Nicole Croisille, Infiniment d’amour

Nicole Croisille, <i>Infiniment d’amour</I>
© catherine cabrol

Il y a quatre ans, Nicole Croisille célébrait ses cinquante ans de scène ! Après le succès de la tournée Nougaro, le jazz et moi, qui a pris fin à l’été 2009, elle s’est offert une parenthèse au théâtre. Aujourd’hui, Nicole la chanteuse prépare un nouveau spectacle avec quelques-uns de ses grands succès, des titres plus confidentiels et un inédit, réunis pour l’occasion dans la compilation Croisille.

Nicole Croisille en a foulé des planches depuis ses débuts en 1957 ! De la France aux Etats-Unis, de la danse aux clubs de jazz, en passant par la comédie, le public lui reste fidèle. C’est pour lui qu’elle revient avec une nouvelle compilation Croisille, soit dix-huit chansons, comme des morceaux de vie qui ont marqué les esprits, et dont certains n’avaient jamais encore été gravés sur CD.

Les orchestrations n’ont pas été changées : "Les gens veulent entendre ce qui les a touchés. Ce sont des petites pierres blanches dans leurs souvenirs. Ils ont envie que les mêmes émotions remontent. Si l’on change tout, cela ne se produit plus. J’ai eu la chance folle sur mon parcours d’avoir des chansons qui les ont accrochés et qu’ils n’oublient pas. J’ai toujours voulu défendre de belles mélodies et des paroles simples, mais pas bêtes pour autant, du 'son qui fait sens' comme disait mon copain Nougaro !"

Le son qui fait sens chez Nicole Croisille, ce sont les chansons d’amour. Les départs, les retours ou l’éloignement (Téléphone-moi, Il ne pense qu’à toi, etc.), les rêves et les souvenirs (La Garonne), la peine et la nostalgie d’une époque (Léo, hommage à Ferré) ou l’insouciance des amours naissantes (Un Homme et une Femme). On retrouve également Le Blues du businessman, la chanson de Starmania qu’elle avait reprise il y a plusieurs années : "Dans ma version féminine, c’est la femme de cet homme d’affaire qui parle, et c’est parce qu’elle l’aime qu’elle le critique !" Il y a aussi Fanny, l’histoire d’une amitié qui perdure à travers les années, qu’elle n’a jamais encore chanté sur scène et avait même "oubliée".

De la tendresse dans un monde de brutes.

"Je n’ai jamais accepté de prendre des chansons qui soient militantes sur quelque sujet que ce soit à part l’humanité. Je crois que toutes les positions militantes doivent se défendre avec autre chose qu’un support artistique musical. La chanson doit être un art à la portée de tous, mais qui parle des sentiments, de nos états d’âme, pas de nos prises de position sociale, qui mériteraient, elles, à ce moment-là, un engagement plutôt politique."

L’amour la fait non seulement chanter mais revenir aujourd’hui. Pour preuve, la dédicace que l’on trouve au dos du livret accompagnant la compilation, chose assez rare pour qu’on la remarque d’emblée : "Je mets un petit mot dans chacun de mes albums. C’est une façon de remercier le public d’avoir acheté le disque. A l’âge que j’ai maintenant, si je suis encore sur le tarmac, c’est parce qu’ils ont envie que je vienne !"

Cette dédicace fait écho au titre inédit que l’on trouve en première position sur le disque, Infiniment d’amour. Si Nicole Croisille retrouve la scène aujourd’hui, c’est pour contrer le "blues ambiant", ce désordre et ces guerres qui nous entourent, cette "planète en colère". "Aujourd’hui, l’optimisme est quelque chose que l’on doit cultiver volontairement. Ce que je peux proposer aux gens, c’est 'un petit peu de tendresse dans un monde de brutes'. Pourquoi a-t-on envie d’infiniment d’amour ? Parce que c’est la dernière chose que l’on peut se donner gratuitement au jour d’aujourd’hui, et qui peut nous aider à vivre, pour que l’espoir renaisse."

Libre et jazz.

Ce n’est donc pas un hasard si la compilation se ferme avec L’Espoir, issue de Black et Blanche, son album enregistré en 1990 avec une chorale gospel sénégalaise, et avec lequel elle a pris ses premières marques dans la grande aventure qu’est la production de spectacles. "Cette chorale venait de Dakar, et cela n’intéressait personne de produire ce disque. Je me suis transformée en productrice, avec Claude Lelouch et Francis Lai comme bailleurs de fonds !"

A l’époque, alors que l’album ne marche pas très bien, Nicole décide de faire venir la chorale sur la scène du Casino de Paris pendant huit jours. "Je réinjecte ce que je gagne dans mes spectacles, c’est le cadeau que je me fais et que je partage avec les gens. On me parle encore de celui-ci, alors que c’était il y a vingt ans ! C’était chargé d’émotion, il y avait quarante choristes avec leur directeur, un géant, qui avait appris la musique avec un frère dominicain. La chorale ne lisait pas la musique, apprenait tout d’oreille, mais chantait malgré cela en polyphonie à quatre voix !"

On retrouve ce goût pour le gospel et le blues dans Infiniment d’amour. "On l’a orchestrée ainsi parce que c’est un univers qui  fait partie de nos racines, en tant que musiciens. Je ne travaille qu’avec des musiciens de jazz. On ne peut nier ni l’enfance, ni la formation qu’on a eu, ça vous marque à vie." Nicole Croisille aime les musiques qui swinguent, comme le tango et son émotion : "Les chanteurs n’ont pas peur de faire sortir la violence, et j’aime cela. C’est pour ça que les mélodies de mes chansons contiennent des envolées, c’est pour pouvoir lâcher la violence que j’ai en moi et que je ne peux pas lâcher dans les mots."
 
Nicole Croisille Croisille (MVS) 2011
En concert à l’Alhambra à Paris les 7, 8 et 9 octobre 2011