Les voyages intérieurs de Fakear

Les voyages intérieurs de Fakear
Fakear © L. Berchoteau

Sa musique vagabonde a été l'une des bonnes découvertes de la saison des festivals. Alors qu'il pourrait inscrire très prochainement son nom en haut de l'affiche, présentations avec Théo Le Vigoureux, alias Fakear, un enfant du rock qui a mis une bonne dose de musiques du monde dans son électro.

Il revient d'un été sur scène dans lequel il s'est un peu "noyé" et il sort tout juste la tête hors de l'eau. A 23 ans, Théo Le Vigoureux – alias Fakear – est l'une des révélations de l'électro française dont la musique passe directement du bouche-à-oreille aux réseaux sociaux. "J'ai l'impression de vivre un moment un peu farfelu, exceptionnel, s'étonne-t-il quasiment. On est tous capables de faire de la musique, de produire quelque chose. Disons qu'à un moment donné, j'ai juste tenté ma chance, j'ai rencontré les bonnes personnes et on m'a laissé faire."

Fakear – pour le jeu de mots, Fake ear, fausses oreilles en anglais – c'est l'histoire d'un enfant du rock passé DJ. Fan de Pink Floyd, Genesis, ayant grandi avec le trip-hop de Massive Attack, Portishead et Archive, ce fils de profs de musique a tenu la guitare dans des groupes de rock lycéens avant de composer comme beatmaker "des instru de hip-hop". Il a gardé de cette adolescence ténébreuse un goût prononcé pour les voix. "Pour moi, l'objectif, c'est d'utiliser la voix sans en faire un couplet-refrain, de faire que la voix sonne comme un instrument."
 
La world music, un espace de liberté
Pour donner corps à son électro vagabonde notamment influencée par le DJ anglais Bonobo, Fakear a largement pioché dans les musiques du monde. "Le premier morceau pour lequel je suis allé chercher des samples venus d'Extrême-Orient, c'était Morning in Japan, raconte-t-il. A la base, je voulais chanter mais je ne trouvais pas de mélodie, ça n'allait pas. J'ai essayé d'utiliser des voix venant du gospel, du jazz, de la soul, mais tous les gens du hip-hop reprennent ces samples, c'est connoté. J'ai donc creusé du côté la world music car on y est beaucoup plus libre."
 
Marqué par l'Afrique que ses parents lui firent écouter enfant, Fakear cite volontiers le duo – bien daté – Deep Forest "comme un pont entre la musique occidentale et des enregistrements venus de partout". Sauvage, le troisième EP qui a couronné son éclosion des Trans Musicales de Rennes l'hiver dernier jusqu'aux gros festivals de l'été, apparaît comme un chemin imaginaire qui irait du Moyen-Orient jusqu'aux confins de l'Asie, en passant par l'Inde. Les boucles de guitare, de saxophone ou "de percussions africaines" qu'il joue lui-même s'entremêlent avec des samples d'ailleurs, pour former une musique dense mais toujours évidente.
 
Scène de Caen
 
Originaire de Caen, dans l'ouest de la France, Fakear a étrenné ses marinières du côté du Cargö, la salle de concert par laquelle sont déjà passés le rappeur Orelsan et toute la jeune scène pop normande (Concret Knives, Granville...), il a aussi partagé les mêmes bancs d'écoles que Superpoze, un autre prodige de l'électro. C'est d'ailleurs ce même Superpoze qui lui a conseillé l'utilisation des MPC, des machines devenues en live un prolongement de ce garçon qui explique tout simplement : "Je compose en continu. Je fais de la musique parce que j'en ai complètement besoin, comme si je devais mettre en mots, en images ce que je vis." Voilà qui est dit.
 
Fakear, EP Sauvage (Nowadays Records) 2014
Page Facebook de Fakear