Monogrenade, voyage sur la lune

Monogrenade, voyage sur la lune
Monogrenade © Bonsound

Deux ans après avoir lancé Tantale au Québec et en France, la formation électro-pop francophone Monogrenade est de retour sur les planches cet hiver pour célébrer la parution de son second album. À quelques jours du lancement montréalais, l’auteur-compositeur Jean-Michel Pigeon revient sur le processus de création derrière le très conceptuel Composite.

À première vue, avec sa facture visuelle très léchée, ses constellations et ses astronautes, le nouveau Monogrenade semble nous inviter à voyager dans l’espace. Mais pas dans un vaisseau ultra-moderne, bien au contraire. On pense plutôt aux bricolages en carton-pâte de Méliès, à la fascinante manière dont on pouvait autrefois imaginer le futur.

C’est ce futurisme très rétro qui habite Composite, dont les 10 morceaux précisent la signature du groupe québécois : le mariage de somptueux arrangements de cordes et d’explorations électroniques, de numérique et d’analogique, d’organique et d’inorganique. Et, comme c’était déjà le cas avec Tantale, le voyage emprunte à la pop indépendante, au rock progressif et même à la musique de chambre.

Un cocktail de synthés, de cordes et de cuivres

"Pour créer l’album, je voulais surtout utiliser les sons électroniques de vieilles machines", nous confie Jean-Michel, guitariste, pianiste, compositeur et réalisateur du disque, "parce qu’ils ont une chaleur spéciale qu’on n'obtient pas avec les technologies plus modernes." En studio, il raconte s’être amusé en se familiarisant entre autres avec des synthés analogiques et des boîtes à rythmes des années 1980, qui jouent un rôle important dans sa trame rétro futuriste toute fraîche.

C’est dans son nouveau local à Montréal que Composite a en majorité été enregistré, bien que certaines pistes datent du passage de Monogrenade au studio La Frette, à l’époque de Tantale. "Le fantôme, par exemple, est l’une des plus anciennes chansons qui se retrouvent sur l’album. Lorsqu’on était en tournée à Paris, on s’était arrêtés quelques jours en studio pour enregistrer le piano et la batterie." Après avoir subi plusieurs transformations, cette chanson à "double citoyenneté" de plus de sept minutes s'écoute aujourd’hui en fin d’album : grave et atmosphérique, elle clôt habilement le voyage sur une note plus expérimentale que ce à quoi nous avait habitué le groupe.

Loin d’avoir mis de côté les cordes, Jean-Michel et sa bande ont fait appel au quatuor Mommies on the run, qui collabore notamment avec les groupes montréalais Karkwa et Patrick Watson. Sur album, les musiciennes s’ajoutent donc au violoncelle de Marianne Houle et participent aussi aux arrangements (sur L’aimant et J’attends, entre autres). "J’ai toujours adoré les cordes. Selon moi, ce sont les instruments les plus touchants. Juste un violoncelle et un violon ensemble, c’est tellement puissant !", estime-t-il, ravi que Monogrenade puisse désormais compter sur deux violonistes "à plein temps" : Julie Boivin et Ingrid Wissink.

Au chapitre des nouveautés, notons également la présence d’un cor français sur plus de la moitié des chansons de Composite, un ajout dont le compositeur est très fier. "Je suis un grand fan du groupe Bell Orchestre et des arrangements de cor de Pietro Amato. Il m’impressionne aussi parce qu’il arrive à faire toute une gamme de sons avec son instrument. C’est vraiment super qu’il ait accepté de participer !" L’apport de ce nouveau collaborateur colore plusieurs titres, y compris le théâtral morceau instrumental Portal, placé en introduction.

Exprimer les rapports humains

Jean-Michel l’admet, le processus d’écriture des paroles de Composite aura lui aussi pris plusieurs mois : "Je ne suis pas quelqu’un qui écrit des pages et des pages en peu de temps. Je suis plutôt du genre à passer trois jours sur la même… Il y a des gens super inspirés qui s’assoient au coin de la table avec une guitare et ils ont une chanson en quelques minutes. Ça doit vraiment être bien, ça !"

Parmi les chansons du nouveau disque, c’est Cercles et pentagones qui semble avoir joué le rôle de fil directeur. L’artiste raconte qu’elle lui a permis de comprendre que tous ses textes traitaient des rapports humains : "J’ai réalisé que je parlais toujours de quelqu’un, d’une relation ou d’une chicane… Cercles et pentagones sert à illustrer les différences entre deux personnes, la façon dont elles peuvent être proches, mais ne pas se comprendre."

Qu’ils soient associés à l’amour, à l’absence ou à l’incompréhension, les rapports humains vus par Monogrenade sont la plupart du temps exprimés en peu de mots, à grand renfort d’images parfois cryptiques. C’est le cas de la chanson-titre, ou encore de Labyrinthe, interprétée en duo vocal avec la chanteuse montréalaise Marie-Pierre Arthur. Pas simples, les relations interpersonnelles ! "L’être humain est tellement complexe et composé de plusieurs choses : la génétique, les amis, les expériences, la chance… Ça n’a aucune limite !", conclut Jean-Michel, en justifiant bien le titre de son disque tout neuf.


Monogrenade Composite (Bonsound) 2014

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