Le maloya nouveau de Zanmari Baré

Le maloya nouveau de Zanmari Baré
Zanmari Baré © J. Chane

Tout nouveau venu sur la planète maloya, le Réunionnais Zanmari Baré signe un premier album aux maloyas rustiques et raffinés à la fois comme cette Mayok Flér (aussi appelée poinsettia) érigée en emblème.

Zanmari Baré n’est pas né dans le maloya, et, sans Mari Mousa, la chanson de Simon Lagarrigue que reprenaient à tue-tête à l’époque, ses copains d’école, il ne serait "jamais entré dans la ronde" comme il dit. "Je me suis mis à taper sur une mok (boite de conserve en fer-blanc) et à chanter pour être comme les autres, plus que par amour du maloya que je découvrais alors" se souvient aujourd’hui, ce chanteur né en 69 à St-Denis de la Réunion.

"Mon père chantait beaucoup à la maison, aussi bien ce qu’on entendait à la radio que des chansons peï. Avec mon frère, on l’écoutait et on l’accompagnait. C’est probablement de là que me vient mon goût pour la mélodie et que naissent mes idées".

Les Anciens

En 1981, quand le maloya enfin autorisé profite des ondes pour se répandre dans les kaz de l’île, l’adolescent découvre Firmin Viry, Lo Rwa Kaf, Gramoun Lélé, Alain Peters et d’autres encore. Danyel Waro ne viendra que plus tard, après qu’il ait publié Gafourn, sa première cassette en 87. "Étrangement, confie-t-il, ses chansons résonnaient en moi, racontaient mon histoire. Je les ai apprises par cœur, mais ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard que je me suis intéressé au kabar, ces rencontres de maloyers qui lancent la romans’. Tu as deux sortes de kabar. Un qui se joue dans un rapport frontal entre le groupe et le public, et un plus participatif, le kabar a tèr où tu es au contact des musiciens et chanteurs, où tu peux pousser ta voix. C’est le plus riche pour moi, tant musicalement qu’humainement".

Ecrire pour soi

Lors de sa formation d’éducateur spécialisé, son métier aujourd’hui, Zanmari Baré rencontre un fabricant d’instruments traditionnels. "Ça n’a fait que décupler mon intérêt pour cette musique héritée du chant des esclaves et jouée traditionnellement au son du rouler (rouleur, gros tambour) du bob (bobre, sorte de berimbau) et du kayanm (kayamb, percussion réalisée à partir de tiges de fleurs de canne à sucre, liées et remplies de graines). Mais, quand à la fin des années 90, j’ai commencé à écrire mes propres textes en créole, ce n’était que pour moi à l’époque. Je parlais de ma grand-mère (Blandine) ou m’adressais à ma fille que portait ma femme en 'voie de famille' (NDLR enceinte) (Mary Salangann)". C’est une nouvelle rencontre avec des étudiants à Montpellier où il réside le temps d’une nouvelle formation, qui le poussera à franchir le pas. "Invité à une répétition pour écouter leurs maloyas, je me suis essayé à dire un de mes textes".

Son premier vrai public, c’est à la Réunion que l’apprenti chanteur le rencontre. "C’était lors d’un hommage à Gramoun Baba à St-Louis en 2004. Un copain m’a poussé à ce que l’on chante nous aussi deux chansons". Zanmari Baré participe alors à la création de Lansiv, une formation qui porte le nom de la conque marine dans laquelle les pécheurs soufflaient en rentrant au port quand ils avaient du poisson à vendre. Le groupe de maloya qui cultive déjà l’art de la mélodie se produira autant sur scène que lors de kabars à tèr, jusqu’en 2008.

Mayok Flèr

En 2011, après quelques années de jachère artistique, Zanmari décide de revenir, poussé, encouragé par quelques musiciens et chanteurs amis dont Danyel Waro qu’il invite en retour à interpréter Nout Lang, que lui-même a écrit et où il est évidemment question du créole.

Le temps de fignoler et d’enregistrer durant l’été austral, les quatorze plages aux mélodies délicates de ce premier album et Mayok Flér est commercialisé à La Réunion de juin dernier. "Je ne pensais pas forcément à plus !". Interrogé sur l’absence de traductions à l’intérieur du livret, il avoue que c’est avant tout pour des raisons économiques – "Les traduire aurait signifié ajouter des pages." – plus que politiques, qu’il en est ainsi.

Signé par Philippe Conrath sur son label Cobalt, Mayok Flér est depuis peu proposé sur le vieux continent. Attendu pour trois concerts dans la région parisienne à la fin de la semaine, à l’invitation du festival Africolor, Zanmari Baré défend son maloya fait de révoltes sociales et politiques et de remises en cause plus personnelles ; une posture que résume assez bien le photomontage de Jérôme Picard (au dos du CD) où son œil gauche ouvert sur le monde interroge la réalité, tandis que son œil droit, baissé, semble scruter ses propres pensées.
 

Zanmari Baré Mayok Flér (Bek Roz An Bann/Cobalt/L’Autre Distribution) 2013
A écouter aussi : l'interview de Zanmari Baré dans La Bande Passante (11/12/2013)

En concert dans le cadre d’Africolor :
Le 13/12 au TGP de St-Denis
Le 14/12 à Barbacane à Beynes