Stefie Shock aux Francos de Montréal

Stefie Shock
Montréal 2012 © Marie-Hélène Mello

Alors que les Francofolies de Montréal battent leur plein et ce, jusqu’au 16 juin, de nombreux concerts spéciaux sont proposés aux festivaliers : on trouve parmi eux, celui de Stefie Shock En tête-à-tête, une formule unique où le chanteur et DJ québécois troque son groupe festif pour une prestation en duo avec sa bassiste, Amélie Mandeville.

Depuis 2000, Stefie Shock, l’auteur-compositeur-interprète montréalais à la réputation de bête de scène a livré 4 albums originaux, dont La Mécanique de l’amour l’an dernier. Nouvelles compositions électro-pop, tubes revisités de manière personnelle (Zobi la mouche des Négresses vertes, Dévaste-moi de Brigitte Fontaine), voix grave caractéristique et rythmes très dansants… L’on y retrouvait les principaux éléments qui ont fait de Stefie Shock un artiste québécois bien en vue. Et aussi l’un des chouchous des Francos de Montréal. 

"En 12 ans de carrière, je crois bien avoir participé à 9 éditions des Francos, se souvient le musicien. C’est même là où j’ai présenté mon premier spectacle d’envergure, à la sortie de mon premier disque. Je garde un bon souvenir des différentes vitrines qu’ils m’ont proposées, des plus petites scènes à la grande scène principale, en passant par le Métropolis [salle montréalaise de 2300 places], que j’ai fait seul et avec Jean Leloup." Cet habitué du festival revient cette fois avec un spectacle-concept imaginé en deux parties - l’une sur le ton de la confidence et l’autre très festive - qui font ressortir les pôles de sa création.
 
Acte 1 : Découverte intime
 
À peine arrivé sur la scène de l’Astral, aménagé en cabaret pour l’occasion, Stefie Shock s’est assis, visiblement nerveux, avec sa guitare et sa caisse claire, en admettant qu’il s’agissait du premier véritable essai de cette formule de concert. Carré rouge peint sur le front (pour symboliser son appui au mouvement social de protestation qui secoue le Québec depuis plusieurs mois), et bandage bleu au poignet – il s’est plus tard excusé de souffrir d’une tendinite –, le chanteur a présenté la bassiste à ses côtés. Puis, ensemble, ils ont lancé le bal avec une version remaniée de Scalpel Blues, suivie d’une reprise de Pas assez de toi de la Mano Negra.
 
Cette volonté d’épurer ses chansons, il l’aurait eue à la suite de plusieurs commentaires de spectateurs qui auraient aimé que les textes ressortent davantage dans ses spectacles avec groupe. En entrevue, le multi-instrumentiste s’explique : "Cette fois, j’ai voulu faire un show où les paroles sont vraiment mises en valeur, et pour y parvenir il a fallu déshabiller des chansons de mes quatre albums, enlever la batterie, les claviers, la guitare électrique…" C’est ainsi que sept de ses succès ont été réarrangés, dont le duo vocal homme-femme Un jour sur deux, tiré du dernier album.
 
"En groupe, nous jouions très fort du début à la fin, et j’avais plus de difficulté à me permettre des moments calmes, poursuit-il. L’exercice me permet de renouer avec des chansons que je ne jouais plus, comme Les averses, qui est l’une de mes préférées." Belle version en effet, que celle présentée lors de cette soirée très spéciale, où la sincérité mêlée de vulnérabilité qui caractérise Stefie Shock transparaissait tant dans son interprétation que dans ses interventions généreuses entre les chansons. Le performeur partage beaucoup et aime manifestement son public, qui le lui rend bien.
 
Acte 2 : Pour le plaisir du DJ
 
Après cette incursion tout en douceur, Stefie Shock a voulu pousser l’exploration en duo un peu plus loin avec une seconde partie plus électro que jamais, à l’image de ses prestations de DJ. Une livraison toujours minimaliste de ses propres chansons, mais sur un ton permettant de renouer avec le rythme et la danse. C’est avec la chanson-titre La Mécanique de l’amour qu’il a lancé cet acte plus énergique de la performance, debout avec sa guitare électrique. "Je suis un DJ dans l’âme, ce sont des influences chroniques et indélébiles", nous avait-il confié avant le spectacle. C’était donc visiblement le naturel qui revenait au galop !
 
Plus complice avec Amélie Mandeville qu'en début de soirée, l’artiste a paru dans son élément. C’est à partir de ce moment qu’il a réellement commencé à s’éclater, s’excusant tout de même d’avoir "triché" en ne respectant pas la formule acoustique annoncée au départ. Il a "ramené ses machines", des rythmes électros déclenchés par son sonorisateur Sébastien Gauthier, qu’il interpellait amicalement avant d’entamer chaque chanson : "Seb!". La jungleL’âme perdue et Je combats le spleen ont ainsi été dynamisées, sans oublier Everybody Knows, une reprise de Leonard Cohen jamais entendue auparavant. De bons grooves, des réarrangements reggae, des intros plus rock… Une soirée exploratoire variée, complète et originale. Pari tenu pour Stefie Shock !
 
Le concert En tête-à-tête sera présenté un peu partout au Québec au cours de l’été et de l’automne 2012.