DJ Cam, dans la moiteur de Miami

DJ Cam, dans la moiteur de Miami
DJ CAM © E. Peltier

Le DJ français est installé à Miami où il a composé la bande originale imaginaire de la série télévisée Miami Vice. Un projet parmi bien d'autres, pour ce bouillonnant alchimiste du son.

On imagine un DJ toujours entre deux avions et deux fêtes, entre les États-Unis et la France. Mais DJ Cam vit depuis deux ans à Miami et à Paris. Il n'est pas non plus tous les week-ends derrière les platines d'un club branché. Il a quitté la France il y a environ cinq ans. "J'avais envie de m'ouvrir sur le monde. J'en avais marre de Paris où il fait moche et où l'air est pollué. Je suis allé habiter le quartier de Venice Beach à Los Angeles. Mais, il n'y a pas de vie de quartier, tu es toujours dans ta voiture. Je voyais des fissures énormes apparaître dans mon studio à cause de la faille de San Andreas. Là-bas, on risque sa vie tous les jours sans vraiment s'en rendre compte !"

Il avait rejoint Los Angeles avec le secret espoir de composer de la musique de film. Mais les petits nouveaux n'y ont pas vraiment leur chance. Il y a deux ans, DJ Cam passe de la côte Ouest à la côte Est, en Floride, à Miami. Lui et sa compagne, qui est aussi son associée, habitent une maison qui donne sur la baie. "Miami est une ville hyper inspirante, avec une impressionnante architecture Art déco. Côté culture, c'est le désert, mais côté musique, Miami bouillonne. Il y a notamment la trap music, un rap aux basses énormes de plus en plus lent et minimaliste. Une musique de dealer qui reflète la défonce à base de purple syrup à la codéine. L'électro se cantonne aux DJs stars très commerciaux comme Aoki, Axwell ou Avicii. Sinon, c'est la musique cubaine. Elle est partout à Miami."
 
Trap music
 
La ville l'a inspiré, mais surtout la série Miami Vice, qu'il avait vue quand il était enfant (il est né en 1971). DJ Cam réalise donc deux rêves de gamin : habiter Miami et composer une bande originale pour la série. Deux Flics à Miami (en français) est une série de 111 épisodes qui avait été créée en 1984 et produite par le cinéaste Michael Mann, tournée dans le vrai Miami et avec l'une des premières bandes-son à utiliser des titres de musique déjà existants (Depeche Mode, Eric Clapton, Bob Marley…).
 
Sur la B.O. de DJ Cam, ses racines hip hop refont surface, se mariant à une trap music assez classieuse, de l'électronique ou du footwork, ce style electro made in Chicago. Il admire de grands compositeurs comme Bernard Herrmann ou Lalo Schifrin. "Oui, c'était un rêve de gamin. Si j'étais parti à Hawaï, j'aurais peut-être composé la B.O. de Magnum !" plaisante-t-il. À l'occasion de la sortie de cet album, certains journalistes lui ont quand même demandé quand sortait le film !
 
En 1995 déjà, DJ Cam participait à une fausse bande originale de la Yellow 357, un disque initié par the Mighty Bop (le futur Bob Sinclar) avec Fresh Lab et Dimitri from Paris. Car DJ Cam fait partie de la French touch historique, ces artistes de musiques électroniques qui ont percé sur la scène internationale au milieu des années 90. "L'étiquette French touch me colle encore à la peau, mais c'est un vrai sésame à l'étranger qui te permet de te présenter et de te vendre. J'en suis fier et je le revendique. Beaucoup d'artistes français sont restés, comme Étienne de Crécy ou Saint-Germain, car ils composent des choses de qualité. Certains se sont orientés vers la musique de club, au risque de perdre leur crédibilité artistique. J'ai toujours pensé ma carrière à long terme, au-delà des modes."
 
DJ Cam en quartet
 
Pour preuve, DJ Cam Quartet, un projet catalogué acid-jazz, genre musical disparu à la fin des années 90. Le groupe est constitué de musiciens de jazz (Alexandre Tassel, Christian Brun, Jérôme Regard et Eric Legnini) mais n'a jamais donné de concert ni d'interview. Un quatrième album sortira à l'automne 2015 et le groupe totalise des millions de vues sur YouTube et a de jeunes fans, des États-Unis au Japon. Ses disques se vendent sans publicité à des dizaines de milliers d'exemplaires.

 "Je trouve cela génial de voir mon public rajeunir. Ce projet représente 40% de mon chiffre d'affaires" explique en chef d'entreprise, celui qui se fait appeler Laurent Daumail quand il n'est pas sur scène. Car le jeune homme n'a pas que ces deux projets, il dirige avec sa compagne Juliet Lancelot une société de design sonore, qui développe des webradios ou assure l'ambiance musicale de magasins de cosmétiques ou de boutiques de luxe.

 
Plus discrètement, DJ Cam a publié en 2014 un album intitulé Everglades sous le nom de Bentley Bass Music, un mélange de rythmiques hip hop, de lignes de basses analogiques… et de cris d'animaux. Un album qu'il destine aux fans du Wu Tang Clan, de Flying Lotus et de Carl Craig.
Entre France et États-Unis, projets underground et design sonore, DJ Cam ose tous les croisements.
DJ Cam Miami Vice, music from the motion picture (Inflamable) 2015.
Page Facebook de DJ Cam
Site officiel de DJ Cam

A lire : le hip hop de DJ Cam (25/03/2004)
A écouter : entretien avec DJ Cam dans La Bande Passante (06/05/2015)