Alex Beaupain, chanteur d'amour

Alex Beaupain
© Rudy Waks

Après moi le déluge est le quatrième album solo d’Alex Beaupain, chanteur atypique connu d’abord pour ses bandes originales des films de Christophe Honoré.

Si l’on a mis du temps à voir Alex Beaupain comme un chanteur en dehors de ses chansons pour le cinéma, sa vocation n’en était pas moins très ancienne. "J'ai toujours chanté mais je me suis déclaré chanteur très tard. Je lis, je vais voir des films mais la chanson est ce qui m'intéresse et m'émeut le plus, et depuis toujours. J'ai tout fait, y compris chanter devant le miroir avec une brosse à cheveux comme micro. Mais, étudiant, je n'assumais pas. Et être chanteur était inaccessible, de toute manière."

Car Alex Beaupain est diplômé de Sciences-Po, comme Léo Ferré, Michèle Arnaud et Camille – une mince aristocratie de forts en thème dans la chanson française. "J'étais à Besançon et, avec ma copine, nous nous sommes demandé quelles études vendre à nos parents pour qu’ils nous payent un appartement à Paris pour tous les deux. Je me suis beaucoup ennuyé à Sciences-Po, et c’est paradoxalement ce qui m’a poussé à devenir chanteur. J'ai compris que je n'étais pas fait pour la haute administration, ni pour le journalisme, ni pour l’entreprise, ni pour être chercheur. J'ai vraiment décidé de faire ce qui me plaisait : écrire des chansons."
 
La suite est curieusement simple. Il se dit longtemps qu’il a " jusqu’à trente ans pour signer, comme Souchon." En 2002, à vingt-huit ans, il signe la bande originale de 17 fois Cécile Cassard de son ami Christophe Honoré. "Je n’avais pas l’intention de faire de la musique de film. Christophe est mon ami. J’écrivais des chansons. Voilà tout." Trois ans plus tard, il sort son premier album de chansons "pures", Garçon d’honneur.
 
Mélancolie
 
Il trouve certes "un peu vexant" que son plus grand succès discographique soit une bande originale, Les Chansons d’amour. Mais il considère avec sérénité le progressif retournement de son image, de musicien-de-cinéma-qui-fait-aussi-des-albums-de-chansons à chanteur-qui-a-fait-beaucoup-de-BO. "Je n'écris que des chansons d'amour. La palette est large. Quand on est amoureux, on est liquéfié, salopard, serpillière, altruiste… C'est toujours intéressant."
 
Pour Après moi le déluge, il a voulu "mettre la main à la pâte" et a coréalisé son album avec le guitariste Nicolas Fiszman – "un musicien avec qui je voulais retrouver une sensation de groupe, même si je n’ai jamais eu de groupe au lycée." Il en résulte des chansons navrées, qui naviguent quelque part entre Nino Rota et Anthony & the Johnsons.
 
Après moi le déluge ne contrevient pas aux habitudes d’Alex Beaupain, considéré depuis ses débuts comme un surdoué de la chanson mélancolique. Il prévient pourtant : "Je ne suis pas un garçon dépressif ou sordide. Il y a deux raisons à cette inspiration. D'abord, je fais des chansons parce que j'en ai entendu. Et ce qui m'a le plus plu, ce sont des chansons mélancoliques. Ensuite, c'est très compliqué d'écrire des chansons gaies. Trenet y parvient, bien sûr, ou Daho. Mais quand moi j'en fais, je trouve ca un peu ridicule. Je ne sais pas faire des chansons du registre de l'ironie, voire de la méchanceté."
 
Reconnaissance
 
Chez lui, l’inspiration est massivement autobiographique. "Mais je force le trait, puisque la chanson demande du lyrisme. Et je raconte plusieurs fois la même rupture… Ma vie n'est pas à l'image de mes chansons. Les chansons du quotidien ou les blagues, ca ne m'intéresse pas. Je ne peux pas les réécouter. J'ai l'impression que ca ne marche qu'une fois, comme les blagues. En revanche, le lyrisme m'intéresse. Alors je lâche les chevaux."
 
Il avait écrit pour le dernier album de Julien Clerc, qui lui a rendu la politesse en lui offrant la musique de la chanson Coule. "Écrire pour lui, c’était une reconnaissance. Je n’ai pas beaucoup d'amis chanteurs. Il y a la Grande Sophie [qui a composé pour lui Contre le vent], au départ parce que je suis ami de sa violoncelliste. J’étais même presque passé à côté de ses disques. Son sens de l'évidence mélodique m’épate. Et maintenant Julien. Une rencontre qui consacre quelque chose. Il a travaillé avec des auteurs immenses mais il n’est pas paternaliste. Il a avec moi des rapports confraternels. Avec lui, je partage des choses difficiles à partager, comme réfléchir à la position du chanteur, à la position de celui qui est devant, sur scène et sur le disque."
 
Pour sa part, il est de plus en plus chanteur. Il dit que, pour son prochain film, qui sera une adaptation moderne des Métamorphoses d’Ovide, Christophe Honoré ne lui "a rien encore demandé". Il est vrai qu’Alex Beaupain est en tournée, notamment cette semaine au Printemps de Bourges.
 
Alex Beaupain, Après moi le déluge (AZ-Universal) 2013
En concert le 26 avril au festival du Printemps de Bourges, le 13 mai à l'Olympia à Paris.
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