Joe Kyzi, l'éveil des consciences

Joe Kyzi, l'éveil des consciences
Joe Kyzi © DR

L’artiste congolais Joe Kyzi doit sortir en ce mois d'août son troisième album, Fire, pour faire bouger et éveiller les consciences. Sur des sonorités brassant r'n'b, salsa et rumba, il prône la persévérance, la patience, le courage… Découverte.

Persévérance, patience, courage. Trois valeurs que célèbre le nouvel album de Joe Kyzi, intitulé Fire (feu, en anglais), et dont la sortie est prévue en août en République démocratique du Congo (RDC). Ses inspirations ? Le r'n'b, la musique congolaise, ainsi que des sonorités venues de Zambie, de Tanzanie ou d’Afrique du Sud. Un mélange qu’il a déjà fait découvrir au Zimbabwe, au Gabon, en Zambie, en Tanzanie et en Belgique avec ses précédents disques.

Car l’artiste de 32 ans originaire du Katanga (Sud-est du pays) signe son troisième opus. En 2006, il avait sorti Chem1 Kroizé, où il chante notamment aux côtés du roi de la rumba, Papa Wemba. Quatre ans plus tard, Parfums de femmes arrivait dans les bacs, enrichi d’une collaboration avec la Tanzanienne Ray-C.
 
La question des femmes importe beaucoup à Joe Kyzi, basé avec son épouse et ses deux filles à Lubumbashi, la capitale du Katanga. Ce fan de foot, de billard et de lecture a par ailleurs, posé sa voix sur un titre collectif dénonçant la guerre dans l’Est de son pays. Pour autant, il ne se définit pas comme militant… Reste que s’il chante en swahili, lingala, français et anglais, c’est pour "atteindre un peu tout le monde, pour que le message passe".
 
RFI Musique : Vous avez été attiré par la musique dès votre plus jeune âge…
 Joe Kyzi : Mon père dirigeait une chorale méthodiste. Déjà, à la maison, on vivait dans cet environnement musical. C’est d’ailleurs lui qui m’a appris à gratter mes premières notes de guitare. Déjà enfant, on chantait à l’église et à la maison, j’essayais de voler sa guitare et, avec mes petits doigts, de jouer. Cette passion est venue, je dis, de façon innée.
 
Votre vrai nom, Binene Batabata, a-t-il une signification ?
 "Binene" signifie "roi" dans ma langue maternelle, et "Batabata", "sage". Donc un roi sage. Joe Kyzi, pour King of Music. Donc, Joe, le roi de la musique.
 
Comment définiriez-vous votre musique ?
 Ma musique, je l’appelle la Brasamba. C’est le brassage du r'n'b, d’un peu de salsa et de la rumba. Je suis né dans cet univers et ma voix est beaucoup plus soul et r'n'b. Mais comme je suis un Congolais, notre musique est beaucoup plus portée sur les rythmiques, sur la danse… donc, on essaie de mélanger pour avoir un peu d’originalité, créer d’autres sonorités.
 
Votre premier album s’appelle Chem1 Kroizé. Pourquoi ?
Il y a des gens qu’on met sur nos chemins pour que nous puissions arriver à atteindre certains de nos objectifs, ou à réaliser nos rêves. J’ai croisé le chemin de Papa Wemba, j’ai croisé le chemin de Mbilia Bel, j’ai croisé le chemin de Jean Goubald. Papa Wemba, la chanson que j'ai chantée avec lui, m’a propulsé sur le plan national, et peut-être quelques pays autour du Congo.
 
Fire est votre troisième album… Quels messages vont délivrer les chansons ?
Fire,  c’est beaucoup plus la persévérance, la patience, le courage… quand on veut atteindre un objectif. Il y a toujours en nous quelque chose qui réveille un feu et qui nous pousse vraiment à atteindre l’objectif. Mais c’est beaucoup plus en passant par la persévérance, la patience et beaucoup de courage. C’est vrai dans plusieurs domaines, pas seulement dans la musique. Mais musicalement parlant, il y aura aussi des titres qui vont mettre le feu, faire bouger, quoi !
 
Les femmes tiennent une place importante dans votre musique… La femme n’est selon vous pas estimée à sa juste valeur ?
Je chante beaucoup la femme. Dans mon premier album, avec Mbilia Bel, il y a le titre La valeur d’une femme, le deuxième album porte le titre Parfums de femmes. Dans notre culture africaine, les femmes sont beaucoup, beaucoup méprisées. On a tendance à ne pas leur donner les mêmes droits que les hommes, alors qu’elles sont humaines, comme nous tous. Déjà à l’époque en 2007, quand j’ai chanté la chanson La Valeur d’une femme, j’ai été primé par le concours de la Monuc (Mission de l’ONU en RDC). Il y a même une loi sur la parité qui a été votée cette année-là, qui a donné certains droits aux femmes, aussi. C’est bien pour nous quand on voit qu'aujourd’hui, il y a des femmes docteurs, des femmes journalistes, des femmes avocates… parce qu’en Afrique, on a beaucoup plus tendance à amener les garçons à l’école, et les femmes, les filles restent à la maison pour le ménage … Moi, je dis que la valeur d’une femme n’est pas seulement le ménage, pas seulement le mariage : elle peut aussi apporter une bonne contribution pour le développement d’une société ou d’un pays.
 
Vous êtes sans doute touché par le problème des viols, utilisés comme une arme de guerre, surtout dans l’Est de la RDC…
Dans La valeur d’une femme, il y a des paragraphes qui en parlent. Le viol des femmes dans l’histoire de l’Afrique, ça n’a pas commencé seulement à l’Est, ça se fait aussi en dehors de la guerre : il y a des femmes qui sont violées sur la route, il y en a qui sont peut-être même violées dans leur foyer… C’est un cri d’alarme qu’on lance à la communauté internationale, ou à toutes les personnes qui peuvent faire quelque chose. La réalité est que nos femmes sont vraiment violées, et à cause de ces viols, il y a des enfants qui restent comme ça, qui ne connaissent même pas leur père. Il y a aussi le risque des contaminations de maladies.  
 
Vous considérez-vous comme un artiste militant ?
Militant, peut-être pas. Mais j’apporte toujours aussi ma contribution en ce qui concerne certaines réalités du pays, surtout dans des chansons d’ensemble avec plusieurs artistes. Moi, je suis un lover, je suis un romantique, je suis dans le social, dans les réalités de ce qui se passe dans nos vies chaque jour. Sur place, quand on est au pays, c’est parfois difficile de dénoncer certaines choses. Ceux qui peuvent le faire sont peut-être beaucoup plus les artistes militants résidant à l’étranger.
 
Joe Kyzi Fire 2013
Page Facebook de Joe Kyzi