Compilation Ishumar 2

Compilation <i>Ishumar 2</i>
© Sedryk

Indicateur témoin de l’évolution du mouvement musical auquel elle se consacre, la compilation Ishumar 2, nouvelles guitares touarègues dresse un état des lieux instructif et mesure la distance parcourue depuis que Tinariwen a fait irruption dans le monde de la world music à la fin des années 90.

 

Chaque fois qu’un genre musical accède à une notoriété internationale, après avoir existé d’abord à l’échelle locale, la tentation est grande de ne le considérer qu’à travers l’artiste qui l’a fait connaître et en est souvent devenu l’incarnation. Une vision réductrice qui vaut, par exemple, pour le reggae et le Jamaïcain Bob Marley, autant que pour le blues rock du désert et les Maliens de Tinariwen. La réalité est en général plus diverse, plus protéiforme qu’on ne l’imagine de prime abord, soumise à des forces contraires et à des démarches paradoxales : comment se revendiquer de l’artiste référence tout en s’en démarquant pour affirmer sa propre identité ?

Trois ans après un premier volet sous-titré musique touarègue de résistance, la compilation Ishumar 2 se penche cette fois sur la nouvelle génération qui aborde la musique dans un autre état d’esprit. A commencer par la notion d’auteur-compositeur, que la marchandisation des chansons a tout à coup transformé : elle était jusque-là accessoire, informelle, souvent collective. Cette époque est révolue, fait observer de façon pertinente le livret du CD (45 pages, en français et en anglais). "Sur les douze groupes présents dans ce disque, quatre n’ont jamais joué au-delà de la Méditerranée", peut-on également lire. Les musiciens savent désormais qu’ils seront écoutés dans un cercle beaucoup plus large que celui de leur communauté, et cela change en toute logique leur approche.

Leurs parcours personnels sont loin de se ressembler. Ils viennent du Mali, du Niger, d’Algérie − comme Nabil Othmani, déjà coauteur d’un album avec Steve Shehan −, voire du Burkina Faso dans le cas de Mouma Bob. Certains sont exilés en France, en Belgique. D’autres n’ont pas vraiment connu la rébellion armée pourtant au cœur de la démarche des pionniers, ou n’ont même pas grandi dans le désert, à l’image de l’Italo-Algérien Faris Amine Bottazi. Les uns ont introduit la batterie, les autres les claviers, des touches de reggae, de rap, n’hésitent pas à se faire accompagner par des musiciens issus d’autres univers… A ceux qui redoutent de voir le ciment du blues rock touareg se dissoudre dans tous ces mélanges et métissages, Ibrahim Djo Experience apporte, par exemple, avec Anchar une réponse très convaincante.

 

Compilation Ishumar 2 (Re-aktion/Believe) 2011