Daft Punk

Daft Punk
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Le duo français Daft Punk livre un quatrième album intitulé Random Access Memories un peu loin des musiques électroniques, comme un hommage à leurs racines funk. Un disque dense et organique sur lequel ils ont invité les artistes qu’ils admirent. Revue de détail.

Après plusieurs années de silence, ce nouvel album, Random Access Memories, soutenu par une efficace campagne publicitaire pouvait autant décevoir qu’il était attendu. En 1997, les Daft Punk consacraient la techno et la house filtrée avec leur premier album. Le second était délibérément pop et le troisième conviait de tonitruantes guitares, avant leur B.O. symphonique de Tron. Comme son nom le suggère, Random Access Memories se tourne vers le passé musical des Daft Punk et de l’électro. 

Ce long album de 74 minutes s’ouvre avec un titre de funk tranquille et un refrain passé au vocoder, un effet déjà entendu sur les précédents opus du duo. Giorgio by Moroder donne la parole au pape italo-allemand de la disco des années 70 : son témoignage est accompagné par une basse et une rythmique très funky, façon Cerrone, avant que ce titre épique ne lorgne vers la musique même de Giorgio Moroder, compositeur de la bande originale de Midnight Express, et ne soit submergé par des guitares électriques.
 
On se calme avec Gonzales au piano, avant d’entendre Julian Casablancas des Strokes (encore du vocoder !) dans une complainte assez classique. Lose Yourself to Dance est plus original, funk dépouillé et sensuel chanté par Pharrell Williams. La voix du septuagénaire Paul Williams transcende le très réussi Touch (qui évoque David Bowie), un titre de pop psychédélique très riche et très travaillé, mélancolique et trouble. Get Lucky est aussi un titre de funk tranquille et sans grande surprise, mais son refrain imparable achèvera de convaincre les indécis.
 
L’album se conclut par un décollage entraînant et assourdissant, Contact. Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo se sont fait plaisir, tout en voulant surprendre. Aucun sample ou presque sur cet album, les machines sont en retrait. Les deux Français ont pris le temps d’enregistrer à l’ancienne avec de grands musiciens qu’ils admirent (Giorgio Moroder, le batteur de Michael Jackson, Nile Rodgers de Chic…), dans de prestigieux studios américains.
 
Basse, guitare pedal-steel et clavier Rhodes sont omniprésents sur ce disque hommage à la musique de leur jeunesse, avec Thriller de Michael Jackson en ligne de mire, qui réussissait ce métissage improbable entre funk, pop et rock. Pas de révolution musicale donc, mais un bel album rétro qui navigue entre funk seventies, rock californien et électro, et bouscule les frontières entre les genres.

Daft Punk Random Access Memories (Columbia/Sony) 2013
Site officiel
A écouter sur RFI l'émission La Bande Passante spéciale Daft Punk