Ismaël Lô au Théâtre de la Ville

Ismaël Lô au Théâtre de la Ville
Ismaël Lô au Théâtre de la Ville, lors de la semaine dakaroise à Paris 2013 © AL Lemancel

Du 6 au 8 décembre, un week-end dakarois, évènement phare du Tandem Paris-Dakar, étendu sur toute l’année 2013, accueillait une multitude d’artistes de la capitale sénégalaise à Paris. Parmi eux, le chanteur Ismaël Lô a donné deux concerts exceptionnels au Théâtre de la Ville, le 7 décembre, en présence des maires respectifs de Paris et Dakar. Reportage.

"Allôôô Paris ! Allôôô Dakar !" : sur les planches du Théâtre de la Ville, en ce samedi 7 décembre, Ismaël Lô, héraut de la musique sénégalaise, tâche de connecter, avec ces cris du cœur déclamés sur son mbalax mélodieux, les deux capitales. D’une seule voix, le public en liesse, clame son enthousiasme.

Cet après-midi-là, le chaud soleil dakarois s’invitait dans ce haut lieu de la culture, ce temple du théâtre, de la musique et de la danse, au cœur de Paris. Dehors, le froid glacial, les sapins blancs, les illuminations de Noël… À l’intérieur, le groove ensoleillé et contagieux du bien surnommé "Bob Dylan africain".

Du 6 au 8 décembre, la capitale française revêtait ainsi les couleurs, les sons, les rythmes et les parfums de son homologue sénégalaise, pour un grand "week-end dakarois", en compagnie d’une myriade d’artistes emblématiques de la scène actuelle de Dakar : la chorégraphe Germaine Acogny, la Daara J Family (au 104), Ablaye Cissoko Quartet (au Théâtre des Abbesses), etc.

La manifestation, elle-même, faisait partie de la saison Tandem Paris-Dakar, impulsée par l’Institut français, soit un grand dialogue artistique et une plateforme d’échanges culturels étendue sur toute l’année 2013. Le premier semestre, Dakar recevait Paris. Le deuxième se jouait naturellement le match retour…

Les tubes éternels d’Ismaël Lô

Parmi les icônes incontestables, il y avait donc Ismaël Lô, présent pour deux concerts exceptionnels, le 7 décembre. Après avoir débuté sa représentation par une minute de silence en hommage au héros sud-africain Nelson Mandela, décédé le 5 décembre, le chanteur, entouré de son équipe de musiciens, a distillé, durant une heure trente, le blues de sa terre, les rythmiques alanguies et imparables de son mbalax, la douceur de ses mélodies inoubliables, égrené ses notes de guitare, étiré les plaintes heureuses de son harmonica…

Bien sûr, il a chanté ses tubes, repris en chœur par le public, parcouru de quelques frissons d’émotions : les éternels Tajabone, DibiDibiRek ou Jammu Africa. Avec ses traits d’humour, ses blagues, sa bonhomie, et la douce ivresse de sa musique, Ismaël Lô a su conquérir un public enthousiaste, qui battait des mains à tout rompre.

La présence de deux maires

Parmi l’auditoire, il y avait surtout une paire d’amis, deux complices venus applaudir ensemble le chanteur : le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et celui de Dakar, Khalifa Sall. En loge, après le show, l’édile parisien confiait à RFI Musique : "Entre Dakar et Paris, existent des liens profonds. Nous travaillons conjointement sur divers sujets comme l’urbanisme, le transport, l’écologie, etc. Mais si nous ne mettons pas l’art, la culture ou la fête au cœur de nos relations, ce sera raté ! Je me réjouis du foisonnement artistique de Dakar, des amitiés qui se tissent entre jeunes créateurs français et sénégalais. D’ailleurs, l’Afrique entière se révèle tonique, dynamique, vivante, avec une jeunesse emplie d’appétit et pétrie de talent".

À ses côtés, son homologue dakarois a renchéri : "La richesse principale du Sénégal réside dans ses ressources humaines : ses hommes et ses femmes de culture, du monde de l’art, qui s’imposent comme nos meilleurs ambassadeurs. Ce que nous avons vécu, ce soir, avec Ismaël Lô, rassure, réconforte, encourage"

La parole du poète

Pour Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville, le choix d’Ismaël Lô s'imposait : "Nous n’avions jamais eu l’occasion de le recevoir, alors que nous avions déjà accueilli Youssou N’Dour, et bien d’autres figures tutélaires de la musique populaire africaine, a-t-il expliqué. Surtout, au-delà de son statut de chanteur fédérateur, il a toujours, au travers de ses textes, exprimé clairement ses positions : sur la paix, sur une certaine idée de l’Afrique, de la fraternité. Dans ce Tandem Paris-Dakar, il était important d’emmener d’autres discours, d’autres paroles de l’Afrique noire en France. La vision du monde des poètes, leur regard, offre une alternative à la politique, et la sublime parfois".

Ce jour-là, les mélodies enlevées d’Ismaël Lô laissèrent sur les visages du public des sourires intarissables, quelques rayons de soleil, et le bonheur de ces relations au beau fixe, révélées ce soir-là, par les rythmes et les notes : un Paris-Dakar en art et en musique !