Imhotep

Imhotep
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Collecteur et connecteur de sons, le Marseillais Imhotep propose une excursion dans le monde parallèle de l’électro-dub avec Kheper, son deuxième album solo en 14 ans, en marge de son activité avec le groupe de rap IAM dont il est un des membres historiques.

L’idée était très ancienne : renouer avec une manière de travailler antérieure à celle de son activité dans le hip hop. A la fin des années 70, Pascal Perez – futur Imhotep – commence à "bidouiller" les sons, à faire ses montages avec les moyens de l’époque, soit un magnéto cassettes quatre pistes. Les disques du producteur et ingé son jamaïcain Lee Perry lui font découvrir le mix et cet infini champ des possibles qui le caractérise. Avec sa technique particulière consistant à fermer des pistes en laissant la batterie et la basse tourner, le dub, aime-t-il rappeler, constitue l’acte de naissance des musiques électroniques. Et une influence majeure dans sa manière de composer.

Pour Kheper, le Marseillais n’avait pas de cahier des charges artistique à respecter, ni de date butoir. Une carte blanche, pour un projet très personnel. En guise de repères, il n’a pas oublié de placer en ouverture de l’album ces voix théâtrales extraites du 33 tours Ici commence l’histoire de Georges Delerue, paru en 1961 et qui accompagnait le son et lumière devant les pyramides de Gizeh : avec ses complices d’IAM, ils y ont puisé une bonne partie de leur égyptomanie.

Le propos devient ensuite essentiellement instrumental. Certains sons attendaient leur tour depuis près de vingt ans, mis déjà de côté à l’époque de l’album Blueprint en 1998. Chineur de vieux enregistrements, les oreilles en permanence aux aguets, il range les éléments dans sa mémoire jusqu’à ce que certains mariages lui passaient évidents, bien que totalement improbables. Comme celui de notes de koto japonais et de flutes, coupés et réassociés afin de former une nouvelle mélodie, sur laquelle il a joué une ligne de basse reggae. Ou encore, sur Pow Pow in Bering Bow, ce chant diphonique de Mongolie accolé à un berimbau brésilien, pour cause de pulsation et de tonalités communes.

Dans toute cette diversité aux dimensions planétaires, il y a pourtant une unité de style, une ambiance, une atmosphère à la fois évanescente et concrète, comme sur certains albums de l’Américain Bill Laswell ou de l’Anglais Jah Wobble dont Kheper pourrait être le cousin.

Imhotep Kheper (Imhotep/Compagnie Pascal Perez) 2012