Ben l'Oncle Soul, le soul brother

Ben l'Oncle Soul, le soul brother
Ben l'Oncle Soul © Franck Bohbot

Attendu depuis les 500.000 ventes de son premier album sorti il y a déjà quatre ans, Ben est de retour. Celui qui se fait appeler L’Oncle Soul a laissé tomber les masques : À coup de rêves, c’est bien lui. Sans les camouflages de son coup d’essai, mais toujours avec cet amour immodéré de la soul à l’ancienne, c’est le disque d’un survivant, un artiste qui a envisagé de mettre fin à sa carrière avant de se décider à livrer un nouvel album inespéré. Entretien avec Benjamin.

RFI Musique : Ben, quelle fut ta première motivation musicale ?
Ben l'Oncle Soul :
La découverte d’un vieil ampli Tennberg dans la maison de campagne de ma grand-mère. Déjà quand tu appuies sur le bouton "On", ça s’allume en bleu et c’est très joli. Ensuite il y a un casque, il faut s’amuser avec le tuner, aller sur la barre, chercher des fréquences radio. J’avais quatre, cinq ans et tout ça commençait à me passionner, à me fasciner. C’est devenu un jeu : "Maman, papi, on joue à la radio". Cette maison de campagne, j’y passais toutes mes vacances scolaires. J’y ai découvert les disques de ma tante et de ma mère, ce qu’elles avaient accumulé ados. Les Beatles, le Golden Gate Quartet, Bob Marley, Bob Dylan, et surtout le Blue Album d’Otis Redding. Les vinyles avaient capturé un moment de vie de musiciens loin, et tu es là avec eux, dans la pièce. C’est magnifique, c’est un voyage, une fenêtre sur le monde qui te transporte, c’est ça qui m’a attiré.

Le single qui t’a vraiment fait connaître, c’est Soul Man. C’est là qu’est vraiment né Ben l’Oncle Soul.
Oui, après la reprise de Seven Nation Army. Je m’appelais encore Oncle Ben. On était en flux tendu, on a speedé pour le EP, pour finir l’album, pour monter sur scène. Et pour le nom, Universal a appelé la boîte de riz afin d’essayer de "clearer" les droits, mais ça ne passait pas. Uncle Ben’s était dans tous les magasins donc si on voulait qu’on retire tous mes disques des bacs une fois sorti, c’était le meilleur moyen. Le nom je n’y tenais pas plus que ça, je m’en foutais. On ne voulait pas perdre le référencement sur internet, on avait déjà construit deux trois histoires, fait des vidéos, donc j’ai mis les noms en les mélangeant et bam, Ben l’Oncle Soul.

Comment as-tu compris que tu avais fait un hit ?
Des amis commençaient à me dire qu’ils voyaient mon clip à la télé, qu’ils entendaient ma chanson au supermarché, à la radio. Ça a commencé à prendre sacrément. On a pris un tourneur, la liste des concerts commençait à grandir, on a fait toute la France, et puis l’Europe. Italie, Espagne, Suisse, Hollande, Angleterre. Et puis au Japon, en Russie, dans tous les DOM-TOM, les Etats-Unis aussi. On a fait 350 dates de concerts, pendant deux ans et demi ! Tu n’essaies même pas de comprendre, tu fonces. On s’est retrouvé au Canada à jouer devant 70.000 personnes pour l’ouverture du jazz festival de Montréal. Tu es complètement inconscient parce que si tu es conscient, tu n’y vas pas. Deux ans avant c’était Stevie Wonder qui ouvrait, l’année d’avant les Rolling Stones.

Tu as enregistré ton nouvel album avec un groupe américain, les Monophonics…
Ils ont un studio dans leur bunker, monté au fil des ans avec des vieux micros, amplis et instruments, dans le nord de San Francisco dans le village de San Raphael, au fond d’une zone industrielle. C’est une brocante ! Le lieu est magique, il y a trop de vibes. Je leur ai expliqué que j’étais plus sixties, eux sont plus psyché seventies instrumental. Moi il me fallait des chansons. Donc on a commencé à composer avec le guitariste et le bassiste. En une semaine, on a fait une trentaine de jams, basse batterie guitare, enregistrées sur bande. Après un mois je suis rentré à Paris, et j’ai commencé à écrire, avec un maximum de gens. En anglais avec Aqua Naru, une rappeuse américaine vivant à Cologne que j’aime beaucoup, avec Beat Assailant/Adam Turner (j’ai fait ma première tournée en tant que choriste avec lui), avec l’Australienne Rachel Claudio, une amoureuse de la chanson et de la soul. Il y a un morceau qui s’appelle Ailleurs, À coup de rêves (le titre de l’album), Walk the line (ça a failli être le titre de l’album), une reprise de Diamond Joe, Don’t set me back, qui est incroyable. Ce mec a sorti un album en 1973, Gossip, Gossip, où il rejoue en live un disque rayé. Le début du hip-hop pour moi.

Comment décrire cet album par rapport à ton premier ?
Jusqu’à présent, j’ai fait le maximum pour ne pas me dévoiler, ne pas m’exprimer. Parce que je flippe, que j’ai une pudeur, donc j’ai fait des morceaux légers, et un jour tu te rends compte qu’il y a des gens qui t’écoutent et qu’il faut arrêter de se planquer. Musicalement j’avais envie de vivre une aventure, j’avais besoin d’avoir un déclic, je l’ai eu avec les Monophonics. Et au niveau de l’écriture je l’ai eu aussi parce qu’écrire Soul man ou Petite sœur (sur l'album précédent – ndlr) c’est facile pour moi. C’est léger, il n’y a pas de prise de tête, c’est du fun, du live, un bon moment où tout le monde danse, pas de problème. Mais des fois tu as envie de montrer ce qui te touche, ce qui te heurte. Moi en plus j’ai grandi avec Otis Redding qui n’a pas arrêté de chialer dans toutes ses chansons. Donc dans ce disque je parle un peu plus d’amour, de colère, de mes motivations. Et de mes rêves. Le rêve, c’est notre plus grande force. "Si on tombe on se relève / Et on avance à coup de rêves". Brel disait que les hommes ont tous eu leurs rêves avant seize ans, ont mis vingt ans à s’en rendre compte et après il ne reste plus beaucoup d’années pour les réaliser, et puis on est vieux. Je crois qu’il a raison.


Ben l'Oncle Soul, À coup de rêves (Motown France / Mercury) 2014
Site officiel de Ben l'Oncle Soul
Page Facebook de Ben l'Oncle Soul

A relire : Le casse de Ben l'Oncle Soul - article RFI Musique (22/06/2010)
A écouter : rencontre avec Ben l'Oncle Soul dans la Bande Passante (04/09/2014)