Le périple africain de Maurice Kirya

Le périple africain de Maurice Kirya
Conférence de presse à Libreville © m. brenke

De Libreville à Bobo Dioulasso, en passant entre autres par Douala, Accra, Cotonou, l’Ougandais Maurice Kirya poursuit la tournée africaine qu’il a débutée depuis un mois. Pour RFI Musique, le lauréat du prix Découvertes RFI 2010 continue de livrer ses impressions de voyage.

ci, au Burkina, il fait chaud, même si on commence à s’habituer à ces températures élevées, mais j’aime bien le pays. Si je le compare aux autres, ça semble plus vaste, plus étendu, alors qu’ailleurs tout m’a paru plus dense. J’ai eu cette impression à Ouagadoudou et c’est aussi le cas à Bobo Dioulasso où tout est calme, reposant, il ne se passe pas grand-chose. J’ai bien aimé le show qu’on a fait la nuit dernière, même si le public n’était pas très nombreux. Les gens étaient venus pour écouter la musique, on pouvait le voir sur leurs visages, dans leurs réponses. C’était davantage un groupe d’amis assis là en train de chanter qu’un simple concert.

Pour moi, il faut que 60% des spectateurs trouvent ce qu’ils étaient venus chercher : un bon show. Et les autres 40%, j’essaie de les emmener au-delà de la musique, d’impliquer mon pays, ma culture, de parler un peu de mon histoire, de faire quelques blagues parce que j’adore ça même si je ne suis pas très drôle ! Pour que le public reçoive plus que de la musique.Je ne suis pas là juste pour jouer. Notre boulot en tant que musicien, c’est aussi de savoir communiquer avec le public. Quand tu vas dans des pays différents, ton défi est d’arriver à savoir en 15-20 minutes ce qui peut le toucher. Je me mets à la place des spectateurs et je me demande ce que je voudrais voir, entendre.

Bien sûr, dans une tournée comme celle-ci, avec beaucoup de déplacements, ça dépend de notre niveau de fatigue, de notre excitation. Parfois, nous sommes vraiment crevés mais ça ne t’empêche pas de donner le meilleur de toi en live. Dans certains pays, tu te sens reposé, en pleine forme, et tu exploses quand tu es sur scène.

A Libreville, il y avait quelque chose de très théâtral. Là où nous avons joué, j’avais la sensation de me produire dans un opéra, pas dans un lieu fait pour un groupe. Ça m’a influencé et je me suis plus comporté comme un acteur dans la façon dont je parlais, dont je me tenais, dont j’utilisais ma voix. Je me disais que j’étais un chanteur classique.

Au Cameroun, après avoir quitté le Gabon, nous sommes d’abord arrivés à Douala, accueillis par Abraham, un gentleman très souriant, très drôle. Sur la route vers le centre-ville, on a remarqué deux choses : d’abord la musique locale qui passait à la radio était vraiment bonne, et ensuite tout était plus coloré que Libreville. Un peu comme à Kampala, alors je me sentais un peu à la maison…

Je crois que c’est à Douala que nous avons eu le plus de contacts avec la presse. D’ailleurs, à la fin de la conférence de presse, les journalistes ont demandé que je joue un peu, et je me suis dit : pourquoi pas ? Donc j’ai fait une prestation acoustique et le jour d’après ils étaient tous là avec leurs amis. La salle était pleine, le public juste à un pas de moi et c’était presque comme un bœuf, des musiciens qui se rencontrent et jouent ensemble.

Je me sens bien quand j’ai les gens tout près de moi. A Garoua, où on s'est aussi produit, les gens voulaient danser, bouger, donc quand tu joues tu as envie de leur donner ce qu’ils attendent, et tu es obligé de monter le tempo. On avait pris un vol qui allait au Tchad, à N’Djamena, puis dans un autre pays et qui enfin revenait au Cameroun.

Du coup, quand nous sommes arrivés, nous voulions juste jouer et faire les interviews. Nous étions fatigués, comme à Yaoundé, la capitale, où je n’ai pas eu trop le temps d’explorer la ville comme j’avais pu le faire à Douala. Notre hôtel était juste à côté du centre culturel français et ça nous allait très bien ! Un bon accès internet, un cadre sympa, de la bonne nourriture et une piscine…

Après, nous sommes partis pour le Nigeria. Il faut que je vous raconte : là-bas, j’ai rencontré la jeune et talentueuse musicienne Nneka, avec qui j’ai passé trois heures. Elle est venue assister à nos balances. D’habitude, je la vois à la télé, dans les magazines, mais quand je suis arrivé, j’ai dit que j’aimerais bien la trouver et il y avait quelqu’un qui pouvait faire la connexion.

L’étape suivante, c’était le Bénin. L’un de mes concerts préférés jusqu’à présent. L’atmosphère était totalement différente. Ça avait lieu en extérieur, et tu pouvais voir les palmiers partout. Il y avait quelque chose de poétique que j’ai ressenti en moi. Durant une chanson, j’ai décidé de réciter un poème. Après, les musiciens m’ont demandé pourquoi je n’avais pas fait ça avant et je leur ai répondu que tout ce dont j’avais besoin, c’était de l’inspiration. Et Cotonou m’avait inspiré. Depuis, dans cette chanson, il y a toujours un poème ! Je dois dire qu’elle ne fonctionnait pas très bien avec le public avant. On s’était même dit qu’on n’allait plus la jouer !

Pour moi, ma meilleure prestation a eu lieu au Ghana. Il y avait eu pas mal de promo avant notre arrivée et on m’avait préparé un vrai programme. J’ai fait la connaissance d’un artiste local, One Love, avec qui je suis allé en studio pour enregistrer une chanson ensemble, et toutes les conditions étaient réunies pour que cette soirée soit spéciale. Le fait de se trouver dans un pays anglophone a aussi contribué à rendre le concert plus interactif.

Maurice Kirya (avec Bertrand Lavaine)