Les résidents des nuits d'Ibiza

Les résidents des nuits d'Ibiza
DJ Snake à Ibiza, été 2015. © DR

Au milieu des DJs anglo-saxons, les Français se font une place chaque été dans les clubs d'Ibiza. David Guetta, Bob Sinclar, Martin Solveig ou Amine Edge & Dance ont leur soirée attitrée au milieu d'autres DJs stars comme Sven Väth ou Carl Cox.

Sitôt atterri, impossible de louper les affiches qui ornent les couloirs de l'aéroport ou qui surplombent les routes. David Guetta, Carl Cox, Luciano, Solomun… On comprend bien vite que le clubbing est l'activité principale de cette île des Baléares en été.

Les fêtes ont lieu 7 jours sur 7, de mai à septembre. Les plus grosses discothèques accueillent les DJs les plus en vus du moment et les DJs stars ont leur résidence : ils viennent une fois par semaine, comme David Guetta avec la soirée F*** Me I'm Famous qui a lieu depuis 2001 au Pacha, tous les jeudis. Et depuis 4 ans, le DJ revient sur l'île le lundi à Ushuaïa. Rendez-vous en fin d'après-midi dans ce complexe hôtelier, où le public est en plein air et les pieds dans l'eau, entre palmiers et piscine. Cette année 2015, la résidence de David Guetta a pour nom Pool Position. Référence à la piscine et au récent vidéo-clip de son titre Dangerous dans lequel il campe un champion de Formule 1.

Avant lui, c'est le DJ néerlandais Afrojack ―de 20 ans son cadet― qui fait bouger, mais surtout chanter le public au son de sa dance tapageuse. Un grand écran affiche les paroles des chansons, façon karaoké géant. Plus de 6000 personnes sont agglutinées, une bonne partie trône dans l'espace VIP pour celles qui peuvent débourser plus de 2000 euros pour une table et des bouteilles d'alcool. C'est la "transgression tolérée, encadrée et commercialement organisée" que décrit le philosophe Yves Michaud dans Ibiza mon amour*.

Le créneau musical d'Ushuaïa : l'EDM, soit l'Electronic Dance Music. Un terme que les Américains ont donné aux premiers succès de David Guetta ou de Skrillex. L'EDM est une version plus musclée de l'eurodance des années 90 avec les basses du dubstep ou de la trap, des rythmiques électro, des effets trance et quasi systématiquement, des voix.

Spectacle total

Le jet privé de David Guetta passe au-dessus du complexe hôtelier Ushuaïa vers l'aéroport tout proche. La veille, il jouait aux Vieilles Charrues, en Bretagne. À 22h, le DJ français s'installe derrière les platines. Ses tubes, comme sa version de Bang Bang (My Baby Shot Me Down) ou Hey Mama, sont repris en chœur par le public lorsque le DJ coupe la musique.

Les deux bras levés, David Guetta semble en extase, le sourire aux lèvres. Il prend le micro pour enjoindre la foule à frapper dans ses mains. À mes côtés, un jeune couple d'Espagnols qui viennent chaque année assister à la soirée de David Guetta, le croyait Américain. "Do you want to party harder ?" hurle le Français (“Voulez-vous faire la fête de plus belle?”).

Le titre EDM Helicopter de Martin Garrix & Firebeatz embrase la foule, qui agite des drapeaux de course au nom du DJ, tout comme le refrain I'm in love with the coco du rappeur O.T. Genasis, revisité façon électro. Une douzaine de danseuses casquées ou arborant des volants de Formule 1 entoure le DJ, avant qu'une trapéziste ne survole la piscine, soulevée par des dizaines de ballons noirs et blancs. La jeunesse dorée du Brésil, d'Australie, d'Israël ou des États-Unis enchaîne les cocktails depuis des terrasses où chacun a accroché son drapeau national. La soirée a des allures de "spring break", la semaine de débauche des étudiants américains.

