Koffi Olomidé

Koffi Olomidé

Quand un des chanteurs les plus en vue de la musique congolaise (Koffi Olomidé) décide d’interpréter l’un de ses maîtres et compatriotes élevé au statut de fierté nationale (Tabu Ley Rochereau), les amateurs de rumba à l’ancienne montrent qu’ils sont toujours nombreux, comme en témoigne le succès commercial remarquable de Koffi chante Tabu Ley.

Qu’a-t-il bien pu se produire à Kinshasa pour que le vent change ainsi de direction ? Depuis plus d’un demi-siècle, la musique congolaise passait pour le royaume des éternels conflits entre artistes, de jalousies en calomnies, de séparations tumultueuses en véritables parricides verbaux. Cela faisait partie du décor, et tout le monde y trouvait son compte. Alors quand Koffi Olomidé fait connaître son intention de revisiter en mai 2010 le répertoire du septuagénaire Tabu Ley Rochereau, le temps d’un concert dans un hôtel de la capitale de la République démocratique du Congo, l’annonce a presque un parfum sensationnel. D’autant que les relations entre les deux hommes ont été très orageuses il y a quelques années, même si Koffi n’a jamais caché avoir été influencé à ses débuts par les chansons de son glorieux aîné.

Les 18 titres rassemblés sur Koffi chante Tabu Ley sont un aperçu (de 80 minutes !) de cette soirée forte en émotion. L’occasion de retrouver dans une nouvelle mouture Fétiche, Pitié, ou Connaissance Koye Bana. Ces trois morceaux faisaient partie du concert donné à l’Olympia en 1970 par le Seigneur Rochereau, événement quasi légendaire, considéré comme l’un des hauts faits de la musique d’Afrique francophone. Invité à prendre le micro, Pepe Ndombe, membre du groupe Bana Ok, se rappelle surtout en tant qu’ancienne "voix" de l’orchestre African Fiesta dirigé par celui qui s’appelait encore simplement Rochereau (Tabu Ley sera ajouté à l’époque de la zaïrianisation voulue par le régime du maréchal-président Mobutu). Avec Karibu Ya Bintou, parue en 1974, Koffi perpétue le souvenir de l’une des danseuses du groupe disparue l’année précédente.

Si l’on ne peut douter de la sincérité de sa démarche, il ne parvient pas à donner à ces reprises un arôme aussi séduisant que celui dégagé par les versions originales. Le charme agit d’abord parce que le projet joue sur une corde sensible : la fibre nostalgique. Le boss du Quartier Latin a bien compris qu’il tenait là un excellent filon, et ne s’est pas privé de renouveler l’expérience sur d’autres scènes. L’idée, depuis, a fait florès. Fin juin, c’est Nathalie Makoma qui, au même endroit et de la même manière, rendait hommage à un artiste congolais de référence, Papa Wemba.

Koffi Olomidé Koffi chante Tabu Ley (Planet Music/Rue Stendhal) 2011