Malajube se démocratise

Malajube se démocratise
© joseph yarmush

Après avoir révélé des facettes assez tortueuses dans Labyrinthes (2009), le quatuor rock québécois lance ce printemps La Caverne, un nouvel opus plus pop et accessible. Julien Mineau, guitariste, chanteur et compositeur de Malajube nous livre ses secrets de fabrication.

RFI Musique : La Caverne marque-t-elle un changement radical dans votre démarche ?
Julien Mineau :
Même si l’album est très différent de Labyrinthes, je pense que c’est seulement la suite des choses, la boucle des émotions… Parfois, tu veux danser et être joyeux; d’autres fois, tu as envie d’impressionner, de te dépasser, de faire quelque chose de plus créatif. Ça ne paraît peut-être pas, mais je considère que La Caverne représente un plus gros travail créatif que le disque précédent. Ce n’est pas si facile de faire des chansons courtes qui sont plus pop. Ça reste du Malajube, mais avec des côtés qu’on n’avait pas explorés encore, comme la disco, la pop bien léchée des années 80, mais réactualisée.

Cherchez-vous à faire de la musique plus "accessible" qu’avant ?
On s’inspire de cette idée-là, mais on sait très bien que le produit qu’on vient de faire ne sonne quand même pas encore pour la radio commerciale. Disons qu’on n’en est pas rendus là ! (rires) Mais j'essaye de faire une musique qui est écoutée en-dehors du Plateau-Mont-Royal (quartier montréalais considéré comme "branché", ndlr). Depuis que j’ai déménagé à l’extérieur de la ville, je réfléchis beaucoup aux tensions entre les Montréalais et les habitants des régions du Québec. Les gens de Montréal qui aiment l’indie-rockdénigrent beaucoup les radios commerciales que les habitants des régions écoutent. Je ne suis pas d’accord ! On dirait que La Caverne s’adresse à eux plus que jamais.
À quand remonte la composition des chansons du disque ?
À partir de la sortie de Labyrinthes en février 2009, peut-être même un peu avant. Je trouve que les quatre mois entre la fin du mixage et la sortie d’un album sont très longs. C’est aussi la période où j’aime le moins le disque parce que je viens de passer plusieurs mois intensifs à réécouter plusieurs fois chaque pièce (morceau, ndlr). Donc je me mets souvent à composer pendant ce laps de temps, surtout parce que j’ai besoin de faire autre chose. D’ailleurs, dès qu’un album est fini, je ne l’écoute plus. On a tous travaillé très fort, mais maintenant c’est fini. Peut-être que je recommencerai à l’écouter plus tard. C’est l’album dont je suis le plus fier, je pense que nous sommes à notre meilleur.
S’agit-il vraiment d’un album plus lumineux que les précédents?
Il est plus lumineux musicalement que Labyrinthes, mais pas non plus tout à fait joyeux. On peut dire que ça va quand même moins vers le néant.
Et les textes ? Vous revenez à des thèmes importants de vos albums précédents…
Les apparences trompeuses, ça m’inspire beaucoup depuis le début, ou depuis Trompe l’œil (album sorti en 2006, ndlr) peut-être. Je m’intéresse à la façon dont les gens se font une image de toi et à quel point c’est facile à contrôler. Sans être un thème joyeux, si on compare ça à l’euthanasie ou à la dépression, dont j’ai parlé dans mes chansons, on pourrait dire que c’est quand même plus lumineux !
Dans Le blizzard, vous chantez "Pour avoir vendu ton âme à Satan / Le blizzard viendra te chercher" et, plus loin, "Pour avoir vendu ton âme à ton gérant"
Bon, je ne parle pas de mes gérants ici ! (rires) C’est sûr que je trouve qu’on vend notre âme un peu plus que si on n’avait pas à gagner notre vie. Mais je m’adresse surtout aux jeunes artistes que je vois, qui signent et se font avoir par des compagnies de disques : c’est un peu un message à eux. Pour leur dire que la fin du monde s’en vient de toute façon ! Pas besoin de faire ça…
Avez-vous déjà hâte de retourner en studio ?
Ça a encore été assez long entre la fin du mix et le lancement, donc j’ai eu le temps de composer beaucoup. C’est sûr que je suis carrément ailleurs en ce moment, j’en ai assez de la pop. Je fais de la musique techno (rires). En fait, je me suis mis à utiliser le MIDI (interface informatique permettant à des instruments de musique et à des logiciels de communiquer, ndlr) comme ça, un après-midi, et je me suis vraiment amusé. J’ai aussi plein de musique sur laquelle je ne veux pas mettre de voix, qui serait parfaite pour des films. J’ai aimé faire la bande sonore de The Trotsky (film sorti en 2009, ndlr). Jacob Tierney est le seul cinéaste qui fait affaire avec nous. On a fait une grosse pièce rock pour la fin de son prochain film, qui sortira vers la fin de l’année. J’aime beaucoup créer de la musique de film. D’ailleurs, j’aimerais mieux ça que de vendre des riffs pour des pubs de compagnies d’ordinateurs (le groupe a récemment vendu les droits de Montréal – 40 °C au géant américain de l'informatique Dell, ndlr). C’est correct, ça paie super bien, mais je préfère le travail de création !
 
Malajube La Caverne (Dare to Care Records) 2011