L'orchestre Poly-Rythmo sur les routes nord-américaines

Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou
© C.Brun

Le Bénin abritait un trésor caché, et une des discographies les plus riches du continent, pourtant Poly-Rythmo n’avait jamais quitté l’Afrique avant 2009. De retour sur les routes du monde pour une vingtaine de dates, l’orchestre mythique a fait sa première tournée nord-américaine (Canada et Etats-Unis) du 2 au 22 juillet dernier. Impressions de tournée.

"Les esprits vaudous franchissent-ils les frontières ?" La question a de quoi ébranler le Tout-Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou en tournée cet été. Depuis plus de quarante ans, les musiciens béninois puisent dans ce patrimoine rythmique et mélodique cher aux divinités du Fer, du Tonnerre ou de la Terre, pour le malaxer avec les musiques d’ailleurs. Funk, soul, afro-latino : pas un style n’échappe à la dextérité du Poly-Rythmo, qui comme son nom l’indique peut synthétiser n’importe quel rythme en version béninoise, divinement efficace sur le dancefloor.

Loin de leur patrie, les musiciens sont apparemment partis sous les meilleurs hospices, vu les critiques post-concert ("aussi indispensables que l’air conditionné pendant une vague de chaleur", écrit le Village Voice à New York). "Les esprits sont avec nous partout, car on prend les bonnes dispositions, assure Vincent, calé dans un minibus, entre le Festival de Jazz de Montréal et Québec. Nous savons ce qu'il faut faire ou ne pas faire, poursuit le chanteur co-fondateur de cet orchestre mythique qui a fait swinguer l’Afrique de l’Ouest. Enfant, on me disait de ne pas pleurer la nuit car les esprits n’aiment pas ça et peuvent voler ta voix, mais les esprits sont très humains au fond, ils apprécient les artistes et ils aiment danser !"

Les mortels de la première étape de la tournée nord-américaine de Poly-Rythmo ont d’ailleurs aussi goûté avec joie à cette recette poly-rythmique béninoise : les deux rappels du concert de Montréal n’ont pas suffi au public du Club Sodaqui qui a exigé un troisième retour des papys groovy ! Après des années d’inactivité, ils sont bien debout et aussi redoutables sur scène. La côte de leurs anciens vinyles s’envole sur internet, et grâce à des rééditions sur des labels occidentaux, leurs tubes ont traversés les frontières, avant la sortie d’un nouvel album, Cotonou Club paru en 2011.

 
Influences américaines
 
Mais jouer aux Etats-Unis, la patrie de James Brown, reste un défi particulier pour l’équipée béninoise. "Notre tube, Gbeti Madjro, a été diffusé sur la radio Voice of America à la fin des années soixante, précise Mélomé Clément, chef de l’orchestre depuis les débuts, en 1968. On m’a surnommé l’Américain, car ce pays m’a toujours fasciné. On a été tellement influencé par la musique américaine : James Brown, Wilson Pickett, Jimmy Hendrix… Poly-Rythmo leur doit ce qu’il est aujourd’hui !".
 
Ambassadeur funky d'un pays où le "vôdun" a son jour férié, Poly-Rythmo a sans doute aussi reçu la bénédiction d’autres oracles pour renaître après des décennies d’inactivité. Pourtant, à son arrivée au Québec, l’une des divinités que Mélomé Clément souhaite absolument saluer s’appelle … Johnny Hallyday, programmé lui aussi au Festival d’Eté. Hélas, l’idole des jeunes sexagénaires du Poly-Rythmo n’est pas encore arrivée lorsque les Béninois jouent avec leur compatriote Angélique Kidjo. "Johnny a souvent chanté sur les mêmes scènes que nous, se souvient Pierre Loko, saxophoniste et chanteur, notamment à Niamey au Niger où il a fait une tournée. Le public lui a même demandé de jouer nos morceaux!". Johnny ne l’a pas fait, mais il aurait pourtant pu choisir parmi les centaines de morceaux que l’orchestre prolifique a enregistrés…
 
Malgré les disparitions de certains membres (batteur, chanteur, guitariste), le Poly-Rythmo version 2.0 peut-il encore composer des tubes interplanétaires ? "Notre dernier album était un pont entre notre passé et des chansons neuves, mais nous devions écrire encore. L’inspiration est divine, elle vient quand elle veut. Grâce à l’esprit d’équipe que notre chef d’orchestre insuffle, on est plutôt gâté de ce côté-là !" assure Vincent, devant les chutes du Niagara, entre Toronto et Louisville (Kentucky) où le succès des nouveaux tubes afrofunk, Africa, Gboza ou Belle Afrique prouve que le futur est déjà bien avancé. "La nature nous inspire toujours, assure Mélomé en regardant l’eau tomber, ici nous voulons chanter l’Afrique, la présenter à nos cousins américains car nos histoires sont à jamais liées."
 
Dernière étape de cette tournée : une affiche panafricaine sur la grande scène du Summerstage de New York, à Central Park, avec les Maliens Smod et le Franco-Centrafricain Bibi Tanga. "On est vraiment très fiers de l’accueil du public ici ! Nous aussi en Afrique, on peut, yes we can, et on apprend à tout âge !" promet Vincent Ahéhéhinnou. Avant les élections de novembre, le public américain aura voté Poly-Rythmo pendant cette campagne d’été.
 
 
Les dates de concert à venir :
28 juillet : Festival de Cauberotte à Moncrabeau (France)
3 août : Festival du bout du monde à Crozon  (France)
4 août : Les escales de Saint Nazaire (France)
5 au 8 août : résidence et Concert sur l'île de Groix (France)
9 août : La Roche-sur-Yon (France)
11 août : Nuits du Sud à Vence (France)
12 août : Flow Festival Helsinki (Finlande)