Les Insus, Téléphone sans fille

Les Insus, Téléphone sans fille
Téléphone © G. Ruffin

Sans la bassiste Corine Marienneau, mise à l'écart, Téléphone se reforme sous l'appellation Les Insus avec son trio de garçons original. Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka se lancent à partir de la fin avril dans une tournée de 35 dates. Compte tenu des indices significatifs distillés ces trois derniers mois, difficile de feindre complètement la surprise.

Voilà leur nouveau numéro pris d'assaut. Impossible de les joindre. Ligne constamment saturée. Non, mais allô, quoi ? Il en devient harassant ce bip. S’appeler Téléphone et refuser de s'exprimer, c'est un comble. Hormis l'immuable communiqué de presse, propre à tous et qui arrive d'ailleurs souvent après la bataille, la communication du groupe se déplace sur un autre terrain, celui des réseaux sociaux.

Sur sa page Facebook, le batteur Richard Kolinka a dégainé le premier fin août : "Il y un concert rock, le 11 septembre au Point Éphémère, à ne pas rater... Il n'y a pas beaucoup de places paraît-il".  Malgré aucune garantie sur le papier, les plus astucieux auront fait le lien avec la sortie brûlante d'une réédition des albums de la formation (Au cœur de Téléphone) doublée d'un disque hommage (ratage complet en passant) par la jeune génération.

La capacité de la salle (300 places) n'autorisant pas l'indécision, il fallait prendre ce risque pour réussir à s'emparer du précieux sésame. Bonne pioche pour les aventureux. L'identité du groupe secret ne tardera pas à être révélée. Pourquoi Les Insus ? Parce que Insus-portables. C'est cette marque-là qui sera d'ailleurs déposée à l'Institut national de la propriété intellectuelle.

 
Retrouvailles attendues

Nulle raison de s'attarder sur ce nom un brin téléphoné, l'événement est ailleurs.
Il marque les retrouvailles entre Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka. Un rêve longtemps caressé par des millions de fans. Trente ans d'attente. Autant dire une éternité ou presque. Quelques rapprochements ces dernières décennies : un Taratata, des apparitions dans les concerts des uns et des autres et enfin, un Bus Palladium en 2013 avec à la basse, Axel Bauer. Cela suffit à entretenir des espoirs fous.
 
Mais l'enthousiasme est douché, à chaque fois, par une fin de non-suite. Il y a eu aussi, en 2010, des spéculations largement relayées médiatiquement sur d'éventuels concerts au Stade de France. Là encore, le souffle est retombé aussi vite qu'il est monté. On ne compte plus les tentatives de rapprochement avortées. Par la force des choses, beaucoup avaient fini par se contenter de ces coups isolés.
 
Jusqu'à donc ce Point Éphémère, plus spontané que réellement rôdé, qui sera suivi par deux concerts à Lille et à Lyon, toujours dans des formules "club". Puis à nouveau le silence. Une épuisante guerre des nerfs pour les nombreux inconditionnels. La délivrance est survenue il y a quelques jours. Vingt et une dates annoncées en salle, la plupart dans des Zénith, et une présence accrue l'été prochain dans les festivals hexagonaux. Personne ne veut faire l'impasse. Les programmer, c'est évidemment l'assurance d'un taux de remplissage maximal. D'ailleurs, c'est déjà sans surprise la ruée frénétique sur les billets.
 
Qu'est-ce qui motive et démotive les groupes à se reformer ? Le paramètre financier entre en jeu. L'argent, ce double brise-défense, qui soude et desserre les coudes. Dans l'histoire de Téléphone, il est un élément central. "Argent trop cher, trop grand, la vie n'a pas de prix".  Ce ne sont que des paroles de chanson. La réalité aura rattrapé ses membres.
 
Sans Corine Marienneau
 
Mais ce serait réducteur de résumer l'explosion en plein vol du groupe à ce seul facteur. Trop d’ego, de rancœurs, de collisions amoureuses, de tensions permanentes ont mis en jachère l'aventure collective. Entre Jean-Louis Aubert et Corine Marienneau, un froid tenace proche de la détestation. Jamais ces deux-là n'auront réussi à recoller les morceaux laissant quelques cicatrices apparemment indélébiles.
 
La bassiste, dont la parution sans concession de ses Mémoires en 2006 (Au fil du temps) n'a pas arrangé son cas, est ainsi exclue de ces retrouvailles, d'où l'obligation de recourir à ce nom d'emprunt, les Insus. Elle a récemment pris la parole à plusieurs reprises. Elle tente de faire bonne figure, mais elle en a gros sur le cœur. Elle dit que cela fait vingt ans qu'elle lance des bouteilles à la mer restées sans réponse, que le refus ne vient pas de son fait. Surtout ne pas lui parler de reformation. "Sans moi, ce n'est pas Téléphone. J'y tiens. Ce groupe, c'est ma vie", confie-t-elle dans les colonnes du quotidien Le Parisien.
 
En guise de maigre consolation, elle s'est penchée corps et âme sur la remastérisation de l’œuvre intégrale de la formation rock, sortie sous différents formats (vinyles, CD, coffrets...). Au milieu de tubes, de sessions de travail et de maquettes, deux inédits ont été dénichés dans les tiroirs : Ma guitare est une femme et La même chose, chanson au texte troublant, enregistrée sur cassette en 1983 et faisant écho aux premières dissensions au sein du groupe.
 
Téléphone fêtera en 2016 son quarantième anniversaire. Sa période d'activité réelle n'aura duré que dix ans. Le butin, au final, tient seulement en 470 concerts, cinq albums studio et deux live. Il n'existe pas le moindre enjeu ici si ce n'est la célébration scénique d'un répertoire populaire, marquant, intergénérationnel et qui n'a jamais cessé d'être fêté sans répit. Toujours sur Facebook, Jean-Louis Aubert : "On avait oublié de vous dire au revoir... Et merci !". Aux trois jeunes sexagénaires désormais de ne pas écorner leur légende.
 
Téléphone Intégrale Au cœur de Téléphone (Warner Music) 2015
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