Masa 2014, difficile relance

Masa 2014, difficile relance
P-Square au Masa 2014. © RFI/P.René-Worms

Le Masa, le Marché des Arts et du Spectacle Africain se déroule à Abidjan en Côte d'Ivoire jusqu'au 8 mars. Cette grande manifestation artistique revient après sept ans d'interruption et son organisation n'est pas une mince affaire ! Cela reste pourtant un évènement important pour le développement des artistes et une bonne occasion de voir quelques grandes pointures du continent.

Quand le ministre de la Culture ivoirien Maurice Bandaman sut début 2013 qu'il disposerait d'une enveloppe budgétaire pour relancer le Masa, Yacouba Konaté, son directeur général par intérim, ne pensait pas qu'organiser un tel événement aujourd'hui serait encore plus compliqué qu'il y a 21 ans, lors du lancement de ce Marché des Arts et du Spectacle Africain. 

Le Masa qui se veut à la fois un lieu de rencontres professionnelles - à l'instar du Midem- est un grand festival de musique populaire avec méga stars en ouverture et clôture, et plateaux de talents en développement tout le long de la semaine. Une manifestation au service du développement de carrière des artistes africains.
 
Sélection des artistes
 
A l'heure du numérique où tout va si vite, plus besoin de se déplacer pour faire des auditions de groupes en live dans chaque pays comme cela était la règle lors des premières éditions. Désormais la programmation est faite par les membres du comité de sélection dans un bureau climatisé, derrière un ordinateur, choisissant les artistes via You tube, leurs sites ou les fichiers envoyés.
 
C'est ainsi que la sélection a été faite, chaque membre du comité de pilotage, des producteurs et professionnels de renom des métiers de la musique en Afrique validant la liste. Une belle brochette d'artistes à faire venir du Mozambique, d'Éthiopie, de Madagascar, de RDC, de Guinée, du Cap-Vert, du Sénégal. Une affiche alléchante sur le papier avec le lauréat du prix Découvertes RFI Mikéa et un des finalistes de ce prix, Blick Bassy, des chantres des musiques urbaines comme Lexxus ou Nash ou de grands anciens comme le Super Biton ou Bailly Spinto.
 
Mais toute cette belle mécanique a été déréglée par divers incidents. Et là, pour ce Masa du renouveau qui au tournant des années 2000, avait beaucoup fait pour structurer l'industrie musicale sur le continent africain, les organisateurs ont joué de malchance, alternant entre un certain amateurisme et des structures de production et d'organisation déficientes.
 
"On se croirait revenus vingt ans en arrière", dit José da Silva, un des producteurs historiques de world music, producteur et découvreur de Cesaria Evora. C'est comme si tous les efforts qui avaient été faits pour professionnaliser les métiers de la musique n'avaient servi à rien" dit-il laconique. "Je suis venu spécialement de Madagascar pour présenter Steward Sukuma, mon artiste mozambicain qui avait été sélectionné. Ce Masa est une réelle opportunité pour développer des artistes sur le continent. Mais les billets ne sont jamais arrivés à temps. La faute aux spams, paraît-il."
 
La cérémonie d’ouverture qui samedi 1er mars, au stade Félix-Houphouët-Boigny présentait pour la première fois les stars de la dance music nigériane P-Square ainsi que Magic System et Salif Keita, aurait dû être une grande fête populaire.
 
Mais les organisateurs, qui dépendent du ministère de la Culture, n'ont reçu qu'une semaine avant le début de la manifestation, leurs virements. Et pour combler le budget qui était trois fois inférieur aux éditions précédentes (1 milliard FCFA au lieu de 3), ils ont dû aller démarcher des partenaires privés pour payer les 150.000 euros nécessaires à l'organisation de la soirée d’ouverture, les P-Square grevant les 2/3 du budget.
 
Cette grande soirée de fête populaire n’a attiré que peu de monde vu l’ampleur annoncée du festival. 8.000 billets vendus, 15.000 spectateurs après l’annonce de l’ouverture  gratuite des portes en direct à la télévision. Une fête gâchée par deux coupures de courant. Que dire de ce Palais de la Culture en rénovation, du dîner de gala annulé à l'hôtel Ivoire, du concert de clôture décalé du stade de Treichville à l'espace lagunaire du palais de la culture qui accueille toute la semaine dans une ambiance de maquis, les concerts des artistes sélectionnés. Pour un Masa qui voyait grand, délocalisé dans tous les quartiers de la ville, présentant également des spectacles de théâtre, danse, conte ou arts de la rue, ces aménagements de dernières minutes sentent le sauve-qui-peut.
 
Bref un Masa de relance certes, mais on attendait une tout autre organisation de la Côte d’Ivoire  qui avait prouvé par le passé que l’"Akwaba" (l’accueil) n’est pas un vain mot. 
 
Sessimè la confirmation d’une découverte.
 
La chanteuse béninoise Sessimè, finaliste du prix Découvertes RFI 2013 et meilleur espoir féminin 2012 du continent a confirmé sur la scène de l’espace lagunaire du Palais de la culture tout le bien que l’on disait d’elle.
 
Chanteuse de r’n’b, connue à ses débuts sous le pseudo de Kristel, elle retourne vers ses traditions musicales ancestrales en entrant dans un couvent vodoun d'où elle ressort sous le nom de Sessimè ("sur les traces du destin"). Ce changement de nom justifie son abandon du r'n'b pour la musique de ses racines qu'elle façonne désormais en Afro-pop-rock.
 
Avec son dynamisme communicatif et ses déhanchements suggestifs, elle suit les traces de son aînée Angélique Kidjo.
Pierre René-Worms
 
Page Facebook du Masa 
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