Takana Zion

 Takana Zion
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Le sur-place, d’un point de vue artistique, n’est pas dans les habitudes du Guinéen Takana Zion. Conçu en grande partie dans son propre studio en plein cœur de Conakry, son quatrième album Kakilambe joue la carte de l’innovation en n’hésitant pas, avec plus ou moins de réussite, à sortir du créneau reggae, y compris de son sous-genre africain qui l’a fait connaître.

Tout à son bonheur d’avoir remporté en France une honorifique Victoire du reggae attribuée par 11.000 internautes pour son album Rasta Government paru en 2011, Takana Zion a voulu capitaliser ce succès d’estime sur lequel il a beaucoup communiqué auprès de ses compatriotes. Quitte à prendre de grandes libertés avec la réalité et l’enjoliver plus que de raison…

Après une expérience à Kingston pour lui concluante, à défaut d’avoir été surprenante, le reggaeman de 26 ans a enregistré cette fois-ci chez lui dans son studio du quartier de La Camayenne. En deux semaines, cet adepte de la spontanéité a posé les bases des seize morceaux de Kakilambe, titre en référence au masque de danse rituel représenté sur la pochette du CD.

Une façon aussi de laisser entendre qu’il y a plus d’Afrique dans cet album-ci que dans le précédent. Ce que confirme la chanson d’ouverture, au son du balafon. Mais très vite, Takana lui donne d’autres couleurs avec un chant rythmé à la mode jamaïcaine. Ses liens noués avec la terre natale du reggae, qui lui ont permis de faire venir jouer chez lui le sulfureux Capleton au mois de mai, se sont aussi matérialisés ici à travers un duo avec Sizzla, auquel on le compare d’ailleurs pour son style vocal depuis ses débuts.
 
En entendant sur Assali la voix d’Aïcha Koné, les archéologues de la musique africaine ne manqueront pas de repenser aussitôt à Miri, chanson d’Alpha Blondy sur laquelle cette grande dame de la chanson ivoirienne avait donné la réplique à son compatriote reggaeman en 1984 !
 
Avec une approche plus rock qui ne déplairait pas au Jamaïcain Winston McAnuff sur Wali, ou alors dans des formats aux beats très orientés dancefloor comme pour Aminata ou We Stronger, Takana explore des pistes qui n’ont rien de voies sans issue, d’autant que son flow fait merveille.
 
Quand il utilise le français, en revanche, comme par le passé déjà, tout s’écroule. "Je me suis levé ce matin, je ne me suis pas lavé mais sens pas mauvais (…) J’ai fumé beaucoup d’herbe et dans mon monde il n’y a pas de saleté (…) Plus que Rousseau ou Victor Hugo, je suis un grand maître des mots" assène-t-il dans Ce matin. Soudain, un doute se fait jour : et si tous les autres textes sonnaient en réalité aussi creux ? Et si le fait de chanter dans d’autres langues était d’abord un cache-misère ?
 
 
Takana Zion Kakilambe (RKF Productions & Black Mafia) 2012
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