The Do, shamans dans la nuit.

The Do, shamans dans la nuit.
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On avait quitté The Do (Dan + Olivia) au soleil, sur la pochette de leur premier album A Mouthful. On les retrouve la nuit, en pleine nature sous un halo de lune, avec Both ways open jaws, deuxième opus mordant et ténébreux. A écouter comme un conte sorcier, à la lueur des lucioles.

RFI Musique : L’étape du deuxième album est considérée comme délicate. Comment l’avez-vous abordée ?
Olivia : On avait envie d’enregistrer tout ce qu’on n’avait pas pu jouer pendant deux ans de tournée, frustrés d’être trois sur scène et des contraintes techniques que cela impose. Je voulais composer au clavier, le clavecin et la harpe étaient un peu mes obsessions au début. On avait aussi plus de machines en studio, donc on a pu expérimenter plein de nouveaux sons.
Dan : Pour ce disque, on s’est enfermé encore plus. Pour le premier album, on était toujours entre deux choses, car on faisait beaucoup de musiques de commande pour le cinéma et la danse contemporaine. On n’avait pas eu le temps d’approfondir. Pour celui-ci, on était uniquement concentré là-dessus. On a pu poser et creuser toutes nos idées.

Le titre du premier album signifie "une bouchée", celui-ci "mâchoires ouvertes des deux côtés", pourquoi cette référence ?
O : Il y a une évolution un peu plus dangereuse, plus menaçante, peut-être menacée aussi de notre côté. Depuis 2008, nous avons été très exposés et nous n’y étions pas préparés. Nous sommes contents et fiers, mais on peut vite se sentir happés, puis il y a les bons et les mauvais conseils. Mais c’est surtout une formule poétique et une image qui nous correspondait bien.

Qu’est ce qui vous a inspiré cet univers de conte de fée un peu sorcier ?
O : Le conte de fée a toujours été dans mon imaginaire. Dans ma culture finlandaise, il y a aussi beaucoup de personnages féeriques. Ils ne sont pas forcément naïfs, ce sont de vraies histoires, parfois dures, qui ont nourri mon imaginaire, visuellement notamment.
D : On a pris un vrai tournant quand on a composé à mi-parcours Dust it Off, qui ouvre l’album. Tout le monde avait, via les médias, une image de nous pétillante. On s’est dit qu’on avait le droit d’utiliser des mots forts, une poésie troublante, et des sons plus durs que ceux de d’habitude.

Vous utilisez un imagier particulier, du côté secte de The Wicked and the blind, à la comptine de Bohemian Dances, des démons de Smash them all au mystique Moon Mermaids
D : On a commencé l’album dans une maison qu’on a louée dans le Luberon et qui était très étrange, chargée d’histoire, comme si elle était hantée. Dès qu’on était à l’extérieur, il y avait une magie. On était avec notre musique et j’avais l’impression qu’il fallait qu’on se batte pour aller toujours plus loin dans notre façon de la penser. Quand on parle de démons dans Smash them all, c’est que c’est dur d’aller plus loin, on a des barrières qu’il faut accepter et qui nous accompagnent.
O : On parle dans cet album de l’ennemi à l’intérieur qu’on essaie d’étouffer mais qu’il faut parfois laisser s’exprimer. On a aussi enregistré deux morceaux dehors, Bohemian dances et Moon mermaids. La lune était très présente dans l’esthétique, surtout sur Moon mermaids. C’était le décor parfait pour ce morceau. Il y avait vraiment un lever de lune ce soir-là, c’était très beau.

Il y a un gros travail d’arrangements sur ce disque, et des sonorités plus rock, plus électro, parfois tribales. Qu’est-ce qui vous a plu dans ces contrastes ?
D : Quand les morceaux naissent, on n’a aucune vision de la couleur, on se laisse aller à un endroit, puis à son opposé juste après. Quand je compose la musique, c’est comme une amnésie. J’oublie tout, et c’est pour ça que je peux travailler des jours dessus. Ce qui nous plaît, c’est que chaque chanson soit comme un petit labyrinthe, qu’on se perde dans les sonorités et qu’on soit surpris par ce qu’on entend.

Concernant les percussions, on a l’impression que vous avez un hangar de bric et de broc. Avez-vous utilisé des instruments particuliers ?
D : On part de l’idée que tout est percussion, on en invente. J’ai 200 casseroles qui nous servent à enregistrer des trucs ! On peut prendre un boulier chinois pour en faire un shaker, des capsules de bières. On a utilisé des pierres sur The Wicked and the blind et sur l’intro de Bohemian dances, et j’ai même secoué des plantes ! C’est tentant tous ces bruits qu’on peut créer. Depuis que j’ai six ans j’enregistre tout, j’ai toujours aimé ça. Tout petit, à table, je tapais sur mon assiette avec le pouce. J’aimais bien manger dans une assiette qui sonne bien, et je le fais toujours !

Vous avez commencé à tourner avant la sortie de l’album, qu’est-ce qui a changé dans votre nouvelle formule scénique ?
O : On est six, il y a deux filles multi-instrumentistes, qui font du vibraphone, du saxophone, du trombone, du violon… C’est un orchestre à elles toutes seules ! Il y a un guitariste qui a un pédalier incroyable, et le batteur qui nous suit depuis deux ans. On a une relecture sur scène, de notre album, même si elle n’est pas aussi radicale que sur la première tournée. On a un peu remodelé les morceaux du premier album, tout en faisant en sorte que le public s’y retrouve.

The Do Both ways open jaws (Cinq7/Wagram) 2011
En tournée en France
Au Festival des 3 éléphants (Laval) le 20 mai 2011, aux Francofolies de La Rochelle le 14 juillet 2011

Site de The Do