Fafa Ruffino, chercheuse de saveurs

Fafa Ruffino, chercheuse de saveurs
© livin'astro

Valeur montante de la scène musicale afro-parisienne où elle s’est d’abord révélée comme choriste, la chanteuse béninoise Fafa Ruffino dévoile sa vision personnelle de l’afro-diversité sur son premier album Ilé.

Entre les tremplins scolaires auxquels elle participait au Bénin et la Star Ac’ française, Fafa Ruffino pensait naïvement qu’il n’y avait pas grande différence. Elle venait alors d’arriver en France, ne savait pas grand-chose de la fameuse émission de téléréalité pour laquelle elle était sélectionnée. “Personne ne te connaît, tu n’as rien à perdre”, s’est-elle entendu répondre lorsqu’elle a demandé conseil à son grand frère Patrick, bassiste et finaliste du prix RFI Découvertes cette même année 2006. L’aventure de la jeune femme au château de Dammarie-les-Lys a été brève. "Pas assez dans la compétition", lui reproche-t-on. Sa lecture des faits est tout autre : "Chez nous, les concours, ce n’est pas truqué. Ici, tout marche au relationnel."

Depuis le collège, Fafa à l’habitude du micro et des jurys. A Cotonou, elle est presque toujours la seule à interpréter des chansons d’Angélique Kidjo, Miriam Makeba ou Bella Bellow qu’elle considère comme "des références de la musique africaine". Un choix qui s’avère gagnant "à tous les coups", face aux autres candidates attirées par les stars américaines.

Le père d’Angélique Kidjo, souvent présent dans ces manifestations, ne manque jamais de la féliciter, de l’encourager. Tout comme Oscar, frère de la star béninoise, qui n’hésite pas à aller voir les parents de Fafa. "La grande sœur Angélique n’est pas du tout au courant du rôle primordial que son père et son frère ont joué dans ma vie", confie-t-elle. C’est d’ailleurs Oscar qui, le premier, lui soufflera l’idée d’un album.

Elle a 17 ans et fait des chœurs pour les artistes qu’il enregistre dans son studio. Mais ce qu’elle entrevoit, rapidement, ne la satisfait guère. "Ne pas se précipiter, pour bien faire les choses, c’est ma devise. Je l’ai appliqué en toute chose et c’est valable aussi pour cet album-là." Les cinq années qu’elle passe au sein des Feeling Stars, l’orchestre qui se produit du mercredi au dimanche sur la terrasse du Titanic, ont bien sûr un aspect formateur très positif.

Des expériences multiples et variées

L’expérience comporte aussi des risques : celui de perdre sa propre identité. "Ma voix avait changé. A force de reprendre Céline Dion, Mariah Carey, j’avais perdu le côté traditionnel" explique Fafa. A l’époque, elle est aussi l’un des personnages principaux de Bisso Na Bisso, version locale de la sitcom Un gars, une fille. Les maquettes du disque qu’elle a commencées avec son frère Patrick restent en stand-by, tant qu’elle ne retrouve pas le chant de cette grand-mère ghanéenne qui, au village, organisait ses petits enfants en chorale et écoutait des disques sur son gramophone.

Pour se sentir plus à l’aise et pouvoir exprimer plus précisément ses pensées avec les musiciens, elle part à Paris étudier la musicologie à l’université. Et confronte très vite la théorie à la pratique. Le Congolais Rido Bayonne, institution de la scène africaine en France, est le premier à lui faire confiance. Puis vient le Malien Cheikh Tidiane Seck. Grâce au "roi des connections", son cercle s’agrandit : Dee Dee Bridgewater, Mory Kante, ou encore le rappeur Rockin’ Squat qu’elle invite sur un des morceaux de son projet personnel. Séduit, le fondateur du groupe Assassin endosse même le costume de producteur. Sur Ilé, elle voulait des couleurs soul, jazzy, funky, avec des instruments d’Afrique de l’Ouest et une voix roots. "Ce mélange, je l’entendais dans mon oreille", précise Fafa, convaincue que "ce n’était pas impossible d’y arriver" après avoir écouté Electro Bamako de Mamani Keita. Dans quelques temps, ce seront peut-être les douze chansons de son album qui auront, pour d’autres chanteuses, valeur d’exemples.

Fafa Ruffino Ilé (Livin’ Astro) 2011

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