Zoufris Maracas : la décroissance en chanson

Zoufris Maracas : la décroissance en chanson
© Gabriel Bonnefoy

Avec leurs chansons gorgées d’humour et de révolte sociale, sur fond de musique brésilienne, africaine et manouche, les Zoufris Maracas sortent Prison dorée, un premier disque frais et revigorant !

En ce lundi 7 mai, Vin’s, le chanteur de Zoufris Maracas, baille à s’en décrocher la mâchoire, se frotte les yeux, lutte férocement contre la fatigue qui l’envahit. Vin’s ne s’est pas couché. Nuit blanche. Ce matin-là, à 10 h, sa maison de disque ChapterTwo Records l’a vu débarquer la rose entre les dents, un peu en avance sur l’horaire, en provenance directe de la Bastille où il avait, jusqu’à l’aube et plus soif, fêté la victoire de François Hollande, avec quelques dizaines de milliers de potes.

Cette nuit-là, l’artiste s’est senti assurément "maracas", peut-être un peu moins "zoufris". Comme ces "ouvriers algériens, célibataires et sans une tune, venus reconstruire la France dans la seconde moitié du XXe siècle", Vin’s et son acolyte Micho, les deux fondateurs du groupe, s’affirmaient un brin "exilés" dans leur propre pays sous le gouvernement précédent : une ère politique qu’ils critiquent d’ailleurs gouailleusement dans leur premier album, Prison Doré.
 
En se massant le crâne, Vin’s s’enthousiasme : "On va pouvoir envisager les choses différemment. La gauche fera-t-elle mieux que la droite? Je l’espère ! Mais nous vivrons surtout dans un climat plus cool, même si nous allons devoir ramer… Stop au racisme, à la méfiance, au mépris de l’un et de l’autre, à la haine de celui qui bosse, de celui qui ne bosse pas, au clivage privé/public… La merde dans la détente, c’est toujours mieux que la merde dans le stress !"
 
Travailler moins…
 
Sur leurs ritournelles aux accents brésiliens, africains et manouches, les Zoufris Maracas s’en donnent d’ailleurs à cœur joie pour tancer, parfois à mots couverts, parfois ouvertement, les dérives de l’ex-président. Une formule, en particulier, reste en travers de la gorge de Vin’s : "travailler plus pour gagner plus". Pour ce baladin amoureux, l’un des proverbes les plus célèbres du quinquennat relève de l’aberration. L’histoire des Zoufris se résume à l’inverse, en une vie de bohème, une vie de poèmes, une succession d’heureux hasards…
 
A 15 ans, à Sète, Vin’s et Micho se rencontrent autour d’un flipper. Après le bac, sac au dos, programme "étude" sur pause, il embarquent pour l’Afrique, du Mali au Burkina, en passant par le Niger, y montent un cinéma itinérant, font le plein de cassettes de tubes populaires, se grisent de musique, s’enivrent d’expériences… De retour en France, Vin’s achève ses études de géographie, bosse comme serveur, commis de cuisine, se fait employer par Greenpeace, ressent l’aliénation du travail… Et puis, un jour : chômage.
 
Face au vide de son emploi du temps, Vin’s galère, bouffe des patates, apprend trois accords de guitare pour contrer l’ennui. "Sur les notes, je me suis mis à déblatérer des conneries, et je sentais l’adrénaline monter ; je me marrais tout seul devant mes bribes de chansons : ça m’est tombé sur le coin de la gueule", raconte-t-il. Et puis, la vie : Micho rentre à Paris, après avoir vécu au Mexique. Les deux potes se retrouvent, festoient pendant trois jours et trois nuits, avant de se retrouver sans le sou. Vin’s ressort des cartons ses chansons, et au turbin ! En duo, ils écument les terrasses de Montmartre, gratouillent dans le métro, écopent de 5000 euros d’amende, désormais échelonnés jusqu’en 2029, sortent un disque autoproduit, qui permet de "bosser moins et d’amasser plus de caillasse". Une rencontre avec le producteur Julio Rodrigues, un accroissement de la famille Zoufris (François à la batterie, Brice à la trompette, Mike à la guitare manouche) et le tour est joué !
 
pour vivre libres !
 
Depuis, Vin’s a arrêté de bosser : "Lorsque tu peux te permettre de réfléchir à ce que tu veux vraiment, à la façon dont tu te situes dans le monde, et que tu ouvres la bonne porte, ça te mène de toute façon toujours plus loin qu’un boulot alimentaire. Lorsque tu suis ce que la société t’impose, tu déprimes, tu deviens tout blanc, tu tombes malade, tu achètes des canapés et des écrans plats pour compenser…"
 
Aujourd’hui, Vin’s semble s’être libéré de sa "prison dorée" : pas de pognon, mais de la liberté et des chansons pleins les poches… Sûrement la raison pour laquelle leur disque sonne aussi joyeux. Sur des rythmiques ethniques et des horizons ravis, les Zoufris balancent des pavés gorgés d’humour sur l’immigration, l’écologie, parlent d’amour, de voyages et d’un transsexuel sur la plage de Bahia. Et puis, dans leur révolte, dans leur entreprise de dé-lobotomisation des esprits, de dé-panurgisme social qui dénonce autant le troupeau que les bergers, ces dignes héritiers de Renaud ne voudraient pas plomber l’ambiance : "Notre arme n’est pas la peur, mais la joie, les vibrations… Sinon on va tous trinquer avec du Destop pour fêter la nouvelle année !"
 
Gamin, Vin’s voulait respirer sous l’eau, traverser les océans, parler aux oiseaux, vivre dans les arbres… A 34 ans, "l’âge de raison", il poursuit ses rêves comme à 15, fabrique ses p’tites chansons, et les diffuse le long des rails, direction les sous-sol du métro parisien, après cette nuit agitée, parce que la musique, c’est pas Byzance… Le prix à payer pour la liberté !
 
Zoufris Maracas Prison Dorée (ChapterTwo Records) 2012
En concert le 19 mai au festival Alors Chante ! à Montauban et en tournée
Le site de Zoufris Maracas