Beauté Congo, l’exposition qui s’écoute

Beauté Congo, l’exposition qui s’écoute
JP Mika, Kiese na kiese, 2014. Pas-Chaudoir Collection, Belgique. © JP Mika

Des couleurs vives, de l’humour pour faire passer des préoccupations, de la légèreté qui contraste avec le quotidien, le tout sur fond de rumba et de ses dérivés venus de Kinshasa : l’exposition Beauté Congo 1926-2015 Congo Kitoko, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris jusqu’au 15 novembre, conjugue peinture, photographie et musique.

Elle saute aux yeux en même temps qu’elle arrive aux oreilles : la musique, dans l’exposition Beauté Congo 1926-2015 Congo Kitoko, est à la fois abordée comme un élément de la vie culturelle, mais aussi en tant que source d’inspiration, en raison de la place qu’elle occupe et de ce qu’elle représente dans la vie quotidienne pour de nombreux Congolais.

Acteur et sujet. C’est dans cette double fonction qu’elle est évoquée et prend sa dimension au milieu des œuvres exposées, principalement constituées de tableaux retraçant les différents courants, les évolutions de la peinture au Congo depuis les années 1920.

La Sape, de JP Mika, donne le ton, avec son personnage accoutré de façon à ne pas passer inaperçu, comme le veut la tradition de la Société des ambianceurs et personnes élégantes. Ce dandysme, qui s’est développé auprès de la jeunesse à partir de la fin des années 70, en probable réaction à la tenue uniformisée de l’abacost ("à bas le costume") prônée par le régime de Mobutu, a trouvé en Papa Wemba un ambassadeur très actif. Au point que ce pilier de la scène musicale congolaise, couronné roi de la Sape, a fini par incarner ce mouvement.

A quelques mètres de cette toile, dans une partie de l’exposition consacrée aux artistes de la jeune génération, on retrouve d’ailleurs Papa Wemba, sur un grand écran. Avec le plus grand sérieux et une totale assurance, il ne manque pas de rappeler qu’il "apporte la mode aux jeunes", après avoir expliqué ses différents surnoms et évoqué son village de Molokai dont il se présente comme "le chef traditionnel". Kin Kiesse, ce documentaire de 1982 dans lequel il apparait et qui décrit la vie à Kinshasa à l’époque– on y croise aussi le peintre Chéri Samba – fait partie d’une sélection de films projetés dans le cadre de Beauté Congo.
 
Musique et peinture
 
De nombreux autres tableaux exposés dans les locaux de la Fondation Cartier pour l’art contemporain font allusion à la musique. En particulier ceux, très colorés, de Moke (1950-2001) : que ce soit cet orchestre qui chante Tambula malembe de Vadio Mambenga (le peintre a pris soin d’écrire le refrain, qui s’échappe de la bouche du chanteur), Kin Oye et son ambiance de cabaret ou encore 8e round, qui fait référence à fois au "combat du siècle" entre les boxeurs Mohamed Ali et George Foreman et à la chanson enregistrée par Trio Madjesi, formation très en vogue à l’époque, surfant sur le même événement : on y voit deux des chanteurs s’affronter en short, tenant le micro dans leur gant de boxe, tandis que le troisième (Djeskain, qui sera plus tard cofondateur de Kékélé) symbolise l’arbitre.
 
Sans doute est-ce aussi l’un d’eux, qui est représenté sur une autre toile du même peintre baptisée Sinatra – le surnom de Saak Saakul. Même si c’est moins à l’interprète de My Way qu’à James Brown, venu à Kinshasa quelques années plus tôt, qu’on pense en regardant le personnage !
La musique n’est jamais loin, quelle que soit la salle de l’exposition. De bornes installées en différents endroits, elle s’échappe pour distiller les vibrations si caractéristiques aux productions congolaises. Des parallèles sont faits entre certains tableaux et des chansons. L’Afrique de demain du peintre Pierre Bodo est illustrée par un morceau du répertoire atypique de Konono n°1, Les demandeurs d’asile de Cheik Ledy est associé à Lubuaku, de Bozi Boziana… "Nous nous sommes inspirés des œuvres de l’exposition (…) pour illustrer la synergie d’esprit et d’énergie entre les mondes de la musique et ceux de l’art. Si certains liens entre des chansons et des œuvres ont été pensés de manière libre et subjective, la plupart se sont souvent présentés à nous de façon évidente par la similitude des titres et des thèmes abordés – la Sape, la 'zairianisation' et 'le recours à l’authenticité', la question de l’exil ou encore la vie domestique”, expliquent Vincent Kenis, musicien et producteur belge, et Césarine Sinatu Bolya, de l’association Mémoires vives Congo Afrique, à qui l’on doit le parcours musical de Beauté Congo.
 
Dans sa contribution au catalogue de l’exposition, l’universitaire Bob White apporte sa réflexion sur Les Temps de la musique populaire congolaise, en écho au qualificatif employé pour décrire cette génération d’artistes marqués par le style graphique des enseignes publicitaires sur les murs de Kinshasa et dont Chéri Samba est un des représentants les plus connus. "C’est lui qui avait voulu ce mot, car ce que peignaient les peintres populaires kinois s’adressait à tout le monde", souligne le marchand d’art André Magnin, commissaire général de l’exposition. Une préoccupation partagée par la plupart des acteurs de la scène musicale congolaise, qui tiennent à rester accessibles. Tout en agitant une part de rêve.
 
Exposition Beauté Congo 1926-2015 Congo Kitoko à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris jusqu’au 15 novembre
A suivre aussi : Les Soirées nomades, défilé, concerts, performances ou web radio dans l'espace de la Fondation Cartier avec notamment les concerts de Ray Lema et Pierre Kwenders.