Ibiza-Las Vegas

Décors, vidéos, danseuses, fumigènes, lance-flammes, cotillons… le spectacle est total, mais plus à taille humaine que dans les gigantesques Tommorowland ou Ultra Music Festival. Comme le disait David Guetta au journal anglais DJ Mag : "Je ne recherche pas la crédibilité, mais à être incroyable". À minuit pile, le show est terminé. À l'entrée, des employés enlèvent déjà les décors.

Près du port d'Eivissa, le Pacha accueille ce même soir Steve Aoki et DJ Snake. Ce Français natif d'Ermont, au nord de Paris, s'est fait connaître en 2014 par le titre Turn Down for What avec le rappeur Lil Jon. Le vidéo-clip totalise à ce jour 264 millions de vues sur YouTube… Âgé de 29 ans, William Grigahcine a participé à deux albums de Lady Gaga et vient de sortir avec Major Lazer et Mø Lean On, un des tubes de l'été.

Il cultive le mystère en gardant même dans l'obscurité ses lunettes noires et en refusant les photos. Loin d'être timide, DJ Snake harangue la foule au micro, entre un titre de trap music et un autre d'EDM, entre O.T. Genasis et House of Pain.

Le club à l'allure d'hacienda aux murs blanchis accueillera mercredi un autre DJ français, Martin Solveig. Pour la première fois cette année, il est résident à Ibiza, pour 19 soirées My House. Il y recevra Madeon, Tiga ou encore DJ Snake. Un article du Pacha Magazine nous apprend que Martin Solveig vit tout l'été à Ibiza et s'envole toutes les deux semaines pour Las Vegas où il tient une autre résidence.

Toujours au Pacha ―en plus de David Guetta― Bob Sinclar a lui aussi sa soirée hebdomadaire : Paris by Night chaque samedi. Contrairement à ses confrères, il joue la carte franchouillard, habillé d'une marinière, d'un bandana et coiffé d'un béret.

Ce lundi, la nuit se termine au Sankeys où deux DJs marseillais organisent chaque semaine la soirée Cuff. Amine Edge & Dance mixent vocaux et sample de rap à d'indolentes rythmiques house. Pas de tubes entendus à la radio ni de grand show. Entre EDM e électro plus pointue, les estivants ont largement le choix tout l'été à Ibiza, entre bars, plages et clubs.

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Trois questions à Amine Edge & Dance

Depuis quand venez-vous à Ibiza  ?
Dance: Amine m'a amené au club DC10 en 2012. Moi qui ne danse jamais, j'y ai passé la meilleure soirée de ma vie !
Amine: J'étais venu en 2006 avec des potes fans du DJ John Digweed. Être DJ ici était un rêve absolu. Cela fait trois ans que nous jouons à Ibiza chaque été. D'abord à Eden, puis ici au Sankeys. La musique y est assez underground. Nous avons encore la chance d'être libres, contrairement à David Guetta, qui est obligé de faire plaisir au public en jouant des tubes.

Quelle est l'origine de ce mélange de rap et d'electro que vous appelez G-house?
Amine: Le terme de Gangsta House, c'était un peu une blague pour éviter d'être catalogués nu disco ou deep house. À l'origine, je suis un passionné de house américaine : Masters at Work, Todd Terry, Murk…
Dance:
La techno, je détestais. Je suis fan de R Kelly ―c'est mon dieu― et de r'n'b. La musique est ma religion. Amine aimait aussi le hip hop et m'a fait découvrir l'electro. Nous aimons mélanger des vocaux hip hop à des sons électroniques. Nous allons bientôt nous atteler à notre premier album. 

Avez-vous plus de succès en France ou à l'étranger?
Amine : À l'étranger ! À Marseille, on nous prend pour des DJs locaux, alors que dans les clubs et les festivals du Brésil ou d'Angleterre, nous avons souvent plus de succès que David Guetta.
 
Page SoundCloud d'Amine Edge & Dance
 
* aux éditions Nil Eds