Cerrone, pionnier de la French Touch

Cerrone, pionnier de la French Touch
Cerrone © DR

Chance, indépendance, détermination, orgueil, provocation… Ces ingrédients ont permis à Cerrone de marquer la musique disco et au-delà, beaucoup de musiciens du rap et d'électro. Après 25 albums, le Français, qui n'a jamais vraiment quitté les studios, réédite ses plus gros succès et trois rares bandes originales.

Depuis l'incroyable succès de Marc Cerrone aux États-Unis puis dans le monde entier dans les années 70, il dit n'avoir jamais arrêté de composer et de jouer de la musique. Tout a commencé en 1964, quand il avait 12 ans. Sa mère lui promet une batterie, en échange de bons résultats dans son école de Vitry, en banlieue sud de Paris. Le garçon a tant écouté les batteurs de Cream, Santana ou Deep Purple qu'il sait quasiment jouer de la batterie avant même de l'obtenir. Premier groupe de rock au lycée. Son père l'inscrit dans une école de haute coiffure mais il fugue.

En 1969, sa petite amie de l'époque travaille au Club Med. Le patron, Gilbert Trigano, voit le jeune homme dépité de laisser partir son amoureuse. Marc Cerrone lui propose alors de monter des groupes de musiciens dans les clubs de vacances. Il repère les meilleurs musiciens pendant près de deux ans. De ces multiples rencontres naît le groupe Kongas.

Passé à d'autres amours, Cerrone décide en 1972 de jouer de la batterie sur le port de Saint-Tropez. Eddy Barclay est séduit et lui demande de se produire au célèbre club Papagayo, avec les Kongas. L'homme en blanc les signe sur sa maison de disques et sort leur premier disque.
 
Attablé en ce mois de décembre 2014 dans un confortable café des Champs-Élysées, affublé de lunettes teintées, Cerrone explique : "En 1976, lorsque j'ai publié mon premier album solo, Love in C Minor, le terme de disco n'existait pas. D'ailleurs, ce n'était pas mon style : je faisais du Cerrone, avec la batterie au centre. Un peu comme Nile Rodgers plaçait la guitare au centre ou Giorgio Moroder, les synthétiseurs. Dans le rap ou l'électro, beaucoup m'ont samplé car ils n'arrivaient pas à reproduire ce son de batterie. C'est pour cette raison qu'ils ont accepté de me verser 50% de leurs droits."
 
Femmes nues
 
Cerrone conçoit son premier album un peu comme son dernier, imaginant en vendre très peu, vu le format du disque, qu'il produit seul. En introduction, de jeunes femmes parlent durant deux minutes de garçons, avant que la batterie et les violons n'envahissent nos oreilles durant près d'un quart d'heure. Un titre absolument pas calibré pour passer en radio, sur un album qui ne compte que trois morceaux.
 
Incroyable hasard, une caisse d'albums arrive par erreur à New York. Au lieu des retours d'albums de Barry White, le grossiste, qui est aussi DJ, découvre des albums à la pochette provocante. Il écoute, adore et décide de passer le disque dans son club. Il vend tous les exemplaires depuis sa cabine de DJ.
 
Casablanca Records, label de Donna Summer, cherche ce mystérieux Cerrone en Grande-Bretagne, où a été enregistré l'album, mais ne le retrouve pas. La maison de disque fait alors enregistrer une reprise qui se place bientôt dans les dix meilleures ventes de disques aux États-Unis. En apprenant cela, Cerrone va frapper à la porte d'Atlantic : "Autant aller chez le plus gros label. Quincy Jones y était signé, un musicien qui se mettait autant en avant qu'un chanteur. Si lui le faisait, je le pouvais aussi."

Il vend trois millions d'exemplaires de son premier album. Cerrone apparaît sur les pochettes de ses disques, en compagnie de jeunes femmes dénudées. Comme sur Cerrone's Paradise, avec cette femme nue sur un réfrigérateur duquel est tombé un yaourt. Aucune allusion à la cocaïne, jure-t-il, même s'il a à cette époque-là, commencé à en consommer. Mais son image mégalo et déjantée est plantée. Il affirme qu'il a le premier lancé l'expression "French touch". Le patron du label Atlantic, Ahmet Ertegün, lui avait pourtant déconseillé d'afficher sa nationalité française. Il se faisait passer pour Italien.

 
Réveil difficile
 
On le voit au mythique club Studio 54, aux côtés du peintre Jean-Michel Basquiat, du couturier Jean-Paul Gaultier ou d'Andy Warhol. Il y fait quelques bœufs, seul à la batterie. Un autre batteur français se convertit là-bas à la disco, François Kevorkian, devenu depuis DJ et producteur, mais les deux hommes ne se sont jamais rencontrés. L'année 1977 marque un moment important dans la carrière de Cerrone : Supernature est un triomphe, avec au final 8 millions d'albums vendus et 5 Grammy Awards reçus par celui qui vit désormais aux États-Unis.
 
En 1985, le réveil est difficile pour Cerrone. La musique disco s'est évanouie comme un rêve. Ses disques ne se vendent plus autant, il a abusé de la cocaïne "devenue une douleur", son entourage est "pourri" et son divorce "à l'américaine" lui coûte beaucoup d'argent.
 
Michael Jackson lui confie la production d'un titre pour sa petite sœur, La Toya. Sur la pochette, Cerrone s'affiche en blond à ses côtés. Il part ensuite deux ans au Japon. Jack Lang, alors ministre de la Culture de François Mitterrand, contacte Cerrone pour produire un opéra rock The collector, en 1988 à Paris, avant un grand concert pour le bicentenaire de la Révolution française, place de la Concorde. Car le musicien aime la mise en scène et raconter des histoires, comme en témoignent ses quelques romans policiers. On lui doit quelques bandes originales dont Brigade Mondaine, rééditées en 2014 avec ses albums par Because Music, qui n'a pas manqué de sortir un best of aux versions raccourcies.
 
Dans les années 90 sa musique commence à se faire échantillonner par le rap et l'électro : Beastie Boys, Run DMC, Modjo… Le mix Cerrone by Bob Sinclar (2001) remet au goût du jour les titres originaux. Depuis un peu plus de cinq ans, Cerrone s'est découvert une nouvelle passion, la peinture. Mais en 2015, après 25 albums au compteur, Cerrone publiera son nouvel opus. L'aventure musicale pourra alors se poursuivre.
 
Cerrone The best of Cerrone productions (Malligator/Because) 2014
Cerrone Love in C Minor (Malligator/Because) 2014
Cerrone Cerrone's Paradise (Malligator/Because) 2014
Cerrone Supernature (Malligator/Because) 2014

Site officiel de Cerrone
Page Facebook de Cerrone