Joyeux anniversaire André-Marie Tala !

Joyeux anniversaire André-Marie Tala !
André Marie Tala et Sam Fan Thomas © DR

Le Camerounais André-Marie Tala fêtera dimanche 17 mai ses 45 ans de carrière sur la scène de l’Olympia, à Paris. Pour ce concert événement, il partage l’affiche avec son ami de toujours, Sam Fan Thomas. En pleine répétition, ils ont fait une pause pour répondre ensemble aux questions de RFI Musique.

RFI Musique : André-Marie Tala, cet Olympia célèbre vos 45 ans de carrière en France, mais vous avez déjà fêté cet anniversaire au Cameroun en 2014. Que s’est-il passé ?
André-Marie Tala : J’ai organisé un concert à Douala, parce que c’est une ville qui m’a adopté. Je suis né à l’Ouest, j’ai commencé ma carrière là-bas, mais je peux dire que je suis de Douala. C’est la plus grande ville du Cameroun, dynamique, portuaire, qui rassemble tous les ingrédients pour que les gens se sentent bien. Je vis à Paris, mais quand je vais au Cameroun, je reste à Douala.

Historiquement, l’Olympia est une salle dédiée à la chanson. Vous avez toujours porté un grand soin à vos textes. Aujourd’hui en 2015, qu’est-ce qui alimente votre inspiration ?
Tout. Les enfants qui prennent le bateau parce qu’en Afrique les autorités n’ont pas donné leur chance aux diplômés. La corruption qui pourrit la construction des routes, l’école et les hôpitaux ; la fièvre Ebola ou bien la misère qui nous guette, parce qu’en Afrique, les matières premières ne sont pas achetées à leur juste prix. Dans mon dernier album, Trajectoire, sorti en 2014, il y a beaucoup de thèmes ! Mais je rejoins le camp de tous ceux qui combattent l’afro-pessimisme, parce qu’on ne doit pas tous les jours, pleurer en Afrique. Même si certains maux nous minent, il y a de l’espoir sur notre continent. Après la Chine, l’Inde, le tour de l’Afrique viendra ces prochaines années.
 
Pour vous accompagner sur cette scène, vous avez fait appel à votre compère, complice et ami, Sam Fan Thomas. À quand remonte votre première rencontre ?
Sam Fan Thomas : Quand nous nous sommes vus pour la première fois, on avait moins de quinze ans, c’était en 71-72, si je ne me trompe pas André…
AMT : Non avant, puisqu’on a monté le groupe avant de signer notre premier contrat à la Paillote, en 69.
SFT : Dans une ville comme Bafoussam, les nouvelles allaient très vite, et on m’a fait savoir que quelqu’un avait fabriqué une guitare en bambou. Je suis allé voir comment il en jouait. Une guitare, c’était une mine d’or à l’époque ! J’avais un ami qui était nanti et qui m’en avait prêté une, donc je suis allé voir André-Marie en lui disant que j’étais un peu guitariste et j’ai joué quelques notes, lui aussi. On ne connaissait pas plus de trois accords de toute façon ! Simplement le do, le fa et le sol ! C’est comme ça qu’on a échangé et nous ne nous sommes plus quittés.
 
Quelle est la première scène que vous ayez partagée ?
AMT : Pour notre premier concert, nous sommes allés à une trentaine kilomètres de Bafoussam, faire ce qu’on appelait "Poésie Musique". Des gens récitaient les vers d’Aimé Césaire, Mongo Béti ou Patrice Kayo, accompagnés par des guitares. Au retour, l’argent de la soirée a été volé par notre promoteur et notre paie, ce fut une bouteille de grenadine qu’on a partagée à cinq ! 
SFT : Il y a plein d’anecdotes comme ça ! Je me rappelle, la première boîte de nuit dans laquelle André et moi avons joué. Nous étions payés 2500 F CFA par mois (3,80 euros ndr) et un jour on a "grévé". On a décidé de ne plus jouer et le propriétaire a fini par ajouter 500 F CFA !
AMT : Après nous nous sommes révoltés. Nous sommes allés à Douala et c’est ainsi que nous sommes partis en tournée avec les Tigres Noirs, puis chacun a pris sa route… Notre succès respectif n’est pas un hasard : nous étions de grands bosseurs. Nous travaillions 17h par jour. Nous ne dormions pas, tellement nous étions passionnés.
 
Lorsque vous avez commencé votre carrière tous les deux, vous avez été inspiré par les artistes africains, le blues, la funk, la soul… Aujourd’hui, en 2015 quels artistes vous font vibrer ?
AMT : On a eu la chance d’écouter plusieurs musiques en grandissant, dont celles qui venaient d’Angleterre, des États-Unis, de la France. Quand on est moulés de cette façon, on a les oreilles éduquées pour tout écouter. Toutes les musiques sont bonnes à condition qu’elles soient bien exécutées. Que ce soit le rap, le reggae, le rhythm'n'blues, tout m’intéresse.
SFT : Au début de notre carrière, on a beaucoup écouté Johnny Hallyday, Wilson Pickett, Otis Redding, Django Reinhardt, Kool & The Gang. On voulait ressembler à tous ces artistes-là. Fela Kuti aussi. Mais il faut aussi écouter les jeunes, sinon le train peut vous laisser… J’ai un studio d’enregistrement, qui me permet de savoir ce qui se fait au Cameroun. J’écoute tout le monde : ceux qui plagient, ceux qui inventent… Ces derniers temps, j’ai entendu Dee Nasty le Tigre, un jeune qui fait du reggae accompagné d’un bikutsi à la fin. Il a du talent, il chante très bien. En France, j’écoute aussi le rap. Je ne m’y connais pas beaucoup, mais j’écoute le fond, comment ils construisent leurs rythmes... Le tout dernier que j’ai vraiment écouté, c’est La Fouine.
 
Si vous deviez présenter l’autre à quelqu’un qui ne le connaît pas, que diriez-vous?
SFT : Il faut mettre sa poésie dans les écoles, pour que les gens comprennent exactement ce qu’il met dans ses chansons. Je pourrais aussi le placer au top des guitaristes africains.
AMT : Je présenterais Sam comme quelqu’un d’exigeant, un perfectionniste qui critique de façon constructive. C’est un travailleur.
 
Y aura-t-il d’autres concerts "anniversaire" ailleurs dans le monde ?
AMT : Nous espérons oui ! Si quelqu’un veut organiser ça et nous faire jouer sur une vraie scène, avec un orchestre de musiciens, des bons ingénieurs du son, ça nous intéresse ! La scène nous manque ! On ne nous a pas fabriqués avec l’ordinateur ! Nous aimons le live, quand ça bouge sur la scène et on sait qu’il y a des mélomanes qui aiment ce genre de langage aussi aux États-Unis ou au Canada. Alors, nous sommes prêts !

 En concert à l'Olympia le 17 mai à Paris