Musiques Métisses : quarante ans !

Musiques Métisses : quarante ans !
Bamba Wassoulou Groove, festival Musiques Métisses d'Angoulême © E. Chabasseur

Après quarante ans de bons et loyaux services rendus aux Musiques Métisses, Christian Mousset, le fondateur du festival, tire sa révérence. Reportage à Angoulême sur une édition anniversaire à la saveur toute particulière.

Lors de cette première soirée du festival Musiques Métisses, on assiste dans le public, comme dans les coulisses, à de chaudes retrouvailles. Des amis, musiciens, habitués, techniciens, bénévoles se croisent ou se retrouvent avec bonheur sur l’île de Bourgine. Depuis quarante ans, à Angoulême, le festival renouvelle fin mai le même crédo : "Métissons-nous !". Et avec fidélité et enthousiasme, le public répond au cri de ralliement de cette grande fête, qui met à l’honneur les musiques du monde entier dans un esprit de découverte.

Pionnier
 
Créé en 1976 sous le nom de "Jazz en France", à l’époque où les musiques d’ailleurs ne sortaient pas des circuits communautaires, le festival charentais défriche les sonos du monde dès le début des années 1980. Et avec succès ! Tant de grands noms sont passés par le festival Musiques Métisses avant de connaître une carrière internationale ! Salif Keita, Fémi Kuti, Césaria Evora ou Rokia Traoré, pour n’en citer que quelques uns.
 
Christian Mousset, tête chercheuse historique du festival se retire cette année, pour laisser la place à Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer et de l’association Musiques de nuit. Cette édition 2015 a donc une saveur particulière, un virage sans nostalgie, mais un tournant évident.
 
Pour marquer le coup, la programmation de cette édition fait la part belle au Mali. "C’est un clin d’œil à une émotion. Et je reste persuadé que c’est dans cette région qu’il y a eu les musiques les plus intéressantes et les plus novatrices, et où il reste encore des instrumentistes formidables, ce qui n’est pas le cas partout" explique Christian Mousset. Au programme, Boubacar Traoré, Bamba Wassoulou Groove et trente-et-un ans après sa première date en France sur la scène de Musiques Métisses, Salif Keita revient avec Les Ambassadeurs, en grande forme.
 
Diasporas
 
"Je voulais éviter le mode 'souvenirs, souvenirs' pour cette quarantième, détaille Christian Mousset. Il y a donc un mélange des artistes qui ont marqué leur temps et une projection dans le présent. Cette nouvelle génération de musiciens de la diaspora, qui vit et qui crée en France, comme Faada Freddy et Moh Kouyaté m’intéresse beaucoup". Ou le kuduro explosif de Throes & Shine au Portugal ou l’éthio-soul de l’Israélienne Esther Rada…
 
Dimanche soir, le Réunionnais Danyel Waro, en concert dans la région, fait un crochet par Angoulême pour un hommage surprise à Christian Mousset, qui lui a donné l’opportunité de son premier concert métropolitain en 1985. Sur la grande scène, il chante Batarsité, l’hymne créole de tous les métissages. Enfin, Le Bal de l’Afrique Enchantée embarque le festival dans un tour du continent intelligent et survolté, qui finit en bœuf général.
 
A trois heures et demie du matin, cette quarantième édition touche à sa fin… Au fait, à quoi ressemblera la retraite pour Christian Mousset ? "Je compte faire de la production si des groupes m’en donnent l’envie, mais aussi pourquoi pas une plantation de bananes dans mon jardin", rigole-t-il. "Avec le réchauffement climatique, j’aurais peut être un coup d’avance !" Encore et toujours.
 
Bamba Wassoulou Groove : tout feu, tout flamme
 
Baptême du feu réussi pour le Bamba Wassoulou Groove, qui a donné son premier concert français sur la scène du festival Musiques Métisses. Ebouriffant.
 
A 22 heures, une petite foule impatiente se masse devant la scène "Mandingue" du festival Musiques Métisses. C’est le premier concert en France du Bamba Wassoulou Groove, mais la réputation des musiciens et leur épatant premier album, Farima, sorti le 27 avril dernier les a précédé.
 
Le percussionniste Bamba Dembélé, ancien du Super Djata Band, s’installe derrière les congas et donne le top départ. Une seconde plus tard, la formidable machine à danser se met alors en route, alimentée par trois guitares fiévreuses et Ousmane Diakité, un jeune chanteur déchaîné, bondissant de part et d’autre de la scène.
 
Monté en hommage au Super Djata Band de Bamako, le BWG veut faire revivre son répertoire flamboyant, dont il reste trop peu de traces. En 1984, l’orchestre de Zani Diabaté entrait comme par effraction dans la programmation du festival Jazz en France d’Angoulême. Christian Mousset, installé en coulisses se souvient : "A Bamako, le Djata était vraiment l’orchestre du peuple, qui jouait dans les cours pour les commerçants du marché, les prostituées, un groupe de rock qui avait une puissance et une charge incroyables !"
 
Trente ans plus tard, il a enregistré l’album du Bamba Wassoulou Groove au studio Yéleen à Bamako, dans "des conditions rock indé", très live, pour retranscrire l’énergie brute du groupe. Sur scène, les solos de guitares vertigineux, feulements hallucinés d’Ousmane Diakité et réprimandes à haute voix du vétéran Bamba "Percussions" donnent à ce concert une fraîcheur salutaire, dans l’esprit des premières "découvertes" du festival Musiques Métisses.
 

A écouter : entretien avec Christian Mousset directeur du festival Musiques Métisses dans la Bande Passante.