La passion Brassens

La passion Brassens
© Jean-Pierre Leloir

A l'occasion du 30e anniversaire de la disparition de Georges Brassens, RFI Musique se penche à nouveau sur sa vie, sur le répertoire du poète, interprété par lui-même bien sûr et par de nombreux autres, qu'ils soient de la même génération ou beaucoup plus jeunes. Un retour dans le passé, qui éclaire un peu plus joliment le présent.

L'année 2011 est l'année de commémoration par excellence pour tous les passionnés de Georges Brassens. Cette figure incontournable de la chanson française est née le 22 octobre 1921 et s'est éteinte le 29 octobre 1981. Fan de toujours, le dessinateur Joann Sfar, accompagné de la journaliste Clémentine Deroudille, a ouvert le feu des commémorations en proposant dès le mois de mars dernier une exposition originale sur l'homme à la moustache, exposition intitulée Brassens ou la liberté. Ce voyage onirique au pays du natif de Sète remettait au goût du jour (s'il en était besoin) une image très présente dans le paysage musical français sans doute légèrement décolorée, comme un vieux polaroid auquel on tient particulièrement et que l'on conserverait soigneusement pendant des années.  

Georges Brassens ne peut être réduit à ses incontournables accessoires, sa moustache, sa pipe ou sa guitare. L'homme est multiple, anarchiste de la première heure, poète, anticlérical,  dynamiteur d'idées toutes faites, provocateur à ses heures. Un artiste qui a fait ses débuts avec le producteur Jacques Canetti au début des années 1950 et que le succès rencontré tout au long de sa carrière ne va pas vraiment transformer. Un homme fidèle dit-on, fidèle aussi à une certaine façon de travailler les mots, qui lui permettra de donner au répertoire de la chanson ses plus beaux textes comme Le Testament : il note des idées qui lui traversent l'esprit, trouvent des mots qui frappent, se préoccupe du refrain puis dégotte des images pour faire huit strophes, ce qui constitue une chanson. Une recette simple à priori, que seul l'imaginaire de l'artiste rend unique.

Aujourd'hui, les admirateurs de l'interprète de Supplique pour être enterré à Sète se retrouvent sur les pas du grand artiste. De sa ville natale, en passant par Paris ou Lézardieux, dans les Côtes d’Armor, les lieux de souvenirs ne sont pas très nombreux mais précieux. Ceux qui durant leur vie entière ont baigné dans la poésie de Georges Brassens apprécient de retrouver des endroits qu'il a connus et fréquentés. D'autres encore, quand ils deviennent à leur tour artiste, rendent hommage au maître et reprennent certaines de ses chansons. La playlist que propose RFI Musique permet de se rendre compte de la diversité des interprétations, de la façon dont chacun s'approprie selon sa propre histoire et sa propre culture, les œuvres d'un auteur compositeur interprète admiré par un très grand nombre.

Des artistes confirmés ont d'ailleurs repris le répertoire de Brassens et l'ont finalement intégré au leur comme une chose naturelle. Tel fut le cas de Maxime Le Forestier à qui l'on doit des albums studios et live ainsi que de nombreux concerts, Joël Favreau, guitariste de Brassens, mais aussi de chanteurs non-francophones comme l'Espagnol Paco Ibanez qui a même adapté les textes dans la langue de Cervantes. Plus loin de l'Hexagone encore, l'Afrique n'a pas échappé à la passion Brassens comme avec Kristo Numpuby, chanteur franco-camerounais, qui consacra lui aussi un album entier à Brassens.

Même certains jazzmen se sentent proche de cet univers particulier. Du vivant de Georges Brassens était déjà paru un album intitulé Brassens-Moustache jouent Brassens en jazz. Rien d'étonnant donc à ce que le guitariste Christian Escoudé en ait fait à son tour un album, Au bois de mon cœur. Parmi les jeunes générations d'interprètes francophones, l'auteur du Gorille reste un immense arbre à l'ombre duquel l'inspiration de chacun se développe, prend forme et s'épanouie. La compilation sortie en 2001 Les Oiseaux de passage donnait à entendre Noir Désir ou Tarmac. En 2011, ce sont Les Ogres de Barback ou Agnès Bilh qui s'attaquent à ce répertoire qu'on veut croire intemporel.

Depuis 1981, les rééditions des chansons ont été nombreuses, permettant ainsi de faire vivre ce répertoire unique. Aujourd'hui encore à l'occasion de ce double anniversaire, sort un coffret de 19 CDs accompagné d'un livre, Le temps ne fait rien à l'affaire. Quatorze albums originaux font partie de cette réédition, donnant à chacun la possibilité de découvrir ou de retrouver des chansons connues ou moins connues.

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