Philippe Katerine entre électro et disco

Philippe Katerine entre électro et disco
Philippe Katerine © DR

Philippe Katerine s’est adjoint les services de SebastiAn pour réaliser Magnum, un album aux influences italo-disco. Il y chante une certaine confusion des genres et des codes, entre des camionneuses, un homme efféminé et des dictateurs enfants gâtés.

RFI Musique : Vous jouez le capitaine d’un navire échoué sur une île hédoniste, pleine de filles et de soleil qui brille. Aviez-vous envie d’évasion ?
Philippe Katerine : Je ne suis pas allé au soleil depuis 4 ou 5 ans, pour des raisons diverses. Avant j’y allais tous les ans. J’aimais bien. J'ai voyagé en Guadeloupe, à la Réunion ou au Brésil… Voyager permet de ne plus savoir qui on est. Le disque part un peu de cette idée, ne plus savoir qui l’on est, se redéfinir. On est un autre en voyage, on est loin de soi-même, on se sent en danger.

Vous êtes très versatile : acteur, réalisateur, dessinateur, chanteur… Qui jouez-vous ?
Il y a toujours un petit déplacement. Je suis très joueur. J’ai joué au basket, aux Lego ou à la poupée. Je joue peut-être un héros, que je ne suis pas dans la réalité. J’essaie de remettre en scène ma vie, de façon plus exaltante, saturée, émouvante…
La musique n’est pas une occupation majeure. Je passe beaucoup plus de temps à dessiner. Je pratique peu la musique, j’en fais quand j’en ai gros sur la patate. Mais cela ne doit pas transparaître dans mes chansons, au contraire.

N’est-ce pas difficile de se remettre d’un succès comme Louxor ?
Cela me colle sûrement un peu à la peau, mais c’est la loi du genre et c’est extraordinaire quand une de vos chansons rencontre plein de monde. Je m’en suis très bien remis, merci ! J’ai eu le sentiment d’être un peu utile à un moment, en créant du lien social, en réunissant les gens. On ne maîtrise alors plus rien, c’est beau. Je me suis souvent trouvé inutile et j’avais de la complaisance avec cela.

Chaque chanson est basée sur un sample disco avec des rythmiques électro. Vous n’avez travaillé qu’avec un seul musicien, SebastiAn, pourquoi ?
C’est mon idée, je suis ce qu’il fait depuis ses débuts. J’aimais bien sa techno abrasive, il y a de la violence dans sa musique, c’est ce que je cherchais. Mais dans son album Total, il tente aussi quelques ouvertures plus ensoleillées. C’est quelqu’un qui a une culture très aboutie en chanson française. Je pense qu’il aime tout ce qui est suintant et dansant, comme la disco. Cela n’a donc pas été un mariage contre nature. Cela a tout de suite fonctionné entre nous. SebastiAn m’envoyait ses instrumentaux par e-mail —un peu comme dans le rap— et je faisais ma mélodie et mes textes avec. Je les attendais comme des cadeaux du ciel.

Êtes-vous un imbécile heureux, comme vous le chantez ?
Pas assez souvent. Je voudrais être un imbécile heureux pour être davantage dans le présent, c’est un privilège.

Vous sortez un film, Magnum, avec l’album. Dans un autre film, vous jouez aussi le président de la République en 2022...
C’est un président du futur, Bird, qui chante un peu et qui a été aussi élu grâce à cela, pour ses qualités de poète. Je n’ai pas trop eu d’indications, mais j’ai pensé à mon père en le jouant. J’ai repris une façon de parler et de bouger, une lenteur, une autorité naturelle… Le film s’appelle Gaz de France.

Vous parlez de votre père. Aviez-vous une maman trop maman, comme Les Dictateurs ?
Peut-être un peu, elle était très aimante et protectrice, ce n’est pas un reproche. Vers 20 ans, j’ai eu envie de prendre le pouvoir, ce fut une année atroce pour les autres. Je voulais toujours avoir raison, voire jouer les gourous ! Dans ma chanson, je dis ce que j’ai cru constater : Ben Ali, Mussolini ou Hitler étaient de beaux bébés Cadum.

Quelles sont vos limites dans l’écriture ?
J’ai beaucoup de limites, surtout morales, je me censure et je jette beaucoup de textes. J’ai laissé passer Les Dictateurs avec beaucoup d’hésitation. Je me disais que ce serait mal pris, par exemple par les mères, qui seraient seules responsables… "Non mais, vous vous rendez compte de ce que vous dîtes ?"

Il est beaucoup question, de genre, de virilité ou de femmes… Dans ADN, vous jouez sur la confusion des genres entre maman et papa. Cela a été un sujet sensible en France…
Le mariage pour tous est un sujet qui m’a passionné, et c’est extraordinaire que cela soit enfin arrivé en France. Mais quand j’écris, cela est d’abord très domestique. Je constate, par exemple, que je me sens plus maman que papa, plus protecteur, comme une mère, avec mes deux jeunes enfants. Mais je passe souvent de la féminité à la virilité.
Philippe Katerine Magnum (Barclay/Universal) 2014.
Site officiel de Philippe Katerine
Page Facebook de Philippe Katerine