Paris St Germain Bamako

Paris St Germain Bamako
St Germain © B. Peverelli

Quinze années après son dernier album, St Germain revient de ses explorations musicales africaines, après avoir traversé les affres de la création et propose un nouvel opus éponyme. Rencontre avec un stakhanoviste réservé et perfectionniste à la recherche d'une musique qui lui ressemble.

Il a représenté le plus gros succès international de ce que l’on appelait la French touch (Daft Punk, Air…). Un million d’exemplaires de son premier album Boulevard (1995) vendus, puis trois millions pour Tourist, paru en 2000. Dernier concert à Hyde Park en juillet 2002 à Londres, puis plus rien ou presque.

Interrogés, Laurent Garnier ou Étienne de Crécy étaient sans nouvelles. Il faut dire que St Germain fait un peu bande à part. Des fans lui écrivaient pour lui demander quand il serait de retour, il leur répondait : "Je travaille". Nous le retrouvons à la terrasse d’un café de la butte Montmartre, où il habite et enregistre.
 
Ludovic Navarre, alias St Germain, confie: "J’ai tourné quasiment 3 années aux quatre coins de la planète, avec presque un concert par jour et de nombreuses interviews à répéter les mêmes choses. Cela devenait une routine. Tous ces concerts, c’était un peu nouveau pour moi qui suis plutôt casanier. J’ai ensuite fait une grande pause d’une année sans personne ni musique."
 
Déclic afrobeat
 
Ludovic Navarre réalise et mixe l’album de son trompettiste, Soel, puis part en 2005 donner un concert en Chine où il invite Tony Allen, le batteur de Fela Kuti, chantre nigérian de l’afrobeat. C’est le déclic. "Cela m’a donné envie de refaire un album, car sur certains titres que nous avons joués, le mélange entre l’afrobeat et l’électro était une évidence ! J’ai d'abord composé quelques morceaux dans la veine de mon album Tourist, mélange de jazz, musiques latines et électroniques. Je me suis lassé au bout d’une année. Cela semblait trop facile. J’ai tout effacé. Je voulais trouver quelque chose d’original qui m’excite : c’était le moment d’entendre des sonorités africaines, des koras ou des balafons."
 
Il enregistre des titres avec trois musiciens, mais, insatisfait, il décide à nouveau de tout effacer au bout de six mois… Il joue alors les explorateurs des musiques d’Afrique. Depuis son ordinateur. "Je me suis excusé auprès des musiciens avec qui je travaillais et j’ai exploré plusieurs pays via Internet. J’ai commencé par la highlife du Niger des années 70. Puis je suis arrivé au Ghana, avec ses rythmiques dansantes qui s’apparentent à celles des musiques électroniques, ses guitares mélodiques et une langue que j’aime beaucoup. J’ai écouté African Brothers Band, City Boys Band, le guitariste Alex Konadu… Mais je n’ai pas trouvé de musiciens avec lesquels enregistrer…"
 
Ludovic Navarre espère toujours acoquiner house et musique ghanéenne peut-être dans un quatrième album, ayant récemment découvert une communauté de musiciens à Toronto. Il s'enflamme aussi pour la house music d'Afrique du Sud.
 
Internet
 
De fil en aiguille, depuis son appartement parisien, le producteur tombe sur des vidéos de Vieux Kanté et d'autres de chasseurs du Mali, des prêcheurs guérisseurs. "Leur musique est assez spéciale, basée sur le cyclique avec un mélange de parlé et de chanté. J'ai découvert le ngoni, une sorte de kora."
 
Ludovic Navarre tente d’enregistrer un opus à la croisée de ces sonorités avec les musiciens de l’album Tourist, mais l’alchimie ne prend pas selon lui… Il décide alors de s’envoler pour le Mali afin d’y trouver des musiciens. Le gouvernement français décide à ce moment-là d’une intervention armée dans ce pays en proie à une crise majeure. Les collaborations se feront par Internet et par téléphone entre Paris et Bamako avec une chanteuse et un chanteur, tandis qu’un guitariste également joueur de ngoni installé en France, le rejoint. S'y ajoutent les voix de Zoumana Téréta et de Nahawa Doumbia. 
 
Après toutes ces années passées dans son home studio, Ludovic Navarre achève son album dans les mythiques studios d’Abbey Road —ceux des Beatles. "Je voulais vivre une expérience et avoir un avis extérieur. Finalement, je ne suis heureux que si ma musique me ressemble, il faut être honnête et travailler dur. Je suis très perfectionniste, souvent chiant."  Il crée seul, depuis qu'à 14 ans, ce fondu d'informatique a découvert la création musicale sur ordinateur, immobilisé suite à un accident de mobylette.
 
Tomber le masque
 
St Germain explorait déjà les musiques noires dans Tourist (blues, jazz, reggae…). Avec ce troisième disque, il réussit un mariage harmonieux entre électronique, musiques et voix maliennes, grâce à une production toujours élégante et sophistiquée.
 
Vient l’heure de remonter sur les planches. Celui qui avait envisagé d’apparaître sur scène via Internet et par l’entremise d’un robot, ne rechigne plus trop à s’engager à nouveau dans une longue tournée internationale. Il aimerait jouer derrière un rideau en ombres chinoises, car il est discret, voire timide.
 
Mais après le succès de ses deux premiers albums, finis l'anonymat ou les pseudonymes qu'il utilisait à ses débuts (Choice, Deepside…). La pochette de son disque arbore un masque blanc, peut-être plus mortuaire qu’africain. L’artiste parisien Gregos, son voisin à Montmartre, a réalisé une empreinte en plâtre du visage du musicien. "Une façon de m’exposer sans m’exposer" s'amuse Ludovic Navarre.
 
St Germain St Germain (Warner Music) 2015
Site officiel de St Germain
Page Facebook de St Germain