C’est dans la vallée, avec Rodolphe Burger

C’est dans la vallée, avec Rodolphe Burger
P.Poirier et R. Burger sur scène © V. Passelègue/RFI

La douzième édition du festival C’est dans la Vallée s’est déroulée du 9 au 11 octobre à Sainte-Marie-aux-Mines, en Alsace, et dans ses environs. Cette manifestation emmenée par le musicien Rodolphe Burger, met l’accent sur la rencontre. Rencontres humaines et artistiques rythment les trois jours avec des créateurs aussi différents que Jeanne Added, Flavien Berger, Winter Family, Erik Truffaz, Laurent Garnier et bien d’autres encore.

Tout le monde l’appelle Rodolphe. La haute stature de Rodolphe Burger est assez vite repérable dans la foule. Il connait tout le monde et tout le monde le connait. Il fait la bise, serre la main, discute avec les uns, boit des verres avec d’autres. Lui, l’enfant du pays, insuffle un esprit rock à cette vallée alsacienne depuis quinze ans déjà, à travers l’organisation d’un festival, C’est dans la vallée.

L’ex-leader de Kat Onoma dont la famille est originaire de cette petite ville du Haut-Rhin, Sainte-Marie-aux-Mines, est devenu en quelques années le pivot central d’une manifestation atypique. A la fin des années 90, le musicien répète avec son groupe et enregistre dans cette région.

A la faveur d’un échange avec un élu local, celui-ci lui fait remarquer qu’il pourrait organiser un événement dans leur ville, devenue en partie le cadre de son activité artistique. Pourquoi pas ? se dit Rodolphe Burger qui associe rapidement son entourage proche à l’organisation de la première édition en 2000.
 
La programmation comme un puzzle
 
Véritable directeur artistique du festival, Rodolphe Burger se fait plaisir quand il fait la programmation des 3 jours de concerts. "Je suis d’abord fan des artistes à qui je demande de venir jouer à Sainte-Marie" Mais il n’en est pas moins exigeant comme le remarque Chloé, présidente des Amis de C’est dans la vallée. Cette habitante de Sainte-Marie souligne la grande exigence  du musicien à imaginer des programmations "comme des puzzles", ou comment conjuguer au mieux, les genres, les ambiances, les lieux. "Le plaisir de la composition" comme il le dit lui-même, l’a amené cette année, par exemple, à convier le groupe Mansfeld Tya en ouverture du set de vendredi, le groupe joyeusement déjanté de Salut c’est cool, Jeanne Added auréolé du succès de son album Be sensational ou le DJ star Laurent Garnier pour ne citer qu’eux.
 
"Les artistes qui viennent sont généreux" Rodolphe Burger souligne le faible cachet que ceux-ci touchent en venant se produire dans ce festival. En même temps, on perçoit facilement une autre dimension nettement moins triviale, celle de l’échange et de la rencontre. Les artistes en redemandent comme le jeune Flavien Berger qui revient là pour la seconde fois. D’illustres aînés ont fait de même lors d’éditions précédentes, Jacques Higelin, Alain Bashung, etc.

Non loin d’une démarche citoyenne, se produire dans ce festival semble aussi répondre à un besoin "d’être ensemble". Les 80 bénévoles sont là pour le démontrer. Chloé annonce la couleur : "cela nous permet de rester connecter au monde. On n’est plus au fond de la vallée !".

 
"L’ancrage dans le territoire est une chose essentielle ici" et nous voulons bien croire Rodolphe Burger qui a imaginé avec ses amis, d’organiser par exemple des concerts dans une ancienne mine d’argent à quelques centaines de mètres du centre ville. C’est le chanteur, contrebassiste-poète Fantazio qui se colle à l’exercice. Une quarantaine de spectateurs, équipés d’une paire de bottes en caoutchouc, d’un ciré et d’un casque avec lampe frontale, descendent dans une mine et vont s’installer sur un petit terre plein rocheux. La faible lumière, la voix puissante et les mots jonglés de l’artiste transportent chacun dans un univers enchanté, hors du temps, et décalé. Une expérience unique pour beaucoup.
 
Le temps de quelques concerts, ce sont aussi la Savonnerie, l’église de Saint-Pierre-sur-l’Hâte mais aussi les bars comme le Café du Parc (Chez Medhi) qui accueillent toutes sortes de spectacles. Du cinéma, des concerts bien sûr, de la danse, de la vidéo ou des projections de films, l’approche pluridisciplinaire est incontournable. "J’ai le plaisir d’écrire un festival qui joue avec les territoires, les formes, les genres, etc." dit Burger. Le plus important semble être de créer du lien. Entre les habitants du lieu et les gens d’ailleurs, entre les générations, entre les différents milieux. 
 
Roméo Poirier et Lars Haga Raavand à la piscine

Parmi toute la programmation variée et exigeante de ces trois jours, l’électro permet des expérimentations tous azimuts et des associations étonnantes qui repoussent toujours un peu plus les limites. Pour preuve ce concert donné dimanche 11 octobre à la piscine par Roméo Poirier (fils de Philippe Poirier, autre membre de Kat Onoma), multi instrumentiste et Lars Haga Raavand, poète norvégien, avec leur projet Swim Platform.
 
Les boucles électro de Roméo associées aux textes en norvégien de Lars, le décor de la piscine, mènent l’auditeur/spectateur vers des contrées éloignées. "Il faut juste se laisser porter, suivre un certain mouvement" dit le jeune compositeur. 
 
Les deux comparses se sont rencontrés il y a de ça quatre ans. "C’est notre intérêt commun pour la thématique de l’eau, de la mer, des surfaces aquatiques qui nous a réuni !" explique Roméo. Comme Lars écrit des poèmes dans sa langue natale (son deuxième recueil devrait sortir bientôt), il les déclame donc sans que nous ne puissions comprendre ce qu’il exprime. Et pourtant l’alchimie opère. Cette langue, inconnue pour la plupart, nous touche et la musique nous absorbe. Une belle expérience sensorielle que nous a permis ce beau festival.
 
 
Site officiel du festival C’est dans la Vallée
Page Facebook de Rodolphe Burger
Soundclound de Swim Platform
Page Facebook de Swim Platform