Le rock repris de Justice

© paul heartfield

Le duo Justice revendique encore un peu plus son amour du rock, dans ses différentes dimensions. Audio, Video, Disco, son second album, signe un retour en arrière mélancolique, plus calme que le premier et moins orienté vers les pistes de danse.

Dans la galaxie électro française, le premier album de Justice (Cross, en 2007) avait marqué un jalon, certains diront même une génération. Xavier de Rosnay et Gaspard Augé ne sont pas des enfants de la techno, qu’ils ont découvert sur le tard. Mais ils ont fait leur le mariage des guitares et de l’électronique, déjà célébré par les Daft Punk ou Soulwax, en y ajoutant une dose de sons saturés et de mélodies pop. À l’opposé d’une techno allemande minimale, Justice se posait comme membre d’une famille "maximale", comme l’appelle Laurent Garnier, englobant Boys Noize, Mr Oizo ou Erol Alkan.

Justice est musicalement "décomplexé", selon les dires des deux Parisiens, de leur premier album à leur mix improbable pour le club Fabric (enchaînant Rondo Veneziano et Daniel Balavoine), ils osent affirmer la versatilité de leurs goûts, entre tubes archi connus et titres pointus. Ils ont baigné dans la pop et le rock, marqués par Metallica ou Nirvana.

Disque rural

Pour ce second opus, le duo explique avoir voulu "un disque rural et diurne", à l’opposé d’une musique urbaine à danser. Gaspard et Xavier ont tout fait eux-mêmes, sans s’aider d’aucun sample : des guitares à la batterie, et parfois même le chant. Car Audio, Video, Disco adopte un format plus pop que Cross, avec de vraies chansons, écrites par les deux musiciens.

L’album commence mal, avec une introduction pompeuse (Horsepower), qui rappelle un générique télévisé des années 70, à grands renforts de roulements de batterie et de mélodie simpliste. Le son vrombissant de Justice est néanmoins immédiatement reconnaissable. Le second titre, Civilization, rappelle l’électro-pop d’un autre duo français, Housse de Racket, avant que la voix éthérée de Vincent Vendetta (de Midnight Juggernauts) ne nous emmène vers le folk californien, façon Bill Crosby avec Ohio. Aux deux tiers de ce titre lent, une guitare électrique filtrée vient doper le morceau, un instrument omniprésent tout au long de cet album. S’ensuit un étonnant interlude médiéval de guitares, avant Canon, qui est un canon avec la même ligne mélodique superposée, toujours à base de guitares triturées.

Mélancolie

Avec ses guitares virevoltantes et ses samples de voix Helix rassemble le groove et le rock, façon Daft Punk, pour un titre efficace sur n’importe quelle piste de danse. Explosion finale avec le sautillant Audio, Video, Disco, épique et sinueux, emmené par un clavier et une batterie implacables.

Au final, ce second album navigue entre rock progressif, hard-rock et électro, avec une profonde touche de mélancolie, qu’on ne connaissait pas au duo. À la façon d’un Trevor Horn (The Buggles, Yes), Justice rêve de fusionner musiques populaires et d’avant-garde.

S’ils se rêvent rock stars, les deux acolytes avouent ne pas être des virtuoses et s’appuient donc sur l’électronique pour parvenir à leurs fins. Leur syncrétisme musical nostalgique, parfois même un peu kitsch, peut dérouter, notamment les fans de musiques électroniques. Justice sait se réformer.

Justice Audio, Video, Disco (Ed Banger/Because Music) 2011