DJ Oil

DJ Oil
DJ Oil © S. Muntaner

L’ex-Troublemakers qui a depuis dix ans connu les pires galères avec les maisons de disques vient peut-être de frapper à la bonne. Là, et toujours pas las, l’infatigable pionnier du hip hop et de la house marseillais, DJ Oil, signe son retour sur un label anglais, fréquenté par la crème des DJs. Résultat : Phantom, un disque qui creuse encore plus profond son sillon.

RFI Musique : Comment avez-vous rencontré le label BBE ?
DJ Oil : BBE m'a contacté une fois que j’ai posté 24 titres sur ma plateforme soundcloud. Ils en ont choisi 12 et m'ont envoyé un contrat de 2 pages. Nous partageons tout, les frais et les recettes. Quelque chose de clair et direct, très sain et tellement loin de celui de Discograph, mon précédent label, qui était si alambiqué que cela présageait d’une galère. Ce fut le cas, mais je suis un récidiviste : Guidance, le label qui a publié Doubts And Convictions des Troublemakers, ne m’a pas versé de royalties depuis 2000. Cette fois, tout est clair, et puis BBE abrite des artistes qui me plaisent et la politique éditoriale – que ce soit leurs découvertes comme leurs rééditions et compilations – est plus en phase avec mon esthétique.

Pourquoi avoir baptisé cet album Phantom ?
Ce sont des titres qui erraient comme des âmes en peine dans mon ordinateur.
 
Vous parlez dans le texte de présentation, d’enregistrements live, à la maison ou lors de soirée, mais pas studio… Pourquoi ce choix ?
Tous ces titres sont des titres live, sans retouche. C'est le choix de BBE surtout. Car d'autres titres avaient été faits avec des mixages plus précis ainsi que des structures plus établies. Du coup sur cette sélection, il y a plein d'accidents et cela sonne plus vivant, plus organique. À chaque écoute, je pense que l’auditeur va découvrir de nouvelles sonorités.
 
Certains parlent de "vintage" à propos de votre disque. Est-ce une étiquette qui vous colle à la peau ?
Je n'aime pas trop ce mot mis à toutes les sauces. En fait, c’est le grain surtout de tous les samples, enregistrements, beats que je traite qui donne ce côté analogique, à l’ancienne.
 
Pour composer cet album, comment avez-vous procédé ?
Dès que j'ai une idée ou un sample inspirant, je travaille dessus et je monte mes pistes comme un puzzle, avec des musiciens ou avec des parties que je joue.
 
Parmi ceux-ci figure un rappeur du Zimbabwé… Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Je suis parti faire une résidence à Hararé avec un groupe, the Monkey Nuts, et une joueuse de mbira Hope Masike, tous présents sur ce titre. Nous avons construit un album en cinq jours et un live au festival Hifa. J’ai gardé ce titre pour mon album enregistré là-bas, et l'album complet suivra chez BBE, d'ailleurs !
 

À ce propos, vous aviez fait une énorme tournée en Afrique, un projet au nom de code Ashes To Machine, avec Jeff Sharel où vous avez collecté beaucoup de sons. Qu’en est-il ?
Jeff est en train de faire évoluer et sortir ce projet. Je me suis éloigné de l'après-production car je n'ai plus l'envie et le temps. Ce fut une belle expérience de travailler avec Jeff et plus de 250 musiciens sur 30 pays, entre 2005 et 2009. Il me restera des souvenirs et surtout une expérience intéressante pour la scène et la création de rythmiques. Et humainement, ce fut unique !
 
Quels sont les autres invités de cet album, Phantom ?
Il y a pas mal de fantômes, mais je préfère les cacher, à vous de les trouver !
 
Au final, l’album s’étend, s’entend, un peu comme un grand mix, une mixtape aboutie. Est-ce un choix : vouloir s’inscrire sur la durée plus que de faire un titre par titre ?
Je ne cherche pas à faire des titres phares, construits pour la radio, la télé... Pas de concession, cet album raconte une histoire ou des histoires, quelque chose de naturel qui est raccord avec mon parcours.
 
Justement, comme sur le précédent Black Notes, comme toujours, les mots dits, sélectionnés, traduisent une vision politique. Est-ce votre manière de vous engager dans le débat ?
Le message est le même depuis les Troublemakers : nous revenons en arrière, les années 30 sont là, nous avons la mémoire courte malgré les rappels à l'ordre. Plus de racisme, plus de communautarisme, plus de cons finalement... Je serai toujours dans cette position. Je me suis engagé depuis quelques mois à Marseille avec mon groupe des Sentinelles afin d'informer et agir pour contrer la mafia de nos élus locaux, gauche et droite confondues jusqu'aux extrêmes. Ils paradent et s'engraissent, pendant que les seuls qui travaillent sont bâillonnés.
 
Le message est aussi sous-entendu par l’ambiance sonore, des beats poisseux, une atmosphère sombre malgré quelques lumineux éclairs. Croyez-vous que l’on puisse danser tout en faisant penser sa tête ?
Je suis persuadé qu'on peut danser et penser. Néanmoins, Phantom n'est pas un album voué à la danse : il est plus introspectif que Black Notes, un disque qui a été saccagé par mon label d’alors, Discograph et son directeur. J'ai dû batailler encore plus pour vivre et continuer à avoir la foi et je paie jusqu’aujourd'hui ce "mauvais" choix : je n'ai pas beaucoup de dates pour cette sortie, pourtant bien accueillie.
 
Quelle forme peut prendre ce disque, qui sonne résolument comme celui d’un producteur, sur scène ?
J'attends le retour du public et mes envies. Je fais désormais attention : je ne veux pas brûler le drap blanc du fantôme !
 
 
DJ Oil Phantom (BBE/La Baleine) 2015
Page Facebook de DJ Oil

A écouter aussi : la session live avec DJ Oil dans La Bande Passante (06/02/2015)