Zebda, le retour sur scène

Zebda, le retour sur scène
© b. brun

Les Toulousains de Zebda ont fait leur rentrée –sociale- le week end dernier. Il viennent de commencer un "tour de chauffe" de trente dates et sortiront quelques mois avant les élections présidentielles françaises de 2012, un nouvel album qui reprend l’histoire là où elle avait mis des points de suspension. RFI Musique a rencontré le groupe à Toulouse et à Cahors pour leur premier concert depuis huit ans.

Les mains scandent "Zeb-da", "Zeb-da" et la tension monte comme avant une rentrée des classes. Après huit ans d’absence, d’humeurs vagabondes en solo et d’action culturelle à Toulouse, Zebda a débuté vendredi dernier son "tour de chauffe" aux Docks de Cahors. Durant deux soirs, le groupe "de Toulouse" (comme il se présente toujours) a dévoilé dans cette salle de 600 places les chansons de son prochain album, dont la sortie est prévue pour janvier 2012.

L’album n’a pas encore de nom, mais Zebda l’a déjà enregistré dans son studio du quartier des Minimes à Toulouse et à New York, où vit le producteur américain Nick Sansano, le camarade de jeu des derniers albums avant la séparation. À Cahors, petite ville à la campagne entourée de collines rougeoyantes, Zebda a donc préparé une semaine durant, son retour ; expérience inédite, le groupe a aussi répété son ABC dans une maison de retraite avant de retrouver son public pour deux concerts affichant complet des semaines à l’avance.

"On est d’un naturel plutôt combatif et guerrier. On aime bien être dans la position où l’on a besoin de convaincre", confie Mouss, porte-parole du groupe. "On a des ailes dans le dos désormais, le plus dur a été pendant un an, d’enregistrer notre album, maintenant, tout ce qui peut arriver, ce n’est que du bonus", complète Magyd Cherfi.

Walter Hugo et les maths

Dans un décor de taules ondulées et de néons, Zebda a démontré que, s’il y avait eu une récréation de huit ans, ce n’était pas simplement par envie de jouer à cache-cache. "On a grandi avec Zebda, ce dont on avait besoin, c’est de trouver à côté d’autres raisons d’exister", constate Magyd Cherfi. Ceux qui se prenaient, avec dérision, pour "Walter Hugo, le poète", ont ainsi imposé leur vision des mathématiques : réparti autour de ses trois chanteurs, Magyd Cherfi, Mouss et Hakim, Zebda compte désormais cinq de ses sept membres originels, auxquels s’ajoutent sur scène, trois musiciens.

"On est reparti autour du noyau qui avait le plus envie de Zebda", simplifie Magyd Cherfi. On s’est aussi recentré sur ce que l’on savait faire de mieux, c’est-à-dire du Zebda". Tout aussi inspiré par les Clash que par le rap, le raï, le reggae ou les chansons populaires longtemps fredonnées en douce par Magyd Cherfi et le bassiste Joël Saurin, Zebda a une fois de plus fait le choix de l’école buissonnière, détournant les styles musicaux, les mots, et cette identité "beur" à laquelle on les renvoyait déjà à leurs débuts.

"Aujourd’hui encore, des jeunes de couleur se disent 'Tiens, je me sens pas chez moi ici !' alors qu’ils ont une carte d’identité française dans la poche. Mon fils qui a 9 ans se replie vers une forme de 'beuritude'. La France est toujours dans le vœu sincère d’une société multiculturelle, mais dont finalement, elle ne veut pas parce que c’est trop flippant… Et nous, que ce soient nos parents ou nos enfants, on est toujours là, à attendre qu’on nous ouvre la porte", estime Magyd Cherfi. "La question qu’on se pose après toutes ces années, c’est finalement : Est-ce que le métissage existe vraiment ?", reprend Mouss.

Les Deux écoles et la fête

Parti en campagne alors que l’élection présidentielle de 2012 occupe déjà les conversations, Zebda a fait le choix d’intervenir une fois de plus, sur un terrain plus social que politique. Ses nouvelles chansons parlent de l’ampleur prise par le voile, des Deux écoles que l’on vit différemment si l’on est issu d’un milieu ouvrier ou des beaux quartiers, ou bien des harragas, ces migrants "qui prennent tous les risques pour tenter d’avoir une vie meilleure". "On vous rend le pétrole, rendez-nous la vie", chante le groupe.

Quant aux musiques, elles restent festives en dépit des aigreurs laissées par les déclarations sur "les Auvergnats" de l’ancien ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, et de "la libération d’une parole décomplexée, donc, qui va forcément dans le sens du non-respect de la différence et du racisme" (Magyd Chefi). "Malgré tout, il y a toujours cette idée de fête et de second degré dans Zebda", constate Mouss.

Pour son premier concert ensemble, Zebda, qui a dû tenter d’intégrer à son noyau dur ses nouveaux musiciens de scène, a vite retrouvé ses repères. Il fallait voir Magyd, Mouss et Hakim se tourner autour comme des gosses, pour se dire que, "Oualalaradime", ce retour aux études est plein de jolies promesses… "Je le jure sur la tête de moi" !

Album à paraître en janvier 2012
En tournée dans toutela France à partir du 20 octobre