La conduite transatlantique du trio CAB

La conduite transatlantique du trio CAB
CAB © DR

Parti sur les routes africaines pour une tournée d’une trentaine de dates à la fin de l’année dernière, le trio CAB sort son premier album axé sur le fonds culturel commun, inné et acquis, que peuvent avoir ses membres venus des Caraïbes, d’Afrique et du Brésil : le pianiste Mario Canonge, le guitariste et chanteur Blick Bassy et le percussionniste Adriano DD.

La source jaillit avec une force et un naturel qui tendrait même à faire oublier, dès la première note de To Bâlè, le prétexte ou plutôt le fondement de la démarche qui a conduit ces trois musiciens à travailler ensemble : la rencontre entre l’Afrique, avec son rôle de matrice, et les Caraïbes ainsi que le Brésil, cousins liés à travers l’histoire par les mêmes racines.

Si de nombreux projets musicaux ont exploré de façon bilatérale ces relations, avec un centre de gravité qui se déplace selon un axe, ils sont plus rares à avoir tenté une telle discussion en triangle. Derrière les cultures à laquelle chacun des protagonistes se rattache, il y a aussi le jazz qui irrigue les onze morceaux de cet album, mais que le trio a su contenir lors de l’enregistrement réalisé avant de se lancer dans une longue tournée africaine.
“Ça reste des chansons avec des éclairs d’improvisations”, assure Mario Canonge qu’il n’est guère surprenant de retrouver ici : au tournant des années 1990, il s’était illustré dans un registre voisin avec le groupe Ultramarine, référence en la matière. Lui qui était associé à l’époque à Etienne Mbappé collabore cette fois d’ailleurs avec un autre Camerounais, Blick Bassy, à l’origine de la formule baptisée CAB. La voix douce de celui-ci, la façon dont elle trouve place dans le paysage musical, n’est pas sans rappeler celle d’un autre de ses compatriotes, Richard Bona.
 
Le troisième homme, Adriano DD, possède un set de percussions très complet qui permet au trio de pouvoir élargir sa palette sonore et colore certaines rythmiques de nuances brésiliennes. Si les influences de chacun sont perceptibles, elles se marient avec harmonie et respect, sans jamais que l’une donne le sentiment de vouloir dominer les autres. La fluidité qui en résulte est une précieuse qualité.
 
Trois questions à Mario Canonge

RFI Musique : Quelle est la spécificité du répertoire de ce groupe ?
Mario Canonge : Le choix de l'instrumentation : piano, voix et percussions. Et comme le chanteur joue aussi de la guitare, il en fait dans quelques morceaux. Il n'y a ni basse, ni batterie, mais il fallait faire en sorte que ça sonne comme si on était cinq ou six. Donc les compositions sont montées avec un jeu de main droite et de main gauche au piano qui donne l'impression qu'il peut y avoir plusieurs instruments... Ce sont des compositions originales, qui font le mélange des Caraïbes, de l'Afrique et du Brésil, avec une réminiscence de jazz, parce que je suis un jazzman.
 
Comment s’est constitué ce trio ?
J’ai rencontré Blick parce qu'un copain de RFI m'a dit qu'il fallait que j'écoute ce chanteur. Je trouvais ça intéressant mais c'en était resté là. Dans un de mes disques, Mitan, je l'ai invité pour une petite participation et ensuite pour un de mes concerts au New Morning. Et puis, en 2012, il m'a appelé – c'est lui qui a eu cette idée au départ – pour qu'on commence quelque chose tous les deux. On a composé les morceaux chaque fois qu'on se rencontrait. Son univers musical est différent du mien, mais j'aime chez lui cette facilité dans le chant. Je me suis engouffré dedans. Et très vite Adriano est arrivé dans le groupe. Il avait travaillé avec Blick et une fois avec moi. Je savais que c'était une valeur sûre. Et c'est une valeur archi sûre !

Comment vous êtes vous retrouvés à effectuer une tournée de trente concerts en Afrique, fin 2014 ?
Au départ, je souhaitais simplement quelques concerts pour faire jouer ce groupe. Et lorsque le projet a été évoqué dans une réunion de directeurs d’Alliances françaises, l’idée de cette rencontre musicale a plu. Nous avions aussi suggéré qu'il y ait dans cette tournée un concours de documentaires. Dans la plupart des pays visités, des gens sont venus nous filmer pour un mini-film de cinq minutes. On a aussi fait des master class. Et on nous a proposé cette tournée de deux mois et demi qui ne m'enchantait pas car je trouvais ça trop long. Je ne la regrette pas du tout, bien sûr, car même si je connaissais un peu l'Afrique, passer tant de temps dans 21 pays du continent, c'est autre chose !

CAB (Mario Canonge, Blick Bassy, Adriano DD), CAB (Aztec Musique) 2015

 
Page facebook de Mario Canonge

A écouter : l'entretien avec Mario Canonge et Blick Bassy dans Couleurs  Tropicales  (08/06/2015)