire de Mustang remonte à 2006, et une rencontre au lycée autour d’une passion commune pour le rock, dans l’incontournable ville de Clermont-Ferrand. "Nous nous sommes mis à écouter en boucle le rock'n'roll des années 40-50, se souvient Jean Felzine. On aime revenir aux origines, aux pionniers." De cette époque, Mustang a gardé ce goût pour le son… et la coiffure fifties. "Cela faisait un peu bizarre à Clermont, mais je me suis aperçu que l’on parlait beaucoup plus de nous ensuite. Mais nous ne sommes pas pour autant un vrai groupe de rockabilly !"

Soutenu par la Coopérative de Mai, le groupe est remarqué pour la qualité de ses prestations, et signe avec Jan Ghazi sur le petit label A*Rag en 2007. "Le moment que j’ai choisi pour plaquer mes études et me consacrer à temps plein à la musique" se souvient Jean. Le chemin est encore long, mais le trio impressionne par une écriture déjà mature et une maîtrise presque parfaite des canons du rock'n'roll. "Notre côté autodidacte nous a poussés à beaucoup travailler, répéter ensemble, explique Johan, bassiste. On a toujours passé des heures par jour à améliorer notre cohésion, chercher le groove. C’est une quête sans fin chez nous".  Musique dansante, sexy, une pointe d’arrogance et, déjà, la voix hoqueteuse de Jean, proche de Roy Orbison, son "modèle absolu".

Ballade soul

Après A71, "succès d’estime, mais déception en termes de ventes", ce nouvel album, Tabou, s’adresse sans nul doute à un public plus large, sans toutefois renier les origines rock du groupe. Le titre Qu’est-ce qui se passe excelle dans le registre de la ballade soul française, belle et dénuée d’ironie. "À part ceux de Nino Ferrer, il n’existe pas de vrais classiques de la soul en français. Cette chanson est au premier degré, parfois à la limite du ridicule, mais c’est celle dont je suis le plus fier", explique Jean.

Aux côtés de Tabou, chanson-titre aux accents sortis tout droit du répertoire de Nino Ferrer, le morceau de bravoure se nomme La Princesse aux petits pois, sorte d’hommage à l’amour vache gainsbourien sur des motifs electro-surf hypnotiques. Avec un talent aussi précoce et versatile, Mustang se place comme l’une des promesses sérieuses du rock français. À quand le succès public ?

Mustang Tabou (A*Rag/Jive Epic/Sony) 2011