Katerine remet le son à Versailles

Katerine remet le son à Versailles
© nicolas dambre

Le trublion Philippe Katerine s’est produit mardi 24 mai dans l’Orangerie du Château de Versailles, tentant de bousculer un peu un public assez sage, avec ses comptines accommodées à la sauce rock.

Drôle d’endroit pour un concert. C’est dans l’Orangerie, derrière le Château de Versailles que Philippe Katerine se produit. Cette longue galerie voûtée de 150 mètres de long abrite l’hiver des orangers, des lauriers et des palmiers. En ce printemps, l’Orangerie accueille pour la première fois un concert de musiques actuelles. Le Château de Versailles est depuis quelques années, coutumier de ce genre de rencontres inattendues, comme l’exposition du Japonais  Takashi Murakami, ou des concerts de Phoenix ou Christophe en plein air.

Ce soir, le public est essentiellement versaillais : jeunesse dorée bon chic bon genre, couples sur leur 31, et même familles avec enfants. On aperçoit également Arielle Dombasle (Katerine a participé à l’un de ses albums) ou encore Julie Depardieu, compagne du chanteur. La salle est plongée dans le noir, cinq silhouettes apparaissent en ombres chinoises derrière un panneau, bientôt relevé. Philippe Katerine apparaît déguisé… en Marie-Antoinette, avec robe et fleur dans les cheveux ! À moins qu’il ne soit La Reine d’Angleterre, comme il le chante.

Sale gamin

Il ne garde guère longtemps son accoutrement, déshabillé par ses choristes, et désormais vêtu de collants et d’une chemise psychédélique. Philippe Katerine est accompagné d’un batteur, au centre de la scène, et entouré d’un guitariste et d’un bassiste. Dans cette antre monarchique, les paroles irrévérencieuses de Liberté résonnent curieusement ("Liberté mon cul/Égalité mon cul/Fraternité mon cul").

Le public reste sage, mais se lance néanmoins volontiers dans le petit jeu qu’instaure le chanteur au milieu de sa chanson La banane ("Non mais laissez-moi/Manger ma banane"), quand il feint le sale gamin qui dit toujours non, auquel les spectateurs répondent "si !". Le tout sous l’œil impassible de Louis XIV, dont la statue équestre trône à l’autre bout de la galerie.

Philippe Katerine interprète essentiellement des chansons de son dernier album éponyme, de J’aime tes fesses à Des bisous, en passant par Téléphone. Sur scène, ces petites comptines intimistes et ultra minimalistes deviennent des chansons rock, portées par l’énergie des musiciens, le charisme du chanteur et le dynamisme des choristes, qui exécutent des chorégraphies très physiques. Malheureusement, l’acoustique de cette longue galerie bordée de palmiers n’est pas des meilleures pour un concert de musique amplifiée.

Chanson Windows

"Avez-vous des Vélib’ à Versailles ? … non c’est démodé ?" se moque l’interprète de Parisvélib’, avant que le groupe n’assène des décharges de rythmes et de guitares électriques au son de Morts vivants. Avec ses chœurs un peu simplets, Juifs Arabes ferait presque passer la troupe pour des babas cool, avec une conclusion (Ensemble) scandée les bras en croix, au son du sax du Careless Whisper de Wham (!?).

Puis les quatre notes d’ouverture d’une session Windows résonnent dans la grande galerie, reprises a capella par Katerine, qui en fait une balade. On n’entendra plus de la même façon son ordinateur… Impossible pour le chanteur d’esquiver quelques tubes de son génial album précédent, Robots après tout, comme 100% V.I.P. ou Borderline.

Cabotin

Il y a aussi Poulet, issu de l’album Les Créatures, la chanson d’un défunt amour… pour un poulet "Électrocuté, vidé, déplumé, lavé, conditionné, labellisé", puis mangé. La chanson Marine Le Pen réveille le public à coups d’uppercuts de sons et de lumières, un cauchemar chanté par Katerine, qui sous le coup de l’actualité politique prend une tournure un peu prémonitoire. Excuse-moi tranche avec une économie de moyens, avant que le chanteur ne s’empare d’une guitare électrique pour décharger des sons (et des paroles) aux chastes oreilles des quelques gamins postés aux premiers rangs.

Pour achever son concert, Philippe Katerine entremêle Patati Patata ! à son populaire Louxor j’adore, d’abord seul à la batterie. Il coupe le son et cabotine un peu : "Rapprochez-vous ! J’ai envie de me jeter en vous, et au bout d’une journée, vous me ramènerez. Oh non, j’peux pas, je vous sens sous-alimentés !" Mais il plonge finalement dans le public, qui le porte, avant que n’apparaissent les musiciens et les danseuses, déguisées côté face de jupes écossaises et de perruques rouges dignes du Crazy Horse, et de dos avec des silhouettes de squelettes. Leur danse macabre évoque celle d’un clip des Daft Punk. L’interaction entre la scène et le public fonctionne toujours avec cette chanson, les spectateurs en redemandent, mais Katerine coupe le son.