Le beau retour de Takfarinas

Le beau retour de Takfarinas
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Inséparable de sa mandole à double manche devenue son instrument emblématique, le chanteur algérien Takfarinas a trouvé un dosage spécifique naturel entre orient et occident. Il le décline sur un mode convainquant tout au long de Lwadine - Hymne aux parents, qui met un terme à sept ans de silence discographique.

Avec un titre aussi traditionaliste que celui qu’il a donné à son nouvel album, Takfarinas ne risque pas d’être accusé de céder aux sirènes du jeunisme contestataire. D’ici à voir en lui un gardien de l’ordre établi, il y a toutefois un pas qu’il serait hâtif de franchir. Car derrière les sages paroles du quinquagénaire, le chanteur kabyle ne s’est pas laissé figer dans le temps. Il fait partie de ceux qui savent traverser les époques avec panache, parce qu’ils se les approprient, les épousent tout en conservant et même en continuant à développer un style identifiable. Une vraie gageure.

 
Les sonorités disco des années 1980 ont disparu depuis bien longtemps mais les teintes orientales restent très présentes dans les arrangements de son répertoire, cette "Yal musique" avec laquelle il est devenu populaire dans son pays ("yal" signifie "chaque", en berbère. Takfarinas a inventé ce nom pour définir le mélange entre musique berbère et d'autres styles comme le rap, le rock etc…, ndlr). S’il n’est jamais vraiment parvenu à étendre sa notoriété au-delà du cercle communautaire en France, où il vit, "Tak" a des arguments à faire valoir, une expérience qui s’entend en studio autant qu’elle peut se voir sur scène.
 
Le soin qu’il apporte à ses disques en dit long sur sa volonté de bien faire. Lwadine - Hymne aux parents est de cette veine-là. Rien de folklorique. Un gros son, efficace, qui appâte d’entrée de jeu. Un côté festif, réjouissant, que l’on perçoit aussi vite. Le binôme de maîtres d’œuvre qui fait office de charnière centrale n’y est pas étranger : à la basse, le talentueux Youcef Boukella, membre fondateur de l’Orchestre national de Barbès ; à la batterie, Karim Ziad, sideman de renom passé entre autres par l’ONB, le Zawinul Syndicate… Ils s’illustrent ici dans un registre plus pop que celui qu’on leur connaît.
 
Sur la moitié des chansons, Takfarinas a fait intervenir les violons de l’orchestre symphonique du royaume du Maroc. Majestueux. Plus qu’une simple curiosité, la reprise/adaptation de Ne me quitte pas de Jacques Brel ne doit pas occulter les dix-sept autres titres.  Comme par exemple l’explicite Imazighene (les hommes libres), qui rappelle l’attachement indéfectible de l’artiste à la culture berbère.
 
Takfarinas Lwadine - Hymne aux parents (Mandole Prod/Rue Stendhal) 2011