La MC Malcriado, apôtre de la double culture

La MC Malcriado, apôtre de la double culture
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En solo, Stomy, Jacky, Izé et JP se sont faits chacun un nom dans le monde du rap ou du ragga. Quand le quatuor se réunit sous la bannière de la MC Malcriado, c’est pour mettre en valeur et mieux faire connaître cette culture capverdienne qu’ils ont aussi en eux. Rencontre avec Izé, l’un des membres de ce collectif, auteur d’un deuxième album baptisé Fidju Di Kriolu.

RFI Musique : Avez-vous abordé cet album collectif dans le même état d’esprit qu’un album solo ou est-ce différent ?
Izé : On a abordé cet album de la même manière parce que c’est une affaire de famille avant tout : Jacky est mon cousin ; la mère de JP est une grande amie de la mienne ; Stomy, on se connait par le biais de Jacky depuis qu’on est tout petits. Nos parents sont arrivés ici à la fin des années 60 ou au début des années 70 pour "chercher la vie". Dans les baptêmes, les mariages, il y a toujours des concours de danse, des enfants qui se mettent ensemble. C’est parti de là, en fait. On n’avait envie que de breaker, de danser. C’était l’explosion de l’émission H.I.P. H.O.P., qui passait le dimanche après-midi à la télé après la série Starsky et Hutch. On s’échangeait des cassettes...
Qu’est-ce qui vous a motivé pour donner naissance à un deuxième album de la MC Malcriado ?

Tu connais les artistes : chaque fois qu’on fait un concert, on n’aime pas trop chanter les mêmes titres qu’il y a quatre ans. Il fallait qu’on ressorte un nouveau produit, mais le deuxième album est plus difficile à faire. Comme le précédent avait bien marché, on avait un peu plus de pression. On a fait beaucoup d’efforts, de recherches chacun de notre côté dans l’écriture du créole – la langue portugaise mélangée au patois, pour trouver d’autres expressions, aller plus loin. Être un peu le haut-parleur de cette diaspora capverdienne.

Comment voit-on au Cap-Vert ceux qui, comme vous, y ont leurs racines mais vivent ailleurs ?
Quand on revient à Praia ou Mindelo, les gens nous appellent les "Fidju Di Kriolu", ce qui veut dire les fils du créole, qui est aussi le titre de l’album. Ils disent ça à tous les Capverdiens vivant à l’étranger, que tu viennes de Boston, de Paris ou de Lisbonne. On mélange pas mal de mots avec cette double nationalité, cette double culture.

Dans quelle langue les idées vous arrivent-elles en général ?

Moi, de mon côté, je ne la choisis pas. Je me laisse aller. Je prends les vagues, comme un bateau. Quand j’entends une petite morna, c’est vrai que la langue capverdienne s’impose tout de suite. Si la tendance est plus urbaine, le côté français prend le dessus. Je suis arrivé à neuf ans dans le quartier de Belleville, à Paris, et à l’école personne ne connaissait mon petit pays. Mon "combat" a été de faire connaitre ces petites îles de cailloux à mes camarades de classe. Par la suite, dans les années 80 est arrivé le hip hop et j’ai compris que c’était ça que je voulais faire, en rajoutant des sonorités capverdiennes. J’ai commencé à sampler de l’accordéon, des petites morna de Cesaria Evora, des clarinettes de Luis Morais et à faire mon univers bellevillois avec une couche capverdienne.
Ce nouvel album se caractérise par une grande diversité de rythmes, de tempo, d’influences. Quelle était votre intention ?
Le but est de donner l’image la plus large possible, de toucher de 7 à 77 ans, et de faire connaître notre histoire. C’est pour ça qu’il y a Lusofonia, une reprise de Mendes que nos parents chantaient, après l’indépendance, et qui regroupe tous les pays où l’on parle portugais. Sur le premier album, on avait fait un clin d’œil à Amilcar Cabral (leader indépendantiste du Cap Vert et de la Guinée-Bissau, ndlr) et on s’était rendu compte que pas mal de jeunes ne le connaissaient pas.

Lorsque vous arrivez au Cap-Vert, que faites-vous en premier ?
Je vais me baigner, à Tarrafal ou Mindelo. Et je vais dans le village ou je suis né, pour voir les petits neveux, les tantes qui sont encore sur place. Quand j’atterris au Cap-Vert, ça ne me fait rien, mais après deux ou trois jours je commence à avoir plein de questions en tête : si je n’avais pas quitté mon petit pays, qu’est-ce que je serais devenu ? Je profite de chaque richesse que j’ai. Le peu devient très important. Et ça me fait le même effet quand je reviens à Paris, je trouve la ville magnifique. En fait, j’ai besoin des deux ! Pourquoi choisir tant qu’on sait ce qu’on est, qu’on sait d’où on vient ? Je ne dis pas à quelqu’un qui est entre la Bretagne et la Provence qu’il doit devenir Breton ou Provençal ! C’est ce mélange-là qui rend fort.

La MC Malcriado Fidju Di Kriolu (Lusafrica/Sony) 2011