Royal Band de Thiès

Royal Band de Thiès

L’histoire de Kadior Demb, premier album du groupe sénégalais Royal Band de Thiès, est celle d’un disque qui a attendu 33 ans avant d’être commercialisé ! La miraculeuse résurrection offre aussi l’occasion de découvrir des enregistrements effectués à une période charnière dans l’évolution de la musique de ce pays d’Afrique de l’Ouest, à l’aube du règne du mbalax.

Lorsqu’on regarde dans le rétroviseur, avec ce que cela peut impliquer comme simplification caricaturale, la scène musicale sénégalaise de la fin des années 70 et du début de la décennie suivante se résume souvent de façon dichotomique : d’un côté Youssou N’Dour avec le Star Band puis le Super Etoile, de l’autre Omar Pene avec le Super Diamono – le second étant aujourd’hui conseiller du premier, nommé ministre de la culture !

S’il est vrai qu’ils ont joué un rôle moteur, bien d’autres formations ont participé à ce processus de maturation de la musique locale d’inspiration plus ou moins traditionnelle, arrangée de façon plus ou moins occidentale. Le Royal Band de Thiès est à classer dans cette catégorie. Une visibilité nationale grâce à quelques cassettes, une réputation acquise à une époque donnée, un nom perpétué par des membres qui se font un nom ensuite ailleurs.
 
James Gadiaga, le fondateur, s’est illustré avec le Super Cayor de Dakar et a aussi fait partie de l’aventure Los Afro-Salseros de Senegal en la habana, CD paru en 2001. L’autre chanteur, Secka, a sorti plusieurs albums et rejoint le collectif Africando en 2005 sur l’album Martina. Amateurs de salsa comme l’ont prouvé leur carrières ultérieures respectives, ils avaient une toute autre démarche à l’époque de Kadior Demb.
 
Enregistrés en 1979 sur un simple 4-pistes dans les locaux du Sangomar, night club utilisé à l’occasion comme studio, sans public, les onze morceaux se situent dans une veine proche de celle de l’afro-jazz explorée par le patron du Super Diamono – qui comptera d’ailleurs James Gadiaga dans ses rangs quelques années plus tard – mais le mbalax n’est pas si loin.
 
Les deux saxophonistes aiment faire parler leurs instruments, comme sur Hommage à Mbaye Fall, dédiée au chanteur du groupe Xalam 1, tué en 1975, ou pour renforcer cette impression de tourbillon destinée à faire lâcher prise sur Righie Righie. Qu’un heureux concours de circonstances ait enfin permis d’exploiter les bandes magnétiques sur lesquelles sommeillait le contenu de cet album n’est que justice pour cet orchestre jusqu’ici probablement sous-estimé.
Royal Band de Thiès Kadior Demb (Teranga Beat) 2